MKS-14 | Chronologie

1. Lancement de Soyouz TMA-9

Le 17ème lanceur Soyouz-FG (11A511U-FG n°Ц15000-023) décolle du pas de tir n°5 (17P32-5) de la zone n°1 du cosmodrome de Baïkonour le 18 septembre 2006 à 04h08'42,133" GMT.

La charge utile est constituée du vaisseau spatial Soyouz TMA-9 (11F732A17 n°219), qui est placé avec succès sur orbite basse (193km x 245km x 51,65°) à 04h17 GMT. L'équipage est constitué du commandant Mikhaïl TIOURINE, de l'ingénieur de bord Michael LOPEZ-ALEGRIA et de la participante au vol Anousheh ANSARI.

Fig. 1.1 : Décollage de Soyouz TMA-9.
Crédit : RKTs-Progress.

La première correction d'orbite a lieu à 07h43 GMT (dt=30,8") et donne au vaisseau une orbite 213,2km x 258,1km x 51,65°. La deuxième a lieu à 08h25 GMT (dt=18,4"), et les moteurs rehaussent encore un peu l'orbite du vaisseau (234,9km x 268,5km x 51,65°). La troisième correction a lieu le 19 septembre 2006 à 05h05 GMT. Le moteur fonctionne pendant 6,2" (240,7km x 268,8km x 51,64°).

Le 20 septembre 2006, deux nouvelles corrections sont menées à bien. La première commence à 03h24 GMT et dure 47,5" (251,1km x 305,3km x 51,64°); la seconde a lieu à 04h09 GMT et dure 61,1" (305,2km x 349,9km x 51,64°). L'approche finale débute lors de la 34ème orbite, et l'amarrage au module Zvezda a lieu le 20 septembre 2006 à 05h21'20" GMT en mode automatique.

Fig. 1.2 : Soyouz TMA-9 arrive en vue de la station.
Crédit : Roscosmos.

Les trois cosmonautes de Soyouz TMA-9 retrouvent Pavel VINOGRADOV, Jeffrey WILLIAMS et Thomas REITER, de la mission MKS-13. VINOGRADOV et TIOURINE installent la couchette et l'équipement de survie d'ANSARI dans le vaisseau Soyouz TMA-8 qui la ramènera sur Terre. Le 28 septembre 2006, VINOGRADOV, WILLIAMS et ANSARI rentrent sur Terre à bord du vaisseau Soyouz TMA-8.

Peu après la séparation de Soyouz TMA-8, le centre de Houston détecte un comportement vibratoire anormal avec le CMG-3. Le 29 septembre 2006, il est retiré du système d'orientation.

2. Déplacement du vaisseau Soyouz TMA-9

Le 10 octobre 2006 à 19h13'54" GMT, TIOURINE sépare le vaisseau Soyouz TMA-9 du module Zvezda, recule d'une trentaine de mètres et effectue une rotation en roulis de 90°. Il se dirige alors dans l'axe de la pièce d'amarrage nadir de Zaria et se place en régime stationnaire à environ trente mètres. Il commande ensuite au vaisseau de s'avancer, et l'amarrage a lieu à 19h34'04" GMT.

Fig. 2.1 : Soyouz TMA-9 se place devant le module Zaria.
Crédit : NASA.

Le 16 octobre 2006, les ingénieurs de Houston réalisent un essai du CMG-3 : ils le font tourner jusqu'à 500tr/min puis le laissent ralentir librement. Les résultats ne montrent pas d'anomalie dans le comportement.

3. Arrivée du vaisseau Progress M-58

Le vaisseau ravitailleur Progress M-58 décolle de Baïkonour le 23 octobre 2006. Il arrive en vue de la station le 26 octobre 2006 mais, environ quinze minutes avant l'amarrage, l'antenne 2AO-VKA du système Kours ne se rétracte pas comme elle le devrait. Le TsUP décide de poursuivre les opérations et l'amarrage a lieu à 14h29'16" GMT.

Le premier lien mécanique est réalisé quand la tige du système SSVP s'encastre dans le cône de Zvezda. Cependant, du fait de l'antenne non rétractée, le TsUP annule la rétractation de la tige. Le second lien mécanique ne sera donc pas réalisé, et il sera impossible d'ouvrir les écoutilles.

Fig. 3.1 : Progress M-58 en approche. On voit nettement l'antenne mal repliée.
Crédit : NASA.

A 16h02 GMT, le TsUP démarre le système d'amarrage manuel TORU, de manière à pouvoir utiliser ses caméras vidéo. Quelques minutes après, les ingénieurs commandent la rétractation de la tige du SSVP et envoient une série d'instructions pour que l'antenne se rétracte. A 16h30 GMT c'est chose faite, et à 16h35 GMT le TORU est désactivé. A 17h39 GMT, la tige du SSVP commence à se rétracter de nouveau, mais beaucoup plus lentement qu'à l'accoutumée de manière à prévenir tout incident.

