La mission Vostok 1    


Note : Tout au long de cette page les heures sont données par rapport au fuseau horaire de Moscou, afin de mieux se replacer dans le contexte de l'événement historique qu'à constitué le vol Vostok 1. Pour obtenir les heures en GMT, on doit retrancher 3h.


Equipage :

Commandant :
Youri Alekseïevitch GAGARINE

Il a seulement 27 ans quand il est sélectionné pour voler à bord de Vostok 1, le premier vol d'un homme dans l'Espace. Après cette mission, Youri A. GAGARINE entrera dans la légende et deviendra un héros national et international. Il recevra la médaille de "Héros de l'Union soviétique".
 
 

Equipages de réserve :

Commandant de réserve : Hermann Stepanovitch TITOV

Second commandant de réserve : Grigori Grigorievitch NELIOUBOV

Déroulement de la mission :

Le 11 avril 1961, à 05h00, le lanceur Vostok (8K72K) est érigé sur le pas de tir n°1 du cosmodrome de Baïkonour. A son sommet se trouve le troisième vaisseau Vostok-3