DOS | Histoire

1. Les suites de l'échec lunaire

Au mois de décembre 1968, les États-Unis d'Amérique mettent le vaisseau spatial Apollo 8 sur orbite lunaire, et les astronautes BORMAN, LOVELL et ANDERS deviennent les premiers êtres humains à quitter la banlieue de la Terre.

Cet exploit technique s'inscrit dans ce qu'on appelle rétrospectivement la « Course à la Lune », une compétition technologique qui, durant les années 1960, oppose les États-Unis à l'Union soviétique. Le succès d'Apollo 8 annonce la victoire inéluctable de l'Amérique, et les dirigeants de Moscou en sont parfaitement conscients. Ils ont dépensé des milliards de roubles dans un programme lunaire qui devait concurrencer celui des Américains, mais qui va finalement se solder par un échec. Il leur est donc primordial de redresser la situation afin de redorer le blason du communisme dans le monde.

Fig. 1.1 : La Terre, vue par les astronautes américains d'Apollo 8.
Crédit : NASA.

Officiellement, l'Union soviétique n'a jamais eu de programme lunaire, et n'a jamais envisagé d'envoyer ses cosmonautes au-delà de l'orbite terrestre. Faute de tentative, il ne saurait donc y avoir d'échec.

Au début de l'année 1969, les autorités recensent trois façons possibles de diriger le programme spatial au cours des années à venir : tenter une mission habitée vers la planète Mars, modifier le programme lunaire N1-L3 pour permettre des séjours prolongés sur la Lune et, finalement, installer une station spatiale en orbite terrestre. Si la conquête de Mars ne semble pas à l'ordre du jour du fait du défi technologique qu'elle représente, le choix entre la continuation du programme lunaire et la création d'une station spatiale n'est pas facile à faire.

Fig. 1.2 : Vassili MICHINE, Constructeur Principal du TsKBEM.
Crédit : TASS.

Le programme lunaire N1-L3 est sous la responsabilité du TsKBEM, (anciennement OKB-1, le bureau d'étude de Sergueï KOROLIOV), dirigé par Vassili MICHINE, et il a déjà consommé de très importantes ressources. Pour les équipes qui lui ont consacré des années, il est difficile d'accepter son abandon.

MICHINE s'oppose donc fermement aux projets de station spatiale, et plaide en faveur de la poursuite du programme lunaire. En 1965, sous la direction de KOROLIOV, le TsKBEM avait lancé des études sur un projet de station orbitale extrêmement ambitieux baptisé MKBS, qui reposait sur l'utilisation du lanceur super-lourd N-1. En proposant le MKBS, MICHINE arriverait donc à satisfaire le besoin d'une station tout en assurant la pérennité de son lanceur, et ainsi de son programme lunaire tout entier.

Mais tout le monde au TsKBEM n'est pas de cet avis. Des ingénieurs très influents, comme Boris TCHERTOK ou Konstantin FEOKTISTOV, ne pensent pas que le projet de MICHINE soit réaliste. Le lanceur N-1 a en effet peu de chance de fonctionner un jour, et la station MKBS constitue en elle-même un défi technique difficilement surmontable. D'autre part, le TsKBM de Vladimir TCHELOMEÏ, concurrent du TsKBEM, développe depuis plusieurs années une station spatiale militaire nommée Almaz, dont le lancement serait assuré par un lanceur Proton-K qui, contrairement à la N-1, est déjà opérationnel.

Fig. 1.3 : Une station militaire Almaz du TsKBM.
Crédit : NPO Mach.

Mais TCHELOMEÏ et MICHINE sont en concurrence, et il n'y a aucune volonté de leur part de travailler ensemble sur un projet commun.

2. L'union soviétique challengée par Skylab

Le 21 juillet 1969, l'astronaute américain Neil ARMSTRONG écrit une page de l'Histoire en posant le pied sur la Lune. De plus, l'Amérique envisage de lancer sa station spatiale Skylab dès 1973.

Les Soviétiques ont déjà perdu la Lune, ils entendent bien ne pas se laisser dépasser sur ce nouveau terrain. En août 1969, trois ingénieurs du TsKBEM (RAOUCHENBAKH, LEGOSTAÏEV et BACHKINE) rencontrent secrètement Boris TCHERTOK, l'adjoint de MICHINE, pour lui faire une proposition. Ils envisagent d'utiliser la station militaire Almaz du TsKBM en lui ajoutant un dispositif d'amarrage pour les vaisseaux Soyouz. Cette solution permettrait d'utiliser du matériel existant ou en cours de développement, et ainsi de minimiser les risques tout en tenant des délais extrêmement serrés.

Fig. 2.1 : L'astronaute Buzz ALDRIN sur la Lune, le 21 juillet 1969.
Crédit : NASA.

TCHERTOK baptise de projet DOS, pour « station orbitale de longue durée » (Долговременная Орбитальная Станция). De plus, des contacts sont pris avec des ingénieurs du TsKBM. MICHINE entend parler du projet et s'y oppose catégoriquement, car cela signifierait l'abandon du MKBS. D'autre part, TCHELOMEÏ est lui aussi farouchement opposé au concept DOS, qui lui volerait ses stations Almaz.

Le 5 octobre 1969, FEOKTISTOV parle du projet DOS au Maréchal Dmitri OUSTINOV, secrétaire à la Défense et à l'Espace du Comité central du Parti communiste, et de ce fait patron du programme spatial soviétique.

L'occasion se présente durant le trajet en avion vers Baïkonour, où les deux hommes se rendent pour assister aux lancements des vaisseaux Soyouz-6, 7 et 8. OUSTINOV se montre enthousiaste en écoutant FEOKTISTOV, car ce projet permettrait de redorer rapidement le blason de la Cosmonautique soviétique.

Fig. 2.2 : Le Maréchal Dmitri OUSTINOV.
Crédit : DR.

MICHINE, se rendant bien compte de la sympathie d'OUSTINOV envers le projet, réagit en interdisant à tous ses subordonnés de le rencontrer en son absence. Le 19 octobre 1969, FEOKTISTOV se rend cependant à une réunion du Parti communiste où il rencontre notamment Mstislav KELDYCH, le président de l'Académie des Sciences.

Il lui explique le contenu du projet DOS ainsi que ses enjeux techniques et politiques. Dans un premier temps, KELDYCH se montre inquiet car il est attaché au programme N-1. FEOKTISTOV le rassure en lui disant que la N-1 a ses propres équipes, et que démarrer le programme DOS n'y changera rien. Finalement, KELDYCH se montre favorable et accepte de faire ajouter un paragraphe dans le discours que Leonid BREZHNEV prononce au Palais des Congrès du Kremlin le 22 octobre 1969. Voici l'extrait en question :

Notre route vers la conquête de l'Espace est celle qui résout les questions vitales et fondamentales, les problèmes de base de la Science et de la technologie.

Nos scientifiques conçoivent la création de stations orbitales et de laboratoires de longue durée comme un moyen décisif pour conquérir l'Espace.

La Science soviétique voit la création de stations orbitales avec des équipages successifs comme le véritable chemin de l'Homme dans l'Espace.

Les paroles de BREZHNEV sont une habile façon d'expliquer au monde que, pendant que les États-Unis vont se promener inutilement sur la Lune, les Soviétiques se préparent à mener à bien de véritables programmes scientifiques qui vont bénéficier à toute l'humanité.

Fig. 2.3 : Leonid BREZHNEV, Premier Secrétaire du Parti communiste.
Crédit : TASS.