A 17h58 GMT, l'amarrage est totalement terminé. Le système d'orientation de la station est remis en route, et les écoutilles entre Progress M-58 et Zvezda sont ouvertes à 18h36 GMT.

Le 30 octobre 2006, Mikhaïl TIOURINE installe de nouveaux câbles et une nouvelle vanne sur le système Elektron. Ces éléments ont été livrés par Progress M-58 et permettent à Elektron de retrouver un fonctionnement normal, environ un mois et demi après qu'il soit tombé en panne.

4. La première sortie dans l'Espace

La 20ème sortie dans l'Espace réalisée depuis le Segment russe (VKD-17) débute le 23 novembre 2006 à 00h17 GMT, quand les cosmonautes Mikhaïl TIOURINE (Orlan-M n°27) et Michael LOPEZ-ALEGRIA (Orlan-M n°25) sortent par l'écoutille VL-1 du module Pirs.

Mais le cosmonaute russe rencontre un problème avec son scaphandre, dont le système de refroidissement ne fonctionne que par intermittence. En conséquence, le sas n'est dépressurisé qu'à 23h46 GMT, et l'écoutille extérieure, qui se montre récalcitrante à son tour, n'est ouverte qu'à 00h17 GMT, soit avec plus d'une heure de retard.

La première tâche au programme de TIOURINE est de nature commerciale. Il s'agit de lancer une balle de golf à l'aide d'un club spécial fourni par la société canadienne Element 21, qui a signé un contrat avec Roscosmos pour cette opération à vocation publicitaire. L'"expérience" aurait déjà dû avoir lieu lors de la mission MKS-13, mais avait été repoussée pour des raisons de sécurité.

TIOURINE effectue son swing à 00h57 GMT, à proximité du module Pirs. La balle de golf ne pèse que 3 grammes, et devrait être détruite en rentrant dans l'atmosphère dans environ trois jours.

La seconde tâche pour les cosmonautes, plus sérieuse cette fois, est d'inspecter l'antenne 2AO-VKA de Progress M-58 qui s'était mal repliée lors de l'amarrage du 26 octobre. Il s'avère que l'antenne est toujours déployée, et TIOURINE essaye de la replier, manuellement puis avec un outil, mais il n'y parvient pas. Le TsUP essaye aussi de l'aider en commandant la rétraction, mais rien n'y fait. Les cosmonautes prennent des photographies haute résolution qu'ils enverront par la suite au TsUP.

Ensuite, pendant qu'ils sont à l'arrière de Zvezda, les cosmonautes déplacent légèrement l'antenne WAL-2, destinée à servir lors de l'amarrage des vaisseaux de ravitaillement européens ATV. Le 19 avril 2006, lors de la mission précédente, il était apparu que cette antenne gênait le fonctionnement du moteur KD2 de Zvezda.

Après cela, les deux hommes se déplacent vers l'avant de Zvezda pour y installer l'expérience russe BTN-Neutron, destinée à caractériser les flux neutroniques en orbite basse. Une dernière tâche devait consister en l'inspection d'un mécanisme d'un mât GStM, mais à cause du retard qu'ils ont pris au début de la sortie, TIOURINE et LOPEZ-ALEGRIA doivent rentrer. Ils ferment l'écoutille du module Pirs à 05h55 GMT et repressurisent le sas à 05h59 GMT. La sortie aura duré 5h38.

Le 29 novembre 2006, à 23h05 GMT, le TsUP met en service les moteurs de Progress M-58 pour rehausser l'orbite de la station dans le but de permettre l'amarrage de la navette Discovery. Mais alors qu'ils devraient fonctionner pendant 1102", ils s'arrêtent au bout de seulement 58". Il apparaît très rapidement que le problème vient de la nouvelle configuration de la station depuis l'ajout de ses nouveaux panneaux solaires par STS-115 en septembre 2006. Il s'agit en effet de la première correction d'orbite depuis cette mission, et le programme de Progress M-58 n'a pas intégré les nouveaux paramètres.

La manœuvre est retentée le 4 décembre 2006. Les moteurs sont allumés à 21h36 GMT pendant 1364", et aucun incident ne vient troubler les opérations. L'orbite de la station est rehaussée de 8,5km.

