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Le vaisseau Soyouz est équipé d'un circuit de télévision intérieur et extérieur
qui, contrairement à ce qu'on pourrait penser, remplit des fonctions très
importantes pour le bon déroulement d'une mission. Il permet
notamment :
- de transmettre des images de l'équipage au TsUP,
- de fournir des images lors de l'amarrage à la
station, qu'il soit automatique ou manuel,
- d'afficher sur le pupitre des données provenant de
différents systèmes.
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Les origines : le système Kretchek
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Au cours des premiers vols spatiaux, réalisés dans le cadre du programme
Vostok,
le besoin de transmettre au sol des images vidéos s'est très rapidement fait
sentir. La toute première transmission vidéo depuis un vaisseau spatial a été
réalisée depuis Korabl-Spoutnik 2, le
19 août 1960.

Quelques années plus tard, le bureau d'étude OKB-1 de Sergueï KOROLIOV
se lance dans la conception d'un vaisseau spatial de nouvelle génération appelé 11F615, ou
plus communément « Soyouz ». Il disposera d'un système de communications dont le
développement est confié en 1964 à l'institut NII-885. Il regroupera les moyens
de communications, de télémétrie et de télévision.
Mais en 1965, un changement intervient. Le système de télévision est maintenant
séparé du système de télécommunications, et le NII-885 n'est plus responsable de
son développement. Cette responsabilité incombe désormais à l'Institut
soviétique de Recherche Scientifique sur la Télévision, le VNIIT, dirigé
par Igor ROSSELEVITCH. C'est déjà cet organisme qui avait fourni les systèmes
précédents pour
Vostok,
ainsi que les caméras des sondes d'exploration lunaire.

Fig. 2 : Igor Aleksandrovitch
ROSSELEVITCH,
directeur du VNIIT de 1954 à 1983. |
Le nouveau système de télévision (TVS, Телевизионная Система)
est baptisé Kretchek. En Russe, un kretchek est un gerfaut, une race de
faucon très présente dans le grand Nord.
Ce système doit remplir trois fonctions principales :
transmettre des images des cosmonautes,
permettre le contrôle de l'amarrage à un autre
vaisseau et permettre le contrôle de la trajectoire lors
du retour sur Terre.
Au total, le vaisseau est équipé de quatre caméras noir et blanc :
- une dans le compartiment de descente (SA) pour filmer
les cosmonautes,
- une dans le compartiment de vie (BO),
- deux à l'extérieur pour filmer les opérations de
rendez-vous et d'amarrage.

Fig. 3 : Une vue de la caméra placée
dans le SA de Soyouz-31 juste avant son lancement.
Elle montre les cosmonautes Sigmund JÄHN et Valeri BIKOVSKI. |
Celle du SA est une caméra 625 lignes/25Hz. C'est à dire qu'elle prend 25 images
par secondes, et que chaque image est constituée de 625 lignes. Kretchek est
capable d'envoyer lui-même vers le sol les images filmées par ses caméras, sans
passer par le système de télécommunications du vaisseau. Des récepteurs
spécifiques sont donc mis en place dans toutes les stations sol de l'Union
soviétique.
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Arktour, l'arrivée de la couleur
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Au début des années 1970, l'Union soviétique et les Etats-Unis se lancent dans
un grand programme commun appelé EPAS, qui vise à faire se rencontrer en orbite
un vaisseau Apollo et un vaisseau Soyouz.
Cette mission mettra la technologie soviétique sur le devant de
la scène, et il faudra disposer d'images de qualité pour diffuser sur les
télévisions occidentales ! Dès le mois de février 1973, le Ministère de
l'industrie radio (« Minradioprom ») démarre un nouveau projet visant à
améliorer le système Kretchek, notamment en remplaçant le noir et blanc par de
la couleur.
Ce système est baptisé Arktour, le Russe pour Arcturus,
l'une des étoiles les plus lumineuses visibles depuis la Terre. Au VNIIT,
toujours responsable du projet, Vladimir IVANOV est nommé à la tête du
développement, et Anatoli NIEKRASSOV sera son adjoint.

Fig. 4 : Vladimir Borissovitch
IVANOV,
constructeur principal du système Arktour. |
L'avant-projet est remis dès juin 1973, et au cours du premier
semestre 1974 le premier prototype de la nouvelle caméra AR-71TsT est prêt. Le
système est testé dans l'Espace à bord de Soyouz-16, qui réalise en décembre
1974 une répétition générale de la rencontre Apollo-Soyouz.
Ensuite, des essais de compatibilité électromagnétique avec les
systèmes d'Apollo sont effectués aux Etats-Unis. Comme le vaisseau de la NASA a
une atmosphère très inflammable (constituée à 100% de dioxygène après le
lancement), les caméras soviétique doivent respecter des normes anti-incendie
très strictes.