Le 26 décembre 1969, OUSTINOV convoque les ingénieurs du TsKBEM favorables au projet, profitant que MICHINE est en vacances à Kislovodsk, dans le sud de la Russie. Il leur annonce qu'il soutiendra la présentation du programme au Comité central. En quelques jours, un document intitulé « caractéristiques de base d'une station orbitale de longue durée » est rédigé, et il est signé le 31 décembre 1969.

Le 3 janvier 1970, OUSTINOV se rend au TsKBEM et demande à ses dirigeants de préparer un décret gouvernemental pour autoriser le démarrage du projet. C'est TSAREV, de la Commission Militaro-industrielle, KERIMOV, du MOM et BOUCHOUÏEV, du TsKBEM, qui se chargeront de la rédaction. Si MICHINE est présent à la réunion, TCHELOMEÏ n'a pas été convié et c'est Viktor BOUGAÏSKI, le directeur de la filiale n°1 du TsKBM qui le représente.

OUSTINOV demande à MICHINE de mener à bien le lancement d'une station DOS d'ici un an à un an et demi, d'utiliser au maximum le matériel développé dans le cadre du programme Soyouz et de régler avec la filiale n°1 du TsKBM les questions concernant la coopération entre les deux bureaux. Le 4 janvier 1970, MICHINE visite l'usine Khrounitchev du TsKBM. Son directeur, Mikhaïl RIZHYKH, lui rendra la pareille dès le lendemain.

Au TsKBEM, le 20 janvier 1970, Youri SEMIONOV est nommé à la tête du projet. Il avait déjà dirigé le programme lunaire 7K-L1 qui avait été réalisé en coopération avec le TsKBM. A la filiale n°1 du TsKBM, BOUGAÏSKI constitue une équipe en prévision de l'officialisation de DOS, et place à sa tête Vladimir PALLO.

Fig. 2.4 : Youri SEMIONOV.
Crédit : RKK Energiya.

Le 1er février 1970, Leonid BREZHNEV ordonne de commencer le travail sur le programme DOS, et annonce que le projet Almaz de TCHELOMEÏ n'est que la priorité n°2. Dans les jours qui suivent, des généraux des Forces aériennes (VVS), des Forces de Missiles stratégiques (RVSN) et de l'Artillerie commencent à réfléchir à la sélection des cosmonautes qui voleront sur les stations DOS.

Le 4 février 1970, la composition de l'équipe d'ingénieurs placée sous la direction de SEMIONOV est connue : BOUCHOUÏEV sera chef du développement, et FEOKTISTOV sera son adjoint. TSYBINE dirigera la création d'une nouvelle version du Soyouz, GORCHKOV aura la responsabilité du module orbital de DOS et TCHERTOK celle du système de guidage, tandis que RAOUCHENBAKH et YOURASSOV seront ses adjoints. TREGOUB commandera les essais, et ZELENCHTCHIKOV sera son adjoint. Pour finir, ABRAMOV sera à la tête du segment sol.

Le 9 février 1970, le Ministère des Machines Générales (MOM) publie un décret (n°105-41) « sur la création de DOS sur la base de Almaz ». Le programme est maintenant officiellement lancé et prend le nom de DOS-7K (7K désigne le vaisseau Soyouz qui sera utilisé pour rejoindre la station). La désignation interne du projet est « 17K ». Quatre stations devront être construites et exploitées. Le 16 février 1970, l'ordre du MOM n°57ss clarifie la nature de la participation de chacune des trois entreprises :

Entreprise Directeur Tâches
TsKBEM Vassili MICHINE - Conception générale de la station
- Conception et fabrication de la quasi-intégralité des systèmes
- Essais au sol des stations une fois construites
- Lancement et récupération des équipages
- Gestion du suivi des missions
TsKBM
(Filiale n°1)
Viktor BOUGAÏSKI - Définition de l'architecture générale des stations
- Modélisation de l'ensemble
- Conception et fabrication de quelques systèmes
- Rédaction de la documentation
- Supervision de la construction des stations à l'usine Khrounitchev
- Préparation des stations avant leur lancement
TsKBM
(Usine Khrounitchev,
ou ZIKh)
Mikhaïl RIZHYKH - Construction des stations
Tableau 1 : Répartition des tâches entre les trois entreprises
chargées de la mise en œuvre du programme DOS, février 1970.

3. Concurrence autour des stations soviétiques

Au cours du mois de février 1970, peu après la validation officielle du projet, le département n°241 du TsKBEM dessine les plans du premier DOS-7K, qui sont aussitôt validés par les ingénieurs du TsKBM. Le Comité central demande que la première station soit prête à être lancée d'ici la fin de l'année. Le 27 février, au cours d'une réunion, les représentants du TsNIIMach affirment que ce délai sera absolument impossible à tenir, et que le premier exemplaire ne sera pas prêt avant fin 1971-début 1972. MICHINE n'est pas de cet avis et pense qu'il est possible d'envisager un lancement fin 1970-début 1971.

De son côté, TCHELOMEÏ refuse catégoriquement de céder ses Almaz à MICHINE. En mars 1970, pour la première fois, il rencontre SEMIONOV dans son bureau à Reoutov. L'entrevue est longue mais peu fructueuse, et TCHELOMEÏ n'accepte pas de devoir céder le fruit de tant d'années de travail à son concurrent. Il faudra l'intervention personnelle du ministre Sergueï AFANASSIEV pour faire évoluer la situation : TCHELOMEÏ se résout à léguer quatre carcasses de stations au TsKBEM. Plus tard, quatre autres suivront, ainsi que leurs systèmes associés et toute la documentation nécessaire.

La prochaine mission d'un vaisseau Soyouz (Soyouz-9) aura lieu début 1970, et les deux vaisseaux suivants (Soyouz-10 et Soyouz-11) sont affectés à des vols vers la première station DOS.

Quatre équipages sont formés. Le premier volera sur Soyouz-10 et le deuxième servira de réserve. Ensuite, le deuxième équipage décollera à bord de Soyouz-11, avec le troisième comme réserve. La quatrième et dernière équipe servira de seconde réserve en cas de problème avec la première. La première mission devrait durer trente jours, et la seconde quarante-cinq jours. Le 23 avril 1970, MICHINE fait une première proposition concernant la composition des équipages.

Equipage n°1 Equipage n°2 Equipage n°3 Equipage n°4
Commandant CHATALOV CHONINE VOLINOV KHROUNOV
Ingénieur de bord n°1 ELISSEÏEV KOUBASSOV FEOKTISTOV V. VOLKOV
Ingénieur de bord n°2 ROUKAVICHNIKOV KOLODINE PATSAÏEV SEVASTIANOV
Tableau 2 : Proposition pour les équipages de la station DOS-7K n°1, avril 1970
(les militaires sont en italique)

Le général KAMANINE, responsable de l'entraînement des cosmonautes, ne veut pas de FEOKTISTOV, qu'il considère médicalement inapte et profondément immoral, du fait qu'il vient de divorcer de sa seconde femme. Il n'aime pas non plus VOLINOV, qui est de confession juive, et KHROUNOV, qui s'est récemment mal comporté : il n'est pas venu au secours d'un homme victime d'une bagarre. De plus, le général insiste pour que six des douze cosmonautes soient des militaires, avec la condition supplémentaire que des militaires soient présents sur trois des quatre équipages. Voici la liste remaniée qu'il propose le 6 mai 1970 :

  Equipage n°1 Equipage n°2 Equipage n°3 Equipage n°4
Commandant CHONINE LEONOV CHATALOV DOBROVOLSKI
Ingénieur de bord n°1 ELISSEÏEV KOUBASSOV V. VOLKOV SEVASTIANOV
Ingénieur de bord n°2 ROUKAVICHNIKOV KOLODINE PATSAÏEV VORONOV
Tableau 3 : Composition des équipages de la station DOS-7K n°1, mai 1970
(les militaires sont en italique)

MICHINE est opposé à DOBROVOLSKI et VOLKOV, mais il n'a plus son mot à dire et la composition est entérinée le 13 mai. Les cosmonautes des trois premiers équipages commencent leur entraînement séparément. En juin 1970 a lieu la mission Soyouz-9 avec NIKOLAÏEV et SEVASTIANOV, qui battent le record de durée en orbite, détenu jusqu'ici par l'équipage américain de Gemini VII. Le vol est un succès, mais l'état de santé des cosmonautes à leur retour est très inquiétant, ce qui remet en cause l'intérêt des vols spatiaux de longue durée, et donc des stations spatiales. Cependant, le programme DOS n'est pas interrompu, et il avance même très rapidement.