5. Arrivée de la navette spatiale Discovery STS-116

La navette Discovery STS-116 décolle le 10 décembre 2006 à 01h47'35,009" GMT depuis le centre spatial Kennedy. L'équipage est constitué du commandant Mark POLANSKY, du pilote William OEFELEIN et des spécialistes de mission Nicholas PATRICK, Joan HIGGINBOTHAM, Robert CURBEAM et Sunita WILLIAMS et Christer FUGLESANG.

Fig. 5.1 : Décollage de Discovery STS-116.
Crédit : NASA.

Discovery s'amarre sur le PMA-2 le 11 décembre 2006 à 22h11'55" GMT. Le 12 décembre 2006 à 05h00 GMT, WILLIAMS devient officiellement le nouvel ingénieur de bord de MKS-14 en remplacement de REITER quand les couchettes sont échangées dans le vaisseau Soyouz TMA-9.

Quelques instants plus tard, les astronautes extraient la poutre P5 de la soute de Discovery au moyen du bras RMS, qui la passe au bras Canadarm2 de la station. Le P5 reste suspendu ainsi au dessus de la navette et les astronautes vont dormir.

Fig. 5.2 : Le RMS passe le P5 au Canadarm2.
Crédit : NASA.

La 1ère sortie dans l'Espace de la mission STS-116 débute le 12 décembre 2006 à 20h31 GMT, quand les astronautes Robert CURBEAM (EMU n°3003) et Christer FUGLESANG (EMU n°3018) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

Ils se dirigent vers l'extrémité de l'ITS tandis que HIGGINBOTHAM manœuvre le Canadarm2 de manière à mettre le P5 en position d'attente, à quelques centimètres en vis-à-vis devant le P4. Ensuite, CURBEAM et FUGLESANG retirent des cales qui bloquaient certains éléments mobiles du P5 pendant le lancement.

Ceci étant fait, HIGGINBOTHAM reprend les commandes du bras articulé pour déplacer le P5 vers sa position finale, guidée par CURBEAM et FUGLESANG qui sont sur place. Tout d'abord, le cône d'arrimage du P5 rentre dans l'orifice du P4, puis CURBEAM et FUGLESANG vissent les boulons qui solidarisent les deux éléments. Ensuite, les deux astronautes retirent le PVRGF du P5 et l'installent provisoirement sur le MBS.

La dernière tâche au programme de CURBEAM et FUGLESANG est le démontage et le remplacement d'une caméra vidéo sur l'élément S1. Comme il leur reste du temps, les astronautes en profitent pour désenclencher des points d'attache sur le P5, de manière à préparer l'installation du P6 dans quelques temps. Ils rentrent dans le module Quest à 03h07 GMT (le 13 décembre). La sortie aura duré 6h36.

Fig. 5.3 : FUGLESANG avec la caméra du S1, le 12 décembre 2006.
Crédit : NASA.

La prochaine étape importante de la mission des astronautes de Discovery est la rétractation du panneau gauche de la structure P6. Ce dernier avait été installé de façon provisoire lors de la mission STS-97 au sommet du Z1, et il est destiné à rejoindre l'ITS dans quelques mois. Mais d'ici là, ses panneaux gênent ceux du P4, installé lors de STS-115.

Le 13 décembre 2006, à 18h28 GMT, Houston envoie au panneau gauche du P6 la commande de rétractation. Tout se passe bien au début mais, plus la manœuvre avance, et plus le panneau a tendance à se froisser (il est composé de 31 sections qui doivent se replier l'une sur l'autre). Les équipes de Houston décident de stopper la rétractation, de redéployer de quelques centimètres, puis de reprendre la rétractation. Mais le problème persiste, et ce seront en tout 45 commandes de déploiement et de rétractation qui seront envoyées. Et au final, seules 14 des 31 sections sont repliées. Mais cela est suffisant pour permettre aux panneaux du P4 de tourner.

Fig. 5.4 : Rétractation et froissement du panneau du P6, 13 décembre 2006.
Crédit : NASA.

Ainsi, le 14 décembre 2006, à environ 01h00 GMT, Houston envoie la commande pour activer le SARJ (le système qui permet aux panneaux de tourner). Celui-ci fonctionne parfaitement, et peu avant 04h00 GMT, l'ordre est donné de laisser entrer environ 130kg d'ammoniac dans les circuits de refroidissement des radiateurs de la station et de la structure transversale. Le système de refroidissement pourra ainsi commencer à fonctionner dès que les pompes seront activées.

La 2ème sortie dans l'Espace de la mission STS-116 débute le 14 décembre 2006 à 19h41 GMT, quand les astronautes Robert CURBEAM (EMU n°3003) et Christer FUGLESANG (EMU n°3018) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

Fig. 5.5 : Christer FUGLESANG lors de la sortie du 14 décembre 2006.
Crédit : NASA.