Fig. 5 : Vladimir IVANOV avec la
caméra AR-71TsT. |
Le « vrai » vol Apollo-Soyouz a lieu en juillet 1975, et
quelques instants avant le décollage, le système Arktour tombe en panne ! Le
TsUP décide de quand même procéder au lancement, et il appartient donc aux
cosmonautes
Alekseï LEONOV et Valeri KOUBASSOV de
réparer en orbite.
Vladimir IVANOV et une équipe d'ingénieurs se rendent au TsUP,
près de Moscou, pour élaborer une solution avec le même matériel que celui
présent à bord du vaisseau. La difficulté consiste à ouvrir le capot de la
caméra, qui est fixé avec du polyépoxyde, mais les cosmonautes finissent par y
parvenir, et la retransmission en direct à la télévision commence à l'heure !
En 1976, dans la lignée du système Arktour, le VNIIT lance le
développement de son successeur : le système Kliost. En Russe, kliost
signifie « loxia », c'est une espèce d'oiseau qu'on retrouve notamment dans la
taïga.

Kliost équipera la nouvelle version du vaisseau Soyouz, le
11F732, mieux connu sous le nom de « Soyouz T ». Comme ses prédécesseurs, ce
système doit permettre de contrôler visuellement un amarrage, de contrôler la
descente manuelle et de fournir des images des cosmonautes.
Une grande nouveauté : Kliost équipera aussi les vaisseaux de
ravitaillement Progress, dérivés des
Soyouz. Cette fois, il n'y a certes aucun
cosmonaute à filmer, mais des images TV sont nécessaires pour mener à bien les
amarrages des Progress aux stations
Saliout.

Fig. 7 : Les différents équipements
du système Kliost.
Crédit : Telesputnik. |
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Description technique de Kliost-M
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Généralités
En 1986, une version améliorée du Soyouz fait son apparition : le Soyouz TM, ou
11F732A51. Il est doté d'un système de télévision amélioré appelé
Kliost-M. Il est conçu autour de deux boîtiers de commutation appelés
KL-105.
L'un de ces boîtiers, le KL-105-1, est situé dans le compartiment de vie
(BO), juste derrière le panneau du placard estampillé « KhSA », l'autre est dans
le compartiment de descente (SA), près du siège de gauche.

Fig. 8 : Diagramme de fonctionnement
du système Kliost-M. |
Le rôle des commutateurs est de recevoir des informations, soit
sous forme d'images vidéos, soit sous forme de données, et de les renvoyer vers
l'écran KL-107 du panneau de contrôle du SA et vers le transmetteur radio
KL-108, situé dans le BO.

Fig. 9 : Schéma du placard du BO,
panneaux démontés.
On voit le commutateur KL-105-1 (n°17), le transmetteur KL-108
(n°14)
ainsi que le synchroniseur KL-106 (n°18). |

Fig. 10 : Cette image, prise au Musée
Mémorial de la Cosmonautique de Moscou,
montre la position de l'écran KL-107 sur le tableau de bord de Soyouz TM.
Photo : Nicolas Pillet. |
Comme les deux commutateurs communiquent entre eux, n'importe
quelle donnée ou image vidéo peut-être affichée et transmise. Le
transmetteur KL-108 envoie les images vers la Terre au moyen de deux antennes
ABD-24
situées sur la paroi extérieure du BO. Il peut fonctionner pendant 30h d'affilée
et nécessite un préchauffage de 120s.