4. Saliout prend forme

Au TsKBEM, les ingénieurs ont construit plusieurs exemplaires factices pour mener à bien des essais au sol. On compte notamment une maquette destinée à tester l'encapsulation dans la coiffe du lanceur Proton, une autre destinée à tester les systèmes de thermorégulation et de survie, une pour tester l'installation des moteurs et une pour valider l'installation des différents instruments.

Fig. 4.1 : Schéma de la station DOS-7K n°1
(un vaisseau Soyouz est amarré à droite).

Durant le mois d'août 1970, le Comité central demande que la première DOS soit en orbite pour le XXIVème Congrès du Parti communiste, prévu pour le printemps 1971. Le 18 septembre 1970, les cosmonautes commencent à s'entraîner en équipage. C'est à cette époque-là, c'est-à-dire au cours du mois de septembre, que le ministre Sergueï AFANASSIEV ordonne de procéder au lancement de la première DOS en janvier 1971.

Le 23 septembre, OUSTINOV donne même à MICHINE la date limite du 5 février 1971. Cet objectif est réaliste, car la fin des essais est prévue pour le 10 décembre 1970, et l'envoi à Baïkonour pour la première quinzaine de janvier 1971. AFANASSIEV accentue encore un peu la pression le 1er octobre 1970. Ce jour-là, alors qu'il visite l'usine Khrounitchev où est assemblée la première DOS, il ordonne aux ingénieurs et aux techniciens de terminer l'assemblage d'ici quarante-cinq jours, c'est-à-dire d'ici la mi-novembre, bien qu'on lui dise que c'est impossible.

Le 20 octobre 1970, l'usine Khrounitchev livre au Centre d'Entraînement des Cosmonautes (TsPK) le premier simulateur DOS sur lequel les cosmonautes vont enfin pouvoir commencer à s'entraîner. La station DOS-7K n°1 est terminée à la fin du mois de novembre 1970, et elle est convoyée au TsKBEM pour y subir des essais de qualification.

Ceux-ci prennent plus de temps que prévu suite à des incidents techniques. De plus, à ce moment là, on ne sait toujours pas si le vaisseau Soyouz-10 sera lancé avant ou après la station. Cette indécision complique fortement l'entraînement des cosmonautes, qui ne savent à quel plan de vol s'en tenir. Le 24 novembre 1970, le général KAMANINE s'entretient avec Oleg GAZIENKO, le directeur de l'Institut des Problèmes Biomédicaux (IMBP), qui lui apprend que le système de survie ne pourra pas être prêt pour le 5 février 1971. Notons que la première station DOS est baptisée Zaria (aube en Russe).

Le 19 décembre 1970, la direction du TsPK décide que la durée de la première mission devrait être de vingt-deux jours, et celle de la suivante de vingt-six jours. Mais le maréchal OUSTINOV a ordonné à MICHINE de mener à bien un vol de trente jours. Les cosmonautes eux-mêmes sont réticents à l'idée d'une mission aussi longue : ils ont encore en mémoire les complications médicales de l'équipage de Soyouz-9 après dix-huit jours sur orbite. Le 21 décembre 1970, la Commission d'État tient à Moscou sa première réunion dans le cadre du programme DOS-7K, et décide de reporter le lancement de Zaria du 5 février au 15 mars 1971.

Le 30 janvier 1971, les équipages partent en avion à Baïkonour. Ils volent sur deux Tu-104 et profitent du voyage pour tester l'instrument Sviniets, qu'ils embarqueront à bord de la station Zaria. Il s'agit d'un appareil capable d'observer des lancements de missile. D'ailleurs, un missile balistique est tiré pour les besoins de l'essai.

Le 4 février, les cosmonautes retournent au TsKBEM à bord de leurs Tu-104 et réalisent sur le chemin un second test de Sviniets, qui nécessite le lancement d'un second missile. Dès le lendemain, CHONINE, commandant de la première mission, se présente ivre à l'entraînement et il est remplacé par CHATALOV, lui-même remplacé à la tête de l'équipage n°3 par DOBROVOLSKI. Le poste de commandant de l'équipage n°4, qui incombait jusqu'alors à ce dernier, revient à GOUBAREV. Le tableau 4 présente les équipages DOS remaniés.

Equipage n°1 Equipage n°2 Equipage n°3 Equipage n°4
Commandant CHATALOV LEONOV DOBROVOLSKI GOUBAREV
Ingénieur de bord n°1 ELISSEÏEV KOUBASSOV V.VOLKOV SEVASTIANOV
Ingénieur de bord n°2 ROUKAVICHNIKOV KOLODINE PATSAÏEV VORONOV
Tableau 4 : Composition des équipages de la station DOS-7K n°1, février 1971.

Les ingénieurs responsables du projet se réunissent le 2 mars 1971 et reconnaissent que du retard a été pris. En conséquence, il est décidé de reporter le lancement d'un mois, c'est-à-dire au 15 avril 1971. L'équipage de CHATALOV décollera le 18 ou le 20 avril pour effectuer la première occupation.

Fig. 4.2 : Les trois équipages de la première station DOS.
Au 1er rang : LEONOV, ELISSEÏEV, CHATALOV, ROUKAVICHNIKOV et KOUBASSOV.
Au 2nd rang : KOLODINE, DOBROVOLSKI, VOLKOV et PATSAÏEV.

D'ici là, il faut encore réaliser les essais vibratoires, qui sont continuellement repoussés. Ils ne commenceront que le 5 mars et devraient prendre deux mois. Le système de survie a quant à lui rencontré de nombreux problèmes lors de sa première phase de tests. D'autre part, les parachutes de Soyouz-10 ont été emballés depuis trop longtemps et ils arriveront à expiration le 15 avril; ils doivent donc être changés. En revanche, tous les exemplaires du système d'amarrage Igla fonctionnent à merveille. Une autre question très épineuse concerne la durée de la première mission, qui n'a toujours pas été fixée !

Le lendemain de cette réunion, le 3 mars 1971, les essais en usine sont considérés comme terminés et, quelques jours plus tard la station, est transférée à Baïkonour, où elle est installée dans le nouveau MIK-2B.

Fig. 4.3 : Essai d'amarrage entre Soyouz et Saliout.
Crédit : RIA Novosti.