Le système électrique américain de la station, dans son état actuel, comporte quatre chaînes de puissance. La mission de CURBEAM et FUGLESANG est de reconfigurer les chaînes 2 et 3 pour permettre à la puissance électrique générée par les panneaux solaires du P4 d'alimenter la station. Jusque là, en effet, ces panneaux solaires n'étaient pas reliés au système électrique. La reconfiguration des deux chaînes de puissance prend un peu moins de deux heures aux deux astronautes.

CURBEAM et FUGLESANG doivent ensuite déplacer deux chariots CETA du côté tribord de la station vers le côté bâbord. A l'emplacement où ils sont actuellement, ils gêneront en effet le travail des astronautes de la mission STS-117.

Fig. 5.6 : Christer FUGLESANG avec le CETA2, 14 décembre 2006.
Crédit : NASA.

Deux autres tâches secondaires sont au programme : mettre en place une protection thermique sur le bras Canadarm2 et préinstaller des boîtes à outils pour les futures sorties dans l'Espace. Les astronautes reviennent dans le module Quest à 00h41 GMT (le 15 décembre). La sortie a duré 05h00.

Le 15 décembre 2006, l'équipage tente encore de rétracter le panneau solaire du P6, mais sans succès. Après plusieurs manœuvres de déploiement-rétractation, la situation est exactement la même qu'au départ : 14 des 31 sections sont rentrées, mais les 17 autres sont bloquées.

La 3ème sortie dans l'Espace de la mission STS-116 débute le 16 décembre 2006 à 19h25 GMT, quand les astronautes Robert CURBEAM (EMU n°3003) et Sunita WILLIAMS (EMU n°3018) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

La principale activité consiste à reconfigurer les chaînes de puissance 1 et 4, et cette opération prend moins de deux heures. Le système électrique est maintenant totalement opérationnel, et la station est prête à recevoir ses quatre panneaux solaires restants, ainsi que les nouveaux modules scientifiques.

Fig. 5.7 : CURBEAM lors de la sorte du 16 décembre 2006.
Crédit : NASA.

Avant de rentrer, CURBEAM et WILLIAMS se rendent dans la soute de Discovery et saisissent une structure sur laquelle ils fixent 17 plaques anti-débris russe (DPP). Le tout est surnommé "l'arbre de Noël" et est installé sur le PMA-3, en attendant que les cosmonautes de MKS-15 ne viennent le chercher. Les DPP avaient été acheminées sur la station lors de la mission STS-111 de juin 2002.

De plus, les deux astronautes doivent se diriger vers le module Unity pour y reconfigurer un circuit de transmission, afin de permettre aux modules russes de recevoir davantage de puissance électrique des panneaux solaires américains.

Avant de rentrer, les astronautes se dirigent vers le panneau solaire du P6 qui refuse de se rétracter et secouent les mécanismes. Simultanément, dans la station, l'équipage entame des cycles de déploiement-rétractation. Le résultat n'est pas si décevant : six sections supplémentaires sont rentrées, et il n'en reste plus que onze. CURBEAM et WILLIAMS sont de retour dans le module Quest à 02h56 GMT, la sortie a duré 7h31.

Fig. 5.8 : CURBEAM (à gauche) et WILLIAMS sur le P6, le 16 décembre 2006.
Crédit : NASA.

Pendant la sortie, la NASA décide de prolonger de vingt-quatre heures la mission de Discovery, afin de permettre à CURBEAM et FUGLESANG d'effectuer une sortie supplémentaire pour essayer de rétracter complètement le panneau solaire du P6.

La 4ème sortie dans l'Espace de la mission STS-116 débute le 18 décembre 2006 à 19h00 GMT, quand les astronautes Robert CURBEAM (EMU n°3003) et Christer FUGLESANG (EMU n°3015) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

Fig. 5.9 : FUGLESANG et CURBEAM sur le P6, le 18 décembre 2006.
Crédit : NASA.

Ils se dirigent vers le panneau solaire récalcitrant à l'aide du Canadarm2 et commencent à essayer de faire rentrer les 11 sections restantes. A 00h34 GMT, le panneau est complètement rétracté. Les astronautes rentrent à 01h38 GMT, la sortie a duré 6h38.

Le 19 décembre 2006, Thomas REITER laisse sa place à Sunita WILLIAMS, et la navette Discovery se sépare de la station à 22h09'19" GMT. Elle atterrira sans incident le 22 décembre 2006 à 22h31'58" GMT au centre spatial Kennedy.

Fig. 5.10 : La Station Spatiale Internationale après le départ de Discovery STS-116.
Crédit : NASA.