Fig. 11 : L'une des deux antennes
ABD-24 du vaisseau Soyouz TMA-19.
Photo : NASA. |
D'autre part, le vaisseau Soyouz est équipé de trois caméras
vidéos, qui constituent l'élément central du système Kliost-M. Elles
fournissent des images au format 4/3 et en 25Hz, avec 625 lignes par image.
Chaque caméra peut fonctionner pendant 1h30 maximum, et nécessite un temps de
préchauffage de 30s.
Les caméras internes
Deux de ces
caméras sont placées à l'intérieur du SA et servent à transmettre au TsUP des
images des cosmonautes lors de la mise en orbite. La troisième est fixée à
l'extérieur du BO et permet de visualiser la cible lors des manœuvres de
rendez-vous et d'amarrage.
Les caméras internes KL-152 sont en couleur et ont un champ de vision
de 60°x50°. L'une, appelée KL-102A-02, est tournée vers le côté bâbord du
vaisseau et permet de voir le commandant de bord et l'ingénieur n°1 (siège de
gauche). La seconde caméra interne, baptisée KL-102-05, est tournée vers
l'ingénieur n°2 (siège de droite).
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Fig. 12 : Vues des caméras KL-102A-02
(à gauche) et KL-102-05 (à droite)
lors du lancement de Soyouz TMA-17, en décembre 2009.
Crédit : Roscosmos. |
Quand les caméras internes sont mises en marche, des lumières
appelées KR-77 sont automatiquement allumées.
Afin de réaliser des économies, les caméras internes de Kliost-M
sont réutilisées d'un vol sur l'autre. Les cosmonautes les démontent peu après
l'arrivée sur orbite et ils les ramènent sur Terre avec eux.
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Fig. 13 : Vues du SA de Soyouz TM-33
lors de son transfert du 20 avril 2002.
On voit nettement les emplacements des caméras KL-102A-02 et KL-102-05.
Crédit : NASA. |
La caméra externe
La caméra extérieure, appelée KL-101-02 (ou KL-153), a les mêmes
caractéristiques techniques que les caméras internes, à ceci près qu'elle est en
noir et blanc. Son rôle est de fournir au pilote du vaisseau une image vidéo de
la station orbitale à laquelle il doit s'amarrer.
L'image est d'abord envoyée vers le commutateur KL-105-1 du BO.
Ensuite, elle est renvoyée, d'une part, vers l'émetteur KL-108 qui la transmet
au TsUP, et d'autre part vers le commutateur KL-105-2 du Compartiment de
Descente, qui l'envoie sur l'écran KL-107 du panneau de contrôle. Le pilote et
le TsUP voient donc exactement la même chose.

Fig. 14 : La caméra externe KL-101-02 du vaisseau Soyouz TMA-17.
Photo : NASA. |
Grâce au synchroniseur KL-106, dont l'emplacement est
donné sur la figure 9, l'image de la caméra externe est
mélangée avec les données de l'ordinateur de bord BTsVK, qui lui arrivent
au travers du processeur Simvol. Le pilote et le TsUP voient donc la
fameuse
image qu'on observe à chaque amarrage d'un vaisseau russe à la
station Mir ou à la
Station Spatiale Internationale, dont on donne un exemple
sur la figure 15.

Fig. 15 : Vue de Soyouz TMA-17 lors
de son transfert du 12 mai 2010.
L'image provient de la caméra KL-101-02, et les données du transmetteur Simvol.
Les deux sources sont synchronisées par le KL-106 et mélangées par le KL-105-1.
Photo : NASA TV. |
Un mode d'éclairage (« Пересветка ») interne à la
caméra KL-101-02 permet de réduire le grain de l'image. Par ailleurs, la caméra dispose de deux objectifs
différents,
bien visibles sur la figure 14, et le pilote peut sélectionner l'un ou l'autre
en fonction de ses besoins
:
- l'un à courte focale, ChU (Широкоугольный),
avec un champ de vision de 64° x 50°,
- l'un à grande focale, UU (Узкоугольный),
avec un champ de vision de 13,50° x 10,20°.
Rôles de Kliost-M en situations
dégradées
Le système Kliost-M est utilisé dans le cas,
heureusement peu probable, de la rentrée atmosphérique manuelle (RUS). Si
l'équipage passait en mode RUS, un processeur appelé KL-110 enverrait
vers l'écran KL-107, à travers le commutateur, les données nécessaires au
commandant de bord pour piloter le vaisseau. Le KL-110 est situé dans le SA,
entre les casiers des parachutes.
D'autre part, si les autres systèmes de communications du
vaisseau venaient à tomber en panne, l'équipage pourrait utiliser celui de
Kliost-M en secours. Il ne permettrait de communiquer que dans un sens (du
vaisseau vers la Terre), et il faudrait modifier quelques connexions dans le BO
:
- le commutateur X10A devrait être
branché sur le synchroniseur X4W,
- le synchroniseur X10A devrait être branché sur le
commutateur X10A.
Il faudrait ensuite appuyer sur les commandes П17, Р17 et P11 (voir plus bas).
Le tableau de bord
Le tableau de bord du Compartiment de Descente permet à
l'équipage d'interagir avec le système Kliost-M. La plupart des interrupteurs
associés sont situés sur le KSP-P, dans la partie droite (fig. 16).
Le KSP-P fonctionne comme suit : chaque voyant est repéré par
une lettre, qui désigne sa ligne (Н, П, Р, С, Т, У, Ф) et un couple de chiffre.
Si le chiffre se situe sur la première ligne du pavé numérique, il signifie « ON
». S'il est sur la deuxième ligne, il signifie « OFF ».
Par exemple, le mode éclairage de la caméra externe est repéré
P5-P6. Cela signifie qu'il faut appuyer sur le les boutons « P » et « 5 » pour
l'enclencher, et sur les boutons « P » et « 6 » pour l'éteindre.