Le 16 mars 1971, ils passent leur examen final avec succès. Le 19 mars, la Commission d'État officialise la date du 15 avril comme l'objectif pour le lancement, avec une tolérance de trois jours de report, c'est-à-dire jusqu'au 18 avril. Un débat a lieu sur l'heure du décollage. Les responsables de l'entraînement, KAMANINE en tête, insistent pour que l'atterrissage ait lieu de jour.

Ils considèrent en effet que si les cosmonautes de Soyouz-9 n'avaient pas été pris en charge par une équipe médicale immédiatement après leur arrivée sur Terre, ils auraient pu avoir de graves complications. En conséquence, il apparaît primordial de maximiser la probabilité pour que les opérations de récupération se passent bien. Mais MICHINE affirme que si l'on veut que la mission dure trente jours et qu'elle se termine de jour, il faudrait alors décoller à trois heures du matin, ce que KAMANINE considère lui aussi comme hasardeux, car cela pourrait s'avérer dangereux dans le cas où l'équipage devrait s'éjecter.

Les cosmonautes des trois premiers équipages partent à Baïkonour le 20 mars à bord de trois Tu-104 pour s'entraîner sur le matériel de vol. Ils inspectent la station Zaria ainsi que les vaisseaux Soyouz-10 et 11. Ensuite, ils assistent à un essai électrique qui s'avère peu concluant. Le 21 mars, ils essaient les nouvelles combinaisons Pingouin, qui seront utilisées pour la première fois sur la station DOS-7K n°1. Elles sont équipées d'élastiques qui forcent les cosmonautes à faire des efforts pour se mouvoir, limitant ainsi les effets néfastes de l'apesanteur. Plus tard dans la journée, les équipages réalisent des essais de communications avec la station.

A ce propos, ils se réjouissent de la mise en service du nouveau bateau « Cosmonaute Youri Gagarine », qui permettra de prolonger la durée des sessions de communication pendant leurs missions. La réalisation de ce navire de 45.000 tonnes a coûté 120 millions de roubles. Le 22 mars, MICHINE arrive à Baïkonour et a apprend que le système Igla ne fonctionne pas correctement, rendant irréaliste la date butoir du 15 avril. Le 23 mars, les cosmonautes retournent à Moscou.

5. Saliout, la première station orbitale de l'Histoire

La Commission Militaro-industrielle (VPK) approuve le 25 mars 1971 la proposition de MICHINE de faire durer la première mission trente jours. La seconde, quant à elle, pourra durer jusqu'à quarante-cinq jours. De plus, les représentants du TsPK annoncent, en désaccord avec KAMANINE, qu'ils ne voient plus d'inconvénients à un atterrissage de nuit.

Fig. 5.1 : La station Saliout attend son lancement.
Crédit : TASS.

Le 14 avril 1971, il est décidé d'abandonner le nom « Zaria » qui avait été choisi pour la station DOS-7K n°1. Les Chinois ont en effet eux aussi un projet de vaisseau spatial qu'ils ont baptisé Chuguang, ce qui signifie également « aube ». Vassili MICHINE suggère de rebaptiser la station Saliout. Ce mot, qui signifie « le salut », serait un salut à Youri GAGARINE, dont la mission vient de fêter ses dix ans. L'idée est retenue, mais le nom Zaria avait déjà été peint sur le lanceur et sur la station elle-même, et ne pourra pas être effacé. Le 19 avril 1971, le lanceur Proton-K met sur orbite avec succès la première station orbitale de l'Histoire, Saliout.

Le vaisseau Soyouz-10 décolle le 22 avril 1971 avec à son bord CHATALOV, ELISSEÏEV et ROUKAVICHNIKOV. Le 24 avril 1971, le système de rendez-vous automatique Igla fonctionne correctement, et CHATALOV prend les commandes manuelles pour réaliser l'amarrage.

Fig. 5.2 : ELISSEÏEV, CHATALOV et ROUKAVICHNIKOV.
Crédit : TASS.

Le contact a bien lieu, mais la jonction n'est pas hermétique. L'équipage veut se désamarrer pour faire une nouvelle tentative, mais il rencontre des difficultés et la manœuvre prend plusieurs heures. Finalement, pour ne pas risquer d'endommager la pièce d'amarrage de la station et interdire ainsi toute mission ultérieure, les cosmonautes reçoivent l'ordre de revenir sur Terre.

Suite à cet échec, il est décidé que l'équipage n°3 volera sur Saliout à bord de Soyouz-12. Il y aura donc bien deux missions vers la station, qui sera ainsi pleinement exploitée. Le 3 mai 1971, MICHINE appelle KAMANINE pour lui parler d'une idée qu'il a eu : envoyer Soyouz-11 avec seulement deux cosmonautes, mais équipés de scaphandres pour leur permettre d'effectuer une sortie dans l'Espace afin d'inspecter le système d'amarrage de Saliout. KAMANINE, cependant, ne conçoit pas que des scaphandres puissent être conçus et fabriqués en si peu de temps et que, de plus, l'équipage ait le temps de s'entraîner avec.

Le 10 mai 1971, la commission d'enquête rend son rapport sur les causes de l'échec de Soyouz-10. Le système d'amarrage modifié sera prêt pour un lancement le 6 juin 1971. Ensuite, MICHINE veut toujours lancer Soyouz-12 vers la mi-juillet pour un vol d'une trentaine de jours. Ce plan étonne beaucoup de monde, car la station Saliout a été construite avec une durée de vie limitée, et celle-ci expire début juillet. Au-delà de cette date, le bon fonctionnement de tous les systèmes ne peut pas être garanti.

Le 3 juin 1971, les trois cosmonautes de Soyouz-11 passent leur dernier examen médical, et il apparaît que KOUBASSOV serait susceptible de développer la tuberculose. La décision est prise de remplacer l'équipage principal par l'équipage de réserve. Un long débat a lieu sur cette question, car certains pensent qu'il suffit de remplacer KOUBASSOV par son suppléant, c'est à dire VOLKOV. Mais les règles sont claires : si un membre est déclaré inapte au vol alors que les équipages sont déjà sur le cosmodrome, c'est tout l'équipage qui doit être remplacé.

Soyouz-11 sera donc piloté par DOBROVOLSKI, VOLKOV et PATSAÏEV. Le vaisseau décolle le 6 juin 1971 et, moins de trois heures plus tard, DOBROVOLSKI, VOLKOV et PATSAÏEV arrivent en vue de Saliout et branchent le système Igla. L'amarrage se déroule sans incident et, pour la première fois, des cosmonautes pénètrent dans une station orbitale.

Fig. 5.3 : Saliout vue par l'équipage de Soyouz-10.
Crédit : TASS.

Après avoir démarré un certain nombre d'expériences scientifiques, les cosmonautes apprennent petit à petit à vivre dans l'Espace. Excepté une forte odeur de fumée qui provoque une alerte incendie, la mission se déroule sans incident notable. En réalité, la plus grosse difficulté ne vient pas de la station, mais des hommes eux-mêmes. Les trois hommes rencontrent en effet de très importants problèmes relationnels, qui atteindront un tel niveau que VOLKOV ira jusqu'à s'autoproclamer commandant de bord.

Le 30 juin 1971, après plus de trois semaines sur orbite, les cosmonautes se préparent à revenir sur Terre. La séparation se déroule de façon nominale mais, lors de la descente, une vanne s'ouvre inopinément et le vaisseau se dépressurise. L'atterrissage a lieu au point prévu, mais DOBROVOLSKI, VOLKOV et PATSAÏEV sont morts.

Fig. 5.4 : Funérailles des cosmonautes de Soyouz-11.
Crédit : TASS.