6. Arrivée du vaisseau Progress M-59

Dès les premiers jours de 2007, LOPEZ-ALEGRIA et WILLIAMS installent le système de génération d'oxygène américain OGS, qui avait été apporté lors de la mission STS-121 de juillet 2006.

Le vaisseau Progress M-57 quitte la station le 16 janvier 2007. Son successeur, Progress M-59, décolle de Baïkonour le 18 janvier 2007 et vient s'amarrer en mode automatique sur le module Pirs le 20 janvier 2007.

Fig. 6.1 : Arrivée du vaisseau Progress M-59.
Crédit : NASA.

7. La deuxième sortie dans l'Espace

La 6ème sortie dans l'Espace réalisée depuis le Segment américain (EVA-6) débute le 31 janvier 2007 à 15h14 GMT, quand les astronautes Michael LOPEZ-ALEGRIA (EMU n°3008) et Sunita WILLIAMS (EMU n°3018) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

Ils se dirigent immédiatement vers l'interface entre le Z1 et le S0 pour travailler sur le système de refroidissement de la structure externe de la station, afin de le faire passer de sa configuration provisoire vers sa configuration permanente. Les deux cosmonautes déconnectent deux câbles électriques et quatre tuyauteries du système provisoire EETCS pour les rebrancher sur le système permanent ETCS, installé sur le module Destiny.

Fig. 7.1 : Sunita WILLIAMS lors de la sortie du 31 janvier 2007.
Crédit : NASA.

LOPEZ-ALEGRIA commence ensuite l'installation de deux câbles électriques joignant le Z1 au S0. Ils font partie du système SSPTS qui, après la prochaine sortie, permettra à la navette spatiale américaine de rester amarrée plus longtemps à la station.

L'opération suivante consiste à rétracter le radiateur de la boucle A, qui avait servi à dissiper la puissance thermique pour le système temporaire EETCS. Houston donne l'ordre de rétractation, tandis que LOPEZ-ALEGRIA et WILLIAMS vérifient le bon déroulement de la manœuvre. Une fois l'opération terminée, les cosmonautes immobilisent le radiateur avec des sangles et le recouvrent d'une coque isolante destinée.

Fig. 7.2 : Position des radiateurs de la station avant les trois sorties du début 2007.
Crédit : NASA.

La dernière tâche au programme de la sortie est de déconnecter une conduite d'ammoniac du réservoir EAS, qui avait été installé en août 2001 lors du vol Discovery STS-105 et qui servait à maintenir la pression en ammoniac dans l'EETCS. Maintenant que ce dernier système n'est plus utilisé, l'EAS devient inutile. Les astronautes rentrent ensuite dans le module Quest et la sortie se termine à 23h09 GMT. Elle aura duré 7h55.

8. La troisième sortie dans l'Espace

La 7ème sortie dans l'Espace réalisée depuis le Segment américain (EVA-7) débute le 4 février 2007 à 13h38 GMT, quand les astronautes Michael LOPEZ-ALEGRIA (EMU n°3008) et Sunita WILLIAMS (EMU n°3018) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

L'objectif de la sortie est de poursuivre la configuration en régime permanent du système de refroidissement de la station. Les deux astronautes se dirigent à nouveau vers l'interface entre le Z1 et le S0 et déconnectent deux câbles électriques et quatre conduites de l'EETCS pour les rebrancher sur L'ETCS du module Destiny. Ces câbles et conduites font partie de la Boucle B, dite de température moyenne, qui permet de réguler la température de l'avionique de la station ainsi que des armoires scientifiques du module Destiny.

Ceci étant fait, le centre de Houston procède à la rétractation du radiateur de la boucle B, qui se déroule sous la surveillance des deux astronautes. Contrairement, à celui de la boucle A, ce radiateur ne nécessite pas d'être empaqueté dans une coque d'isolation thermique, car l'orientation de la station est telle qu'il n'est jamais au Soleil.

Fig. 8.1 : Rétractation du radiateur de la boucle B, le 4 février 2007.
Crédit : NASA.

Après cela, LOPEZ-ALEGRIA et WILLIAMS déconnectent une seconde conduite d'ammoniac de l'EAS (la première avait été débranchée lors de la sortie précédente). Une fois encore, ils observent quelques gouttes d'ammoniac qui flottent autour d'eux.

Ensuite, LOPEZ-ALEGRIA monte au sommet du P6 pour photographier le panneau solaire qui est encore déployé, et qui devra être rétracté lors d'une prochaine mission de la navette. La tâche suivante consiste à s'occuper du SSPTS. Lors de la sortie du 31 janvier, les astronautes avaient tiré un câble du Z1 vers le S0. Ils prolongent maintenant cette installation en ajoutant un câble qui joint le S0 à Destiny, puis un autre qui joint Destiny au PMA-2, point d'amarrage des navettes américaines.

