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Depuis le début du vingtième siècle,
et la publication des travaux de Konstantin
Edouartovitch TSIOLKOVSKI, les savants d'Union
soviétique rêvent de pouvoir envoyer un Homme dans
l'Espace. Au cours des années 1950, la cosmonautique
fait d'énormes progrès, et les premiers projets
sérieux de lanceurs capables d'atteindre l'orbite
terrestre font leur apparition. Sergueï Pavlovitch
KOROLIOV (OKB-1) travaille activement à la mise au
point de la fusée R-7, et au printemps 1956, il
déclare qu'elle sera à terme capable de placer un
vaisseau habité en orbite terrestre. La version
militaire de la R-7 est cependant jugée plus
urgente, et l'idée d'envoyer un Homme dans l'Espace
est laissée de côté. Qu'importe, les ingénieurs de
l'OKB-1 commencent à étudier la faisabilité d'un
vaisseau habité lancé par la R-7.
Le 30 septembre 1956, un plan
concernant l'avenir de la cosmonautique est rédigé.
Il prévoit un vol habité d'une semaine pour l'année
1964. Au mois de novembre 1956, le Conseil des
Concepteurs en Chef de l'OKB-1 constate que les
travaux ont beaucoup avancé, et que ce qui n'était
qu'une vague idée est bel et bien passé au stade de
projet sérieux et réaliste. Quelques mois plus tard,
en mars 1957, KOROLIOV crée un nouveau département
de son OKB : la "Section Projet n°9". Elle a pour
tâche d'appliquer le plan de 1956, et donc - entre
autres - d'envoyer un Homme en orbite. KOROLIOV
place Mikhaïl Klavdïevitch TIKHONRAVOV à sa tête. En
Union soviétique, il s'agit d'un des rares
ingénieurs à pouvoir prétendre avoir de l'expérience
en matière de vols spatiaux habités. Il avait en
effet, au cours des années 1940, proposé un vaisseau
habité suborbital et avait étudié la question du vol
orbital en profondeur. C'est donc l'homme de la
situation.
Ses travaux ayant été commencés
avant l'heure, la Section Projet n°9 est en mesure
de présenter les résultats de son étude préliminaire
dès le mois d'avril 1957. Elle est arrivée à la
conclusion que la mise en orbite d'un vaisseau
habité entre tout à fait dans les possibilités de la
R-7, à la condition qu'elle soit équipée d'un
troisième étage lui permettant d'élever sa capacité
de lancement en orbite basse à 5 t. Les ingénieurs
pensent aussi qu'il serait préférable de commencer
le programme de vols habités par des missions
suborbitales. Une fois la maîtrise de celles-ci
acquise, on pourra alors envisager des vols
orbitaux.
Le 4 octobre 1957, la R-7 place sur
orbite le premier satellite artificiel de la Terre :
Spoutnik 1. La faisabilité d'une mission habitée
semble alors beaucoup plus grande. En décembre 1957,
la Section Projet n°9 se sépare en deux groupes. Le
premier s'occupera des sondes lunaires et
planétaires (qui sont aussi inscrites au plan de
1956), et le second, dirigé par Konstantin
Petrovitch FEOKTISTOV, aura pour tâche la
réalisation d'un vaisseau spatial habitable. Parmi
les ingénieurs placés sous le commandement de
FEOKTISTOV, on remarque AFANASSIEV, CHOUSTINE,
LAVROV, LIOUBINSKI, MAKAROV, MAKSIMIENKO, MOLODTSOV,
SOUPROUNE, SOURGOUTCHIEV, TERECHENKOVA ou YAZDOVSKI.
On le voit, ce programme prend une importance
croissante en Union soviétique.
Dès le 1er janvier 1958, la
construction du troisième étage qui permettra à la
R-7 de placer 5 t en orbite basse ("Bloc E") est
décidée. Pour le vaisseau lui-même, en revanche,
plusieurs concepts sont à l'étude : celui de l'avion
spatial, celui de l'autogyre (freinage et
atterrissage assurés par une hélice) et celui de la
capsule. Il apparaît rapidement que le premier n'est
pas adapté : les alliages existants ne pourraient
pas supporter l'échauffement de la rentrée. Pour le
second, KOROLIOV demande les conseils du
constructeur d'hélicoptères ERLIKH ; il apparaît
alors que ce principe est inadapté. Le principe de
la capsule est alors retenu. Les calculs montrent
que la forme la plus adaptée serait un cône au bout
arrondi et à la base sphérique. Afin de réduire la
masse de l'engin, il ne disposerait pas d'un système
d'atterrissage en douceur, et le cosmonaute devra
s'éjecter avant le contact avec le sol, tandis que
la capsule se posera suspendue à un parachute. Au
décollage, le cosmonaute devra supporter une
accélération pouvant aller jusqu'à 10 G. C'est
l'Unité de Recherches Médicales de l'Armée de l'Air
qui montre en avril 1958, grâce à des tests en
centrifugeuse, que les pilotes sont physiquement
aptes à supporter de telles charges. Ces résultats
permettent au projet de faire un grand pas en avant,
car les ingénieurs ne sont maintenant plus obligés
de chercher à adoucir les manoeuvres de leur
vaisseau, et celui-ci pourra rentrer dans
l'atmosphère sur une trajectoire balistique.
Konstantin BOUCHIEV avance alors l'idée d'une
capsule sphérique. Cette forme est en effet la plus
simple des points de vue mécanique et
thermochimique. Si elle n'a pas été retenue dès le
départ, c'est parce qu'elle soumet son occupant à de
rudes accélérations. Mais maintenant qu'on sait que
les pilotes peuvent les endurer, le problème ne se
pose plus. |