Suite à cet accident, c'est tout le programme de stations spatiales qui est revu. Le vol de Soyouz-12 est annulé et une commission d'enquête est mise sur pieds. Elle est dirigée par l'Académicien Mstislav KELDYCH et rend ses conclusions le 17 août 1971. Elle recommande notamment d'équiper les cosmonautes de tous les futurs vols spatiaux de scaphandres les protégeant du risque de dépressurisation.

MICHINE est opposé à cette idée, mais c'est OUSTINOV qui tranche : dorénavant, plus aucun Soviétique n'ira dans l'Espace sans scaphandre. L'Usine 918 développe la combinaison Sokol-K, mais les équipements qui lui permettent de fonctionner sont volumineux et les équipages seront désormais constitués de seulement deux cosmonautes.

6. L'avenir des station orbitales

Au mois d'août 1971, c'est à dire environ deux mois après la catastrophe, MICHINE rencontre OUSTINOV afin de discuter de l'avenir des vols habités. Le TsKBM de TCHELOMEÏ n'a toujours pas fait voler sa station militaire Almaz, mais le Maréchal continue de favoriser les DOS. Il ordonne que le programme continue et que la prochaine station soit lancée le plus rapidement possible afin de devancer le Skylab américain.

Un ambitieux planning est alors envisagé. La deuxième station DOS sera lancée au premier trimestre 1972 et sera occupée par trois ou quatre équipages. Ensuite, deux autres stations seront mises en orbite fin 1972 et fin 1973. Les équipages qui iront visiter la quatrième et dernière DOS utiliseront une version améliorée du vaisseau Soyouz (7K-S).

Station Lancement Nombre de visites Type de vaisseaux
DOS n°2 1er trimestre 1972 3 ou 4 7K-T
DOS n°3 4ème trimestre 1972 3 ou 4 7K-T
DOS n°4 4ème trimestre 1973 4 7K-S
Tableau 6.1 : Planning des futures stations DOS (octobre 1971).

Le 10 octobre 1971, la station Saliout est détruite. MICHINE a décidé de la faire plonger dans l'océan Pacifique pendant que cela était possible, car les ingénieurs craignaient que les systèmes de contrôle finissent par ne plus répondre, ce qui aurait mené à une chute non calculée. Une semaine plus tard, le général KAMANINE prend sa retraite. Il est remplacé à la tête des cosmonautes par le général Vladimir CHATALOV, qui avait commandé la mission ratée Soyouz-10.

Dès le mois de novembre 1971, CHATALOV nomme les quatre équipes qui visiteront la station DOS n°2. Chacune d'elles est donc composée de deux cosmonautes (suite aux restrictions imposées par le port de scaphandres), le commandant étant systématiquement un militaire et l'ingénieur de bord un civil du TsKBEM. La première visite sera constituée de LEONOV et KOUBASSOV, les deux cosmonautes qui auraient dû voler sur Soyouz-11.

Equipage n°1 Equipage n°2 Equipage n°3 Equipage n°4
Commandant LEONOV LAZAREV GOUBAREV KLIMOUK
Ingénieur de bord KOUBASSOV MAKAROV GRETCHKO SEVASTIANOV
Tableau 6.2 : Proposition pour les équipages de la station DOS-7K n°2, novembre 1971.

Mais les modifications apportées au vaisseau Soyouz prennent plus de temps que prévu pour être validées, et le programme subit plusieurs mois de retard.

Pendant que les DOS sont clouées au sol, Vassili MICHINE réfléchit à l'avenir du programme. Il rencontre TCHELOMEÏ, et les deux hommes en viennent à la conclusion que, pour une fois, ils sont d'accord sur un point : il faut terminer au plus vite le programme DOS. En effet, rappelons que dès le départ il avait été imposé à MICHINE, qui a toujours désiré lancer son projet de station géante MKBS. TCHELOMEÏ, pour sa part, n'a jamais digéré le fait de s'être fait littéralement voler son concept de station orbitale, et aimerait pouvoir enfin lancer sa station Almaz.

Ainsi, le 14 avril 1972, MICHINE et TCHELOMEÏ signent un accord qu'ils envoient au ministre AFANASSIEV. Le document préconise de ne pas prolonger le programme DOS au-delà de la quatrième station, et après cette date de transférer toutes les recherches scientifiques sur les stations militaires Almaz. AFANASSIEV ratifie la proposition le 21 avril 1972, malgré une farouche opposition provenant de certains membres du TsKBEM, comme BOUCHOUÏEV, TCHERTOK ou FEOKTISTOV.

Pendant que les politiques règlent leurs problèmes, le personnel du TsKBEM poursuit ses travaux. En juin 1972, un vaisseau Soyouz inhabité (Cosmos 496) est envoyé dans l'Espace afin de tester les différents systèmes qui ont été modifiés après la catastrophe de Soyouz-11. Le module de descente revient sur Terre sans incident après un vol de six jours. Ce succès redonne confiance aux ingénieurs qui préparent la prochaine station.

Le 14 juillet 1972, le TsKBEM subit une grande réorganisation et se retrouve divisé en six unités s'occupant chacune de l'un des grands programmes en cours. C'est Youri SEMIONOV qui prend en charge les stations DOS.

Le lancement du second exemplaire approche à grands pas. La Commission d'État l'a en effet fixé pour la fin du mois de juillet 1972. Ensuite, le premier équipage (LEONOV - KOUBASSOV) partira durant la dernière semaine d'août.

7. La difficile reprise des vols

Mais le sort en décide autrement. La station DOS n°2 (17K n°122) décolle de Baïkonour le 29 juillet 1972, mais le lancement est un échec. Après les déboires de la N-1, la mission ratée de Soyouz-10 et la tragédie de Soyouz-11, c'est un nouveau coup dur pour le programme spatial soviétique.

Les États-Unis prévoient de lancer leur station Skylab à la fin du mois d'avril 1973, et il semble impératif de les devancer. En octobre 1972, Leonid BREZHNEV décide personnellement de lancer la première station Almaz, qui décolle donc le 3 avril 1973. De manière à cacher sa véritable nature, elle est officiellement baptisée Saliout-2. Mais le contact est perdu avec la station dès le 15 avril 1973, et elle doit être abandonnée.

Fig. 7.1 : La première station Almaz, Saliout-2, à Baïkonour.
Crédit : NPO Mach.

Le TsKBEM est prié par BREZHNEV de mettre DOS n°3 sur orbite avant le lancement de Skylab prévu le 14 mai 1973. A la fin avril, la Commission d'Etat fixe le décollage au 8 mai, soit avec six jours avant les Américains. Mais peu avant le lancement, un problème technique avec le lanceur Proton-K conduit à un report de trois jours.

C'est finalement le 11 mai 1973 que la station DOS n°3 (17K n°123) est mise sur orbite. Elle a reçu de nombreuses améliorations par rapport aux deux DOS qui l'ont précédée, notamment au niveau des panneaux solaires. Mais dès les premières orbites, le contrôle de la station est totalement perdu et il apparaît immédiatement qu'elle ne pourra pas être exploitée. Pour cacher ce nouvel échec au public, la troisième DOS est baptisée Cosmos 557.

Au TsKBEM, c'est la consternation. Une commission d'enquête est mise sur pieds. Plusieurs hauts responsables sont congédiés, dont TREGOUB. Les échecs de Saliout-2 et de DOS n°3 deviennent encore plus amers quand les États-Unis lancent leur première station orbitale Skylab le 14 mai 1973. L'Union soviétique est désormais dominée par l'Amérique aussi bien sur la Lune qu'en orbite terrestre.