Fig. 8.2 : LOPEZ-ALEGRIA au sommet du P6, 4 février 2007.
Crédit : NASA.

Ensuite, LOPEZ-ALEGRIA et WILLIAMS retirent la protection thermique d'un ordinateur MDM situé sur le PMA-1 qui, depuis la mission STS-116, n'est plus exposé au Soleil et n'a donc plus besoin d'être conservé dans l'ombre. Suite à cela, les astronautes rentrent dans le module Quest et repressurisent le sas à 20h49 GMT. La sortie aura duré 7h11.

9. La quatrième sortie dans l'Espace

La 8ème sortie dans l'Espace réalisée depuis le Segment américain (EVA-8) débute le 8 février 2007 à 13h26 GMT, quand les astronautes Michael LOPEZ-ALEGRIA (EMU n°3008) et Sunita WILLIAMS (EMU n°3018) basculent leurs scaphandres sur leur alimentation interne et sortent par l'écoutille du module Quest.

Ils utilisent un CETA pour rejoindre le P3. Là-bas, ils retirent les protections thermiques de deux RJMC qui ne sont plus utiles depuis que la station a changé d'orientation en décembre 2006. Ils ôtent ensuite deux grosses protections du P3 qui, pour les mêmes raisons, ne servent plus à rien. Toutes ces protections sont attachées entre elles deux par deux pour former deux paquets d'environ 9kg chacun que LOPEZ-ALEGRIA jette dans le vide (à 15h36 GMT et 15h42 GMT).

La tâche suivante consiste à installer un UCCAS sur le P3. Ce dispositif est destiné à recevoir l'ESP-3 lors de la mission STS-118.

Fig. 9.1 : Sunita WILLIAMS, le 8 février 2007.
Crédit : NASA.

Pendant que LOPEZ-ALEGRIA termine cette installation, WILLIAMS se dirige vers le P5 et y ôte deux verrous qui avaient été installés avant le lancement de cette structure pour protéger certaines pièces mobiles. Maintenant que le P5 est en place, ces verrous n'ont plus lieu d'être et il faut les détacher pour permettre le rattachement du P6 sur le P5 qui doit avoir lieu d'ici quelques mois.

La dernière consiste à terminer le câblage du SSPTS, le système qui permettra aux navettes amarrées au PMA-2 d'utiliser la puissance électrique de la station pour prolonger leurs missions. Le gros du travail avait déjà été effectué lors des deux précédentes sorties, et les astronautes n'ont plus qu'à connecter quatre câbles sur le PMA-2. Suite à cela, ils retournent dans le module Quest. Le sas est repressurisé à 20h06 GMT, la sortie a duré 6h40.

Le 11 février 2007, à approximativement 06h00 GMT, le centre de Houston perd le contact radio avec la station. Il ne s'agit en réalité que du premier symptôme d'un plus gros problème : une unité de commutation à courant continu du segment P4 a en effet rencontré une défaillance qui a conduit les coupe-circuits de la station à être actionnés.

Ces unités de commutation permettent de répartir la puissance générée par les panneaux solaires aux différentes batteries. Suite à l'actionnement des disjoncteurs, toute une partie de la station se retrouve sans électricité. Le gyroscope CMG-2 est arrêté, mais l'orientation de la station n'est pas affectée.

Les trois cosmonautes à bord, privés de communications avec la Terre, suivent les procédures d'urgence et parviennent à rétablir le contact radio à environ 07h35 GMT le 12 février 2007. La remise en route de tous les systèmes qui avaient été coupés dure toute la journée.

10. La cinquième sortie dans l'Espace

Cet incident étant réglé, les cosmonautes se préparent à la prochaine sortie dans l'Espace qui doit avoir lieu depuis le module Pirs le 22 février. Le but de cette sortie est de régler définitivement le problème de l'antenne mal rétractée de Progress M-58.

Au sol, un débat a eu lieu quelques semaines plus tôt pour résoudre la question du type de scaphandre à utiliser pour cette sortie. Rappelons qu'elle n'était initialement pas prévue au programme, mais qu'elle a dû y être ajoutée car TIOURINE et LOPEZ-ALEGRIA ont été incapables de rétracter l'antenne défectueuse de Progress M-58 lors de leur sortie du 23 novembre 2006.

Il est très important que cette antenne soit correctement rétractée, car sinon le Progress pourrait entrer en collision avec la station lors de sa séparation.

La NASA a insisté pour que l'opération soit effectuée avec ses scaphandres EMU depuis le module Quest. Plusieurs raisons motivaient cette doléance.