Fig. 16 : Le panneau de contrôle
KSP-P du vaisseau Soyouz TM. |
Le tableau 1 présente la liste des commandes suivantes relatives
au système Kliost-M.
|
Commande |
Repère |
|
Tel qu'écrit sur le KSP |
Signification |
ON |
OFF |
|
ТВ стык |
Affiche la caméra externe
KL-101-02 |
Р9 |
Р10 |
|
ТВ СА |
Affiche la caméra interne
KL-102A-02 |
Р11 |
Р12 |
|
Подкл ТВ2 СА |
Affiche la caméra interne
KL-102-05 |
Р13 |
|
|
Дисплей |
Affichage des données du
processeur Simvol |
Г3 |
Г4 |
|
Дисплей ТВ |
Affichage de l'image
mélangée aux données du processeur Simvol |
В15 |
|
|
ТВ РУС |
Affiche les données du mode
de descente manuelle (RUS) |
Н17 |
Н18 |
|
ПРД Клест-М |
Mise en service du
transmetteur KL-108 |
Р17 |
|
|
ТВ пересвет |
Démarrage du mode
d'éclairage de la caméra externe KL-101-02 |
Р5 |
Р6 |
|
Объектив ШИР/УЗК |
Choix de l'objectif de
la caméra externe KL-101-02 |
Р7 |
Р8 |
Tableau 1
: Commandes liées au système Kliost-M.
Sur d'autres vaisseaux
La totalité de ce chapitre technique sur Kliost-M est valable
pour les vaisseaux Soyouz TM. Il semble que peu, voire aucune modification
n'aient été apportées sur la version Soyouz TMA.
Le vaisseau de ravitaillement automatique Progress fonctionne
différemment. Il ne dispose pas, bien entendu de caméra interne, car il n'y a
pas d'équipage à surveiller, mais il n'a pas non plus de caméra externe à
l'avant. La caméra qui lui permet de s'amarrer est installée à la place du
périscope de Soyouz. Il s'agissait auparavant d'une caméra KL-140ST-PI, mais à
partir de
Progress M-58 elle a été remplacée par
la KL-153-01.
Sur les vaisseaux Progress, comme sur les Soyouz, il y a deux
antennes de télévision : l'une située à l'avant du BO, l'autre à l'arrière
du PAO.

Fig. 17 : Les deux antennes de
télévision du vaisseau Progress.
La première image montre Progress M-05M, la seconde
Progress M-04M.
Photos : NASA. |
D'autre part, les petits modules
Pirs
et Poïsk de la
Station Spatiale Internationale
disposent eux aussi d'un système de télévision Kliost-M, dont on
sait peu de chose, à part qu'il pesait 20kg sur
Poïsk.
Pour le vaisseau de ravitaillement européen ATV, qui s'amarre au
module Zvezda de la
Station Spatiale Internationale,
une caméra de type Kliost-M est également utilisée. Baptisée KL-154, elle
est installée à l'arrière de Zvezda et permet d'obtenir des images de l'ATV lors
de son approche finale. La première KL-154 était défaillante et a dû être
changée lors d'une sortie dans l'Espace le
27
juillet 2010.
MIROCHNIKOV, M., Пятьдесят лет
НИИ Телевидения, Telesputnik n°5, mai 1996.
SIDDIQI, Asif, Sputnik and the Soviet space
challenge, University Press of Florida, pp467,
471.
KOUPRIÏANOV, Valeri, "Арктур" : Цвет космоса,
Nevskoïe Vremia, 22 juillet 2005.
Le site
http://cosmosravelin.narod.ru.
Soyuz Crew Operations Manual, disponible sur
NasaSpaceFlight L2.
Корабль-Модуль « Прогресс М-МИМ2 », disponible sur
NasaSpaceFlight L2.
Dernière mise à jour
: 16 octobre 2010
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