Fig. 7.2 : Décollage de Skylab, le 14 mai 1973.
Crédit : NASA.

Le 15 juin 1973, un vaisseau Soyouz inhabité baptisé Cosmos 573 est mis sur orbite afin de requalifier certains systèmes. Ensuite, en septembre 1973, le vaisseau Soyouz-12 piloté par LAZAREV et MAKAROV marque le retour en vol des cosmonautes soviétiques. Cette fois, pour prévenir tout risque de dépressurisation, les deux hommes sont équipés du scaphandre Sokol-K.

Fig. 7.3 : Les cosmonautes de Soyouz-12 et le général KERIMOV.
Crédit : TASS.

En juillet 1973, les Américains envoient une deuxième équipe visiter le Skylab; sa mission durera cinquante-neuf jours, pulvérisant le record de la plus longue mission spatiale. Mais cette performance sera rapidement battue par la troisième équipe. Elle débute en effet le 16 novembre 1973 une mission qui ne se terminera qu'après quatre-vingt quatre jours.

Du côté soviétique, un nouveau Soyouz inhabité est mis sur orbite le 30 novembre 1973 (il est baptisé Cosmos 613), puis la mission Soyouz-13 de KLIMOUK et LEBEDEV est menée à bien au mois de décembre. Elle dure un peu moins de huit jours et redonne un peu de confiance aux ingénieurs soviétiques. En février 1974, les États-Unis cessent toute activité avec leur Skylab.

8. La station Saliout-4 : le renouveau

Mais revenons en 1974. Au mois d'avril, au TsKBEM, les travaux sur la quatrième station DOS sont presque terminés et une cinquième est en cours de construction. Cette dernière appartient à la troisième génération des DOS : sa grande nouveauté réside dans le fait qu'elle possède deux ports d'amarrage. Cela offre non seulement la possibilité d'effectuer des relèves d'équipages et ainsi d'occuper l'Espace de manière permanente, mais aussi de recevoir les nouveaux vaisseaux ravitailleurs inhabités 7K-TG (les futurs Progress) que MICHINE est en train de préparer.

En mai 1974, le secteur spatial soviétique connaît sa plus importante réorganisation depuis sa création quand le TsKBEM est associé à d'autres bureaux d'études, dont le KB Energomach de Valentin GLOUCHKO, pour former la NPO Energiya. C'est justement GLOUCHKO, l'ancien ennemi de KOROLIOV, qui est placé à la tête de la nouvelle entité.

Une nouvelle tentative soviétique dans le domaine des stations orbitales est réalisée en juin 1974 par le TsKBM de TCHELOMEÏ qui place correctement sur orbite la deuxième Almaz, baptisée Saliout-3. Quelques semaines plus tard, les cosmonautes de Soyouz-14 POPOVITCH et ARTIOUKHINE habitent à bord durant quatorze jours, réalisant ainsi la première occupation totalement réussie d'une station soviétique.

Une deuxième mission vers Saliout-3 est lancée en août 1974 à bord de Soyouz-15. Les cosmonautes SARAFANOV et DIOMINE, à l'instar de leurs camarades de Soyouz-10 trois ans plus tôt, ne parviennent pas à s'amarrer et doivent retourner sur Terre.

Après cette mission, le TsKBEM, rebaptisé entre temps NPO Energiya, prévoit de lancer une quatrième station DOS. En janvier 1974, quatre équipages sont formés en vue de son occupation.

Equipage n°1 Equipage n°2 Equipage n°3 Equipage n°4
Commandant GOUBAREV LAZAREV KLIMOUK KOVALIONOK
Ingénieur de bord GRETCHKO MAKAROV SEVASTIANOV PONOMARIOV
Tableau 8.1 : Composition des équipages de la station DOS-7K n°4, 1974
(les militaires sont en italique)

Comme c'est maintenant devenu une habitude, les commandants sont des militaires et les ingénieurs de bord des civils. Les cosmonautes des trois premières équipes s'étaient déjà longuement entraînés pour voler sur les stations DOS n°2 et n°3 qui n'avaient pas pu être exploitées. Le 26 décembre 1974, malgré les retards, la quatrième DOS finit par être lancée. Une fois sur orbite, elle est rebaptisée Saliout-4.

Fig. 8.1 : Préparation de la station Saliout-4 à Baïkonour.
Crédit : RKK Energiya.

Dès le mois de janvier 1975, une première mission est envoyée pour l'occuper. GOUBAREV et GRETCHKO embarquent à bord de Soyouz-17, s'amarrent sans problème et effectuent une mission de trente jours.

Au mois d'avril 1975, une deuxième expédition est lancée à destination de Saliout-4 mais, suite à une défaillance majeure du lanceur, le vaisseau Soyouz est éjecté par son Système de Sauvetage d'Urgence (SAS), qui permet de sauver la vie des cosmonautes LAZAREV et MAKAROV.

Moins de deux mois plus tard, KLIMOUK et SEVASTIANOV décollent à bord de Soyouz-18. Cette fois tout se passe bien, et les deux cosmonautes mènent à bien une mission de près de soixante-trois jours. Les Américains restent toutefois détenteurs du record de longévité.

Fig. 8.2 : SEVASTIANOV et KLIMOUK à bord de Saliout-4, en 1975.
Crédit : TASS.

Avant de procéder à la destruction de Saliout-4, qui est arrivée en fin de vie, la NPO Energiya y envoie le 17 novembre 1975 un dernier vaisseau inhabité, Soyouz-20, qui démontre que les Soyouz sont capables de rester amarrés à une station pendant trois mois. Environ un an après le retour sur Terre de Soyouz-20, le 2 février 1977, Saliout-4 rentre dans l'atmosphère.

9. Les débuts laborieux de Saliout-6

A la NPO Energiya, l'accord passé entre MICHINE et TCHELOMEÏ en avril 1972 semble oublié. Il prévoyait de stopper le programme DOS à la fin de l'exploitation de la quatrième station mais, dorénavant, les plans font état d'une cinquième. Ce nouvel engin, qui prendra la suite de Saliout-4, sera d'une nouvelle génération et verra ses capacités logistiques encore augmentées.

Les ingénieurs peaufinent en effet le vaisseau de ravitaillement Progress (7K-TG) qui pourront rejoindre la future station en utilisant sa seconde pièce d'amarrage SSVP. L'ajout de celle-ci impose toutefois de revoir complètement l'architecture du système de propulsion.

En septembre 1975, sept équipages sont formés pour occuper la prochaine station. Chacun d'eux est composé d'un commandant issu des Forces aériennes et d'un ingénieur de bord issu de la NPO Energiya.

Equipage n°1 Equipage n°2 Equipage n°3 Equipage n°4
Commandant KOVALIONOK ROMANENKO LIAKHOV POPOV
Ingénieur de bord RIOUMINE IVANTCHENKOV GRETCHKO ANDREÏEV
Tableau 9.1 : Composition des quatre premiers équipages de la station DOS-7K n°5, en 1976.

Un évènement important intervient le 13 juillet 1976, à Moscou, quand un accord multinational autorise les nations membres du programme de coopération Intercosmos à participer aux vols habités soviétiques. Cela signifie que chacun des neuf pays membres pourra faire voler gratuitement l'un de ses ressortissants à bord des stations DOS. Outre l'URSS, les membres du comité Intercosmos sont la République Démocratique Allemande, la Bulgarie, Cuba, la Hongrie, la Mongolie, la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie.