La première est que la NASA est redevable à la Russie d'une sortie dans l'Espace depuis le 30 juin 2004, date à laquelle l'indisponibilité des EMU avaient obligé les cosmonautes PADALKA et FINCKE (MKS-9) à sortir réparer un gyroscope américain équipés de combinaisons russes Orlan-M.

De plus, étant donné que trois sorties viennent d'être effectuées avec des EMU, il est techniquement beaucoup plus simple de conserver les mêmes scaphandres, déjà prêts, plutôt que de préparer les Orlan-M, ce qui occuperait tout de même deux cosmonautes pendant près d'une semaine complète.

Un troisième argument qu'avance la NASA pour l'utilisation de ses scaphandres est qu'ils sont équipés de caméras de casque qui simplifieraient grandement les opérations de dépannage du vaisseau Progress.

Et puis s'ajoute à cela le problème du "couple fantôme" : il est rencontré depuis plusieurs années à chaque fois qu'une sortie est effectuée avec des Orlan. Peu de temps après que les cosmonautes n'ouvrent l'écoutille, la station se met à tourner sur elle-même; les raisons de ce phénomène ne sont toujours pas connues avec précision.

De leur côté, les Russes sont très attachés à l'idée d'utiliser leurs propres combinaisons. Ils avancent en effet que le "couple fantôme" n'est plus un véritable problème, car ils ont mis au point un programme qui permet de gérer la rotation en la contrôlant avec les moteurs DPO d'un ravitailleur Progress.

Les DPO utilisés sont ceux qui se trouvent à l'arrière des vaisseaux, ce qui assure que les cosmonautes sortants ne seront pas mis en danger par les jets de gaz. De plus, il est clair que Mikhaïl TIOURINE n'est pas prêt à travailler avec un EMU, car il n'a été entraîné que rapidement sur ce matériel.

Un problème supplémentaire viendrait du chemin à parcourir pour rejoindre Progress M-58 à partir de Quest, qui est dangereux du fait de la présence de nombreuses antennes. Pour ce qui est du temps passé à préparer les Orlan-M, Roscosmos assure qu' il sera pris sur l' emploi du temps russe, et que les opérations américaines n' en souffriront donc pas. La question des caméras de casque ne se pose pas, car l' éloignement des antennes relais ne leur permettrait sans doute pas de fonctionner.

La 21ème sortie dans l'Espace réalisée depuis le Segment russe (VKD-17a) débute le 22 février 2007 à 10h27 GMT, quand les cosmonautes Michael TIOURINE (Orlan-M n°27) et Michael LOPEZ-ALEGRIA (Orlan-M n°25) ouvrent l'écoutille VL-1 du module Pirs.

Leur première activité consiste à photographier l'antenne GTS qui se trouve sur la section de petit diamètre du module Zvezda. LOPEZ-ALEGRIA et TIOURINE se dirigent ensuite vers l'arrière du module Zvezda, où est amarré le Progress dont l'antenne est récalcitrante.

Fig. 19 : L'antenne 2AO-VKA avant (gauche) et après l'intervention du 22 février 2007.
La première image laisse clairement apparaître les quatre bras supports de l'antenne. La rotation se fait autour de l'axe colorié en jaune dans le sens qui fait sortir l'antenne du plan de l'image.
La photo de droite montre l'un des quatre bras sectionné.
Crédit : DR.

Comme le montre la figure 19, cette fameuse antenne, appelée 2AO-VKA, est montée sur quatre bras qui pivotent et permettent à l'ensemble de se rétracter avant l'amarrage. Mais cette fois-ci, la rétractation n'a pas eu lieu et l'antenne est restée déployée. Les bras qui supportent l'antenne sont des tubes métalliques d'environ 3cm de diamètre pour une épaisseur d'environ 2,5mm.

Les cosmonautes essayent de sectionner l'un de ces bras de manière à pouvoir rétracter l'antenne de force. Les opérations se déroulent dans une certaine confusion, car, rappelons-le, les ingénieurs du TsUP n'ont aucun contrôle de visuel de ce qui se passe et doivent se baser uniquement sur les descriptions orales de LOPEZ-ALEGRIA et TIOURINE. Finalement, l'antenne peut être rétractée de 5cm, ce qui est largement suffisant pour permettre une séparation du vaisseau sans aucun risque.

Ce problème étant réglé, les cosmonautes terminent la fixation de l'antenne WAL-2, qu'ils avaient déplacée lors de leur sortie du 23 novembre 2006. Ils inspectent ensuite l'antenne ASN-M ainsi que les cibles lasers qui serviront à l'amarrage de l'ATV. Après cela, ils s'affairent à terminer l'installation de l'expérience russe BTN-Neutron, qu'ils avaient également entamée lors de la sortie du 23 novembre. Ils prennent ensuite des photos de l'expérience allemande ROKVISS, et se dirigent vers le module Pirs. Avant de rentrer, ils inspectent le mât de charge GStM-2 et installent sur l'extérieur du module deux cale-pieds Yakor. Ils rentrent dans le module Pirs à 16h45 GMT, la sortie a duré 6h18.

Il est toutefois important de signaler un incident qui a eu lieu au cours de la sortie. Peu de temps après s'être extrait du sas, Mikhaïl TIOURINE a signalé une surchauffe de son scaphandre. Cette nouvelle a beaucoup inquiété le TsUP, car déjà lors de la sortie du 22 novembre 2006 la combinaison de TIOURINE avait connu un problème similaire.

Mais cette défaillance n'a pas de lien avec la précédente. Elle vient en effet du fait que le cosmonaute a mis en service le système de refroidissement alors qu'il se trouvait dans le sas de Pirs qui n'avait pas encore été dépressurisé. En temps normal, l'eau de la boucle de refroidissement est évacuée dans le vide (ce qui, d'ailleurs, est probablement à l'origine du fameux "couple fantôme") et se sublime immédiatement.

Mais si le système est mis en service dans un environnement à pression non nulle, l'eau ne peut pas se sublimer et forme un bloc de glace qui bloque le circuit. TIOURINE a donc dû arrêter le système de refroidissement et le rallumer, et l'incident a été réglé.

Le 3 mars 2007, les ingénieurs du centre Johnson de Houston réorientent la station en utilisant uniquement les gyroscopes CMG. Ils font effectuer au complexe une manœuvre de rotation de 180° afin de le mettre en mode XVV (Vecteur X parallèle au vecteur vitesse). La même manœuvre avait été réalisée en janvier dernier en utilisant les moteurs, qui avaient consommé environ 50kg d'ergols (à 20000$/kg, cela représente une économie d'environ 1M$). Cette nouvelle méthode d'orientation, appelée ZPM (Zero Propellant Maneuver) a été développée par le laboratoire Draper, implanté dans le Massachusetts.

Le 16 mars 2007, à 02h47 GMT, les moteurs de Progress M-58 sont mis en service (dt=761,4") afin de rehausser l'orbite de la station de 5km.

11. Déplacement du vaisseau Soyouz TMA-9

Le 27 mars 2007, à 18h10'52" GMT, le vaisseau Progress M-58 se sépare du module Zvezda. La pièce d'amarrage est maintenant libre pour accueillir le vaisseau Soyouz TMA-9.

Le 29 mars 2007, les cosmonautes ferment les écoutilles séparant chaque module, et ils embarquent dans le vaisseau Soyouz TMA-9. La batterie principale délivre une tension légèrement plus basse que la normale, et TIOURINE préfère activer la batterie de secours.

Fig. 11.1 : A bord de Soyouz TMA-9, le 29 mars 2007.
Crédit : Roscosmos.

Il commande la séparation du module Zaria à 22h30'09" GMT et se met à voler en direction de Zvezda. Il réalise l'amarrage à 22h54'40" GMT. Le transfert aura duré 28 minutes. Après de nouveaux tests d'étanchéité, les cosmonautes ouvrent l'écoutille et réintègrent la station.

12. Atterrissage du vaisseau Soyouz TMA-9

Le vaisseau spatial Soyouz TMA-10 décolle de Baïkonour le 7 avril 2007. Il transporte les deux cosmonautes de MKS-15, Fiodor YOURTCHIKHINE et Oleg KOTOV, ainsi que le cinquième touriste de l'Espace, Charles SIMONYI. L'amarrage sur le module Zaria a lieu le 9 avril 2007.

Le 17 avril, le TsUP décide de reporter l'atterrissage de Soyouz TMA-9 de vingt-quatre heures, et il aura donc lieu le 21 avril 2007. Ce report permettra au vaisseau de se poser plus au sud que d'habitude, et il pourra ainsi éviter les mauvaises conditions météorologiques que subit le site d'atterrissage habituel.

Le 21 avril 2007, Soyouz TMA-9 se sépare de Zvezda à 09h11'39" GMT. Le moteur SKD est mis en service à 11h42 GMT de manière à amorcer la descente, et le vaisseau touche le sol à 12h31'04,1" GMT, à 133km de Dzhezkazgan, au Kazakhstan. L'équipage est emmené en hélicoptère vers la ville de Karaganda, d'où il prend l'avion pour la Cité des Etoiles, où une cérémonie de bienvenue l'attend.

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Fig. 12.1 : Atterrissage de Soyouz TMA-9.
Crédit : Roscosmos.

La mission MKS-14 aura duré 215 jours 8 heures 22 minutes.

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