Fig. 9.1 : L'Académicien ALEKSANDROV signe l'accord du 13 juillet 1976.
Crédit : TASS.

Les cosmonautes étrangers seront intégrés à des Expéditions de Visite (EP), qui effectueront des missions de courtes durées pour visiter les Expéditions Principales (EO). Chaque équipage EP reviendra sur Terre avec le vaisseau déjà amarré à la station, ce qui permettra d'augmenter indéfiniment la durée des séjours des équipages EO.

Le programme prend quelques mois de retard, mais la cinquième DOS est lancée le 29 septembre 1977. La mise sur orbite se déroule sans incident et l'occupation peut commencer. La nouvelle station est baptisée Saliout-6.

Fig. 9.2 : Vue d'artiste de Saliout-6 en orbite.
Un vaisseau Soyouz est amarré à l'arrière et un autre s'approche de l'avant.
Crédit : TASS.

Le vaisseau Soyouz-25 décolle de Baïkonour le 9 octobre 1977 et part rejoindre Saliout-6. Mais les cosmonautes Vladimir KOVALIONOK et Valeri RIOUMINE, qui effectuent tous les deux leur premier vol spatial, ne parviennent pas à s'amarrer et doivent rentrer sur Terre sans avoir pu accomplir leur mission.

En conséquence de cet échec, il est décidé que dorénavant tous les équipages devront comporter au moins un membre qui a déjà volé dans l'Espace. On note que le deuxième équipage prend officiellement la désignation EO-1, comme pour faire oublier la mission ratée de Soyouz-25.

EO-1 EO-2 EO-3 EO-4
Commandant ROMANENKO KOVALIONOK LIAKHOV POPOV
Ingénieur de bord GRETCHKO IVANTCHENKOV RIOUMINE LEBEDEV
Tableau 9.2 : Composition remaniée des équipages de Saliout-6, en 1977.

10. L'exploitation de Saliout-6

La pièce d'amarrage avant de Saliout-6 étant suspectée d'avoir été endommagée par Soyouz-25, la prochaine mission devra donc s'amarrer par l'arrière. ROMANENKO et GRETCHKO décollent à bord de Soyouz-26 le 10 décembre 1977, moins de deux mois après l'échec de la précédente mission. Le lendemain, ils amarrent leur vaisseau sans aucun problème à l'arrière de la station.

Un peu plus d'une semaine après leur arrivée sur Saliout-6, le 19 décembre 1977, ils réalisent une sortie dans l'Espace pour inspecter la pièce d'amarrage avant, qui s'avère être en très bon état. Les astronautes américains de Skylab, quelques années plus tôt, avaient déjà réussi ce genre d'opérations, mais sortir dans l'Espace depuis une station est une grande première pour les Soviétiques. ROMANENKO et GRETCHKO ont utilisé les nouveaux scaphandres Orlan-D. Un nouveau grand succès va bientôt s'ajouter au palmarès de cette mission.

Fig. 10.1 : GRETCHKO à bord de Saliout-6, avec son scaphandre Orlan-D.
Crédit : TASS.

Le 11 janvier 1978, le vaisseau Soyouz-27 de Vladimir DZHANIBEKOV et Oleg MAKAROV s'amarre à l'avant de Saliout-6. C'est la première fois dans l'Histoire que trois vaisseaux volent ensemble dans l'Espace. Cet évènement ouvre la voie à une occupation permanente de l'orbite terrestre, car il montre que les relèves d'équipages sont possibles. Après cinq jours sur la station, DZHANIBEKOV et MAKAROV retournent sur Terre non pas à bord de leur Soyouz-27, mais du Soyouz-26 de ROMANENKO et GRETCHKO, autorisant ces derniers à rester plus longtemps sur orbite.

Un autre évènement intervient le 22 janvier 1978, quand le premier vaisseau ravitailleur 7K-TG, baptisé Progress-1, s'amarre à l'arrière de Saliout-6. Il apporte vivres, oxygène et ergols aux cosmonautes.

Fig. 10.2 : Progress-1 approche de Saliout-6, le 22 janvier 1978.
Crédit : INA.

Ensuite, le 3 mars 1978, un nouvel équipage vient rendre visite à ROMANENKO et GRETCHKO à bord de Soyouz-28. Il s'agit du premier vol réalisé dans le cadre du programme Intercosmos, qui permet à Alekseï GOUBAREV et au Tchécoslovaque Vladimír REMEK de passer une semaine sur la station. L'équipage principal rentre sur Terre six jours plus tard, et bat le record américain de longévité en orbite : le vol a duré quatre-vingt-seize jours, contre quatre-vingt-quatre pour le plus long vol Skylab.

La mission réussie de EO-1 est suivie trois mois plus tard de celle EO-2, avec KOVALIONOK et IVANTCHENKOV. Durant leur séjour, qui dure 139 jours, les deux hommes reçoivent trois vaisseaux Progress et deux Soyouz avec des cosmonautes de Pologne et d'Allemagne de l'Est.

Fig. 10.3 : L'équipage EO-2 avec les cosmonautes de Soyouz-31.
Crédit : TASS.

Le 25 février 1979, c'est le tour de EO-3, avec LIAKHOV et RIOUMINE. Le 10 avril 1979, un premier équipage de visite part à leur rencontre dans le cadre d'une mission réalisée en coopération avec la Bulgarie. Mais elle se solde par un échec suite à la défaillance du moteur principal du vaisseau Soyouz-33. L'équipage parvient toutefois à revenir sur Terre sain et sauf.

Or, le Soyouz-32 de LIAKHOV et RIOUMINE va atteindre la fin de sa durée de vie garantie, et comme Soyouz-33 n'a pas pu jouer son rôle de remplaçant, il faut lancer Soyouz-34 sans cosmonautes à bord. C'est avec ce vaisseau que l'équipage principal revient sur Terre après avoir accompli sa mission de 175 jours, battant une nouvelle fois le record de durée.

Fig. 10.4 : LIAKHOV à bord de Saliout-6, pendant le vol EO-3.
Crédit : TASS.

En mars 1980, POPOV et LEBEDEV se préparent à décoller à bord de Soyouz-35 le mois suivant, mais LEBEDEV se blesse et doit être remplacé. C'est Valeri RIOUMINE, à peine rentré sur Terre qui est choisi, et les deux hommes décollent le 9 avril 1980 pour la quatrième expédition principale (EO-4).

Ils reçoivent la visite de Soyouz-36 avec le premier cosmonaute hongrois, de Soyouz-37 avec le premier cosmonaute vietnamien puis de Soyouz-38 avec le premier cosmonaute cubain. Soyouz T-2 vient aussi s'amarrer à Saliout-6 dans le cadre d'un vol de courte durée qui permet de qualifier ce vaisseau de nouvelle génération. L'équipage EO-4 rentre sur Terre en octobre 1980 après 185 jours passés sur orbite, ce qui est un nouveau record. Aux États-Unis, aucun vol habité n'a eu lieu depuis cinq ans.

Fig. 10.5 : Saliout-6 vue de Soyouz-35, le 3 juin 1980.
Crédit : TASS.

En novembre 1980, alors que Saliout-6 est inoccupée, un équipage de courte durée y est envoyé à bord de Soyouz T-3. Cette nouvelle génération permet d'emporter trois membres d'équipage au lieu de deux, équipés du nouveau scaphandre Sokol-KV-2. KIZIM, STREKALOV et MAKAROV passent deux semaines sur orbite puis reviennent sur Terre sans incident.

Le 12 mars 1981, l'expédition EO-5 est envoyée sur Saliout-6 à bord du vaisseau Soyouz T-4. Comme la station est en fin de vie, la Commission d'État craint que l'équipage principal, peu expérimenté, ne pourra pas faire face aux importantes activités de maintenance qui seront nécessaires, et décide d'envoyer l'équipage de réserve, plus expérimenté et mieux entraîné.

Les cosmonautes KOVALIONOK et SAVINYKH seront les derniers à occuper la station. Au cours de leur vol de soixante-quatorze jours, ils reçoivent la visite de Soyouz-39 avec un cosmonaute mongole et de Soyouz-40 avec un cosmonaute roumain.

Fig. 10.6 : Soyouz T-4 amarré à Saliout-6, vus depuis Soyouz-40.
Crédit : TASS.

Aucun équipage supplémentaire n'ira occuper Saliout-6, qui a atteint la fin de sa durée de vie maximale, mais un prototype du vaisseaux TKS, baptisé Cosmos 1267, vient s'y amarrer le 19 juin 1981 dans le cadre de ses essais en vol. C'est lui qui freine la station le 29 juillet 1982 pour provoquer sa rentrée dans l'atmosphère et mettre ainsi un terme à son exploitation.

11. L'exploitation de la station Saliout-7

Moins d'un an après la fin de l'occupation de Saliout-6, la nouvelle station DOS n°5-2 s'apprête à être lancée. Un lanceur Proton-K (8K82K) la place sur orbite le 19 avril 1982 et elle reçoit le nom de Saliout-7.

Fig. 11.1 : La station Saliout-7 à Baïkonour.
Crédit : TASS.

Un mois plus tard, le 13 mai 1982, l'équipage EO-1 part la rejoindre à bord du vaisseau Soyouz T-5. Anatoli BEREZOVOÏ et Valentin LEBEDEV reçoivent quatre vaisseaux Progress et deux équipages de visite. Le premier sur Soyouz T-6 avec le cosmonaute français Jean-Loup CHRÉTIEN, et le second sur Soyouz T-7 avec la deuxième cosmonaute féminine du monde, Svetlana SAVITSKAÏA. L'équipage EO-1 rentre sur Terre en décembre 1982 après un vol record de 211 jours.

Peu après, compte tenu du fait que les nouveaux Soyouz T peuvent accueillir trois cosmonautes, Aleksandr SEREBROV est rajouté à l'équipage EO-2 en tant que cosmonaute-expérimentateur. TITOV, STREKALOV et SEREBROV décollent à bord de Soyouz T-8 en avril 1983, mais ne parviennent pas à s'amarrer sur Saliout-7 et doivent rentrer sur Terre.

Seulement deux mois plus tard, en juin 1983, LIAKHOV et ALEKSANDROV partent mener à bien la mission EO-2 à bord de Soyouz T-9. Un panneau solaire ne se déploie pas, mais le programme de vol peut quand même être accompli.

Fig. 11.2 : LIAKHOV à bord de Saliout-7, pendant le vol EO-2.
Crédit : TASS.

Le 26 septembre 1983, pour la première fois, un équipage permanent va être relevé au terme de sa mission. Mais le lancement de l'équipage de relève est un échec, et les cosmonautes Vladimir TITOV et Guennadi STREKALOV sont sauvés par le Système de Sauvetage d'Urgence (SAS) de leur vaisseau. LIAKHOV et ALEKSANDROV ne sont donc pas relevés et rentrent sur Terre en novembre 1983 à l'issue d'une mission de 149 jours.

La mission EO-3 est lancée le 8 février 1984 sur le vaisseau Soyouz T-10. Leonid KIZIM, Vladimir SOLOVIOV et le médecin Oleg ATKOV reçoivent cinq vaisseaux Progress et deux équipages de visite. Le premier, arrivé sur Soyouz T-11, est réalisé en coopération avec l'Inde tandis que le second, sur Soyouz T-12, permet à Svetlana SAVITSKAÏA de devenir la première femme à réaliser une sortie dans l'Espace. KIZIM et SOLOVIOV effectuent eux-mêmes six sorties pour augmenter la surface des panneaux solaires de Saliout-7, puis ils reviennent sur Terre en octobre 1984. Leur vol aura duré 237 jours, et c'est un nouveau record.

Fig. 11.3 : Leonid KIZIM lors d'une sortie dans l'Espace.
Crédit : TASS.

En février 1985, alors que Saliout-7 est encore inhabitée, le TsUP en perd subitement le contrôle. Les communications sont interrompues et il est impossible d'envoyer un vaisseau automatique. La seule solution est de mettre en place une mission de sauvetage. Les cosmonautes DZHANIBEKOV et SAVINYKH embarquent sur Soyouz T-13 en juin 1985, réussissent à s'amarrer à Saliout-7 et passent 112 jours à remettre la station en état. L'opération est un succès et ouvre la voie à de nouvelles expéditions.

Soyouz T-14, piloté par VASSIOUTINE, VOLKOV et GRETCHKO, est lancé le 17 septembre 1985, juste avant le retour de DZHANIBEKOV et SAVINYKH. Les cosmonautes procèdent alors à la première relève (partielle) d'équipage sur orbite : DZHANIBEKOV rentre sur Terre avec GRETCHKO, tandis que SAVINYKH reste dans l'Espace en compagnie de VOLKOV et VASSIOUTINE. Cette mission EO-4/2 s'achève prématurément en novembre 1985 après seulement 65 jours quand VASSIOUTINE tombe malade et doit être rapatrié.

12. La transition avec la station Mir

Il ne reste alors qu'un seul vaisseau Soyouz-T disponible (Soyouz T-15), et la mission de visite à EO-4/2 qu'il devait effectuer est annulée. Il semble alors que la fin de l'exploitation de Saliout-7 soit arrivée.

A la fin de l'année 1985, un engin de quatrième génération (DOS n°7) est en effet en train de voir le jour à la NPO Energiya : la station Mir. Le vaisseau Soyouz T-15, qui s'est retrouvé sans affectation suite à l'annulation de la dernière mission de visite à Saliout-7, est réquisitionné pour mener à bien la première occupation du nouveau fleuron de la technologie spatiale soviétique.

Mir est lancée avec succès en février 1986, et Soyouz T-15 la rejoint peu de temps après. Les cosmonautes KIZIM et SOLOVIOV activent la nouvelle station, et le 5 mai 1986 ils embarquent à bord de leur vaisseau pour réaliser une grande première dans l'Histoire de la Cosmonautique : ils vont effectuer un vol de station à station !

En effet, l'occupation de Saliout-7 a été stoppée prématurément et une grande quantité de matériel scientifique est restée à son bord. Comme elle est encore en orbite et en parfait état de marche, il est décidé d'y faire une excursion pour récupérer certains instruments. Les cosmonautes restent finalement près de deux mois sur Saliout-7, y effectuent deux sorties dans l'Espace puis retournent sur Mir. Ce sera la fin de la dernière Saliout.

Mais comme on l'a dit, le programme DOS ne s'arrête pas là. Deux stations seront encore lancées : outre le module de base de la station Mir, on n'omettra pas le module Zvezda, véritable pierre angulaire de la Station Spatiale Internationale.

Fig. 12.1 : Le module Zvezda de la Station Spatiale Internationale.
Vol STS-97. Crédit : NASA.

Ainsi, plus de cinquante-cinq ans après le décret du 9 février 1970, une station DOS continue de tourner autour de la Terre.


Dernière mise à jour : 18 juillet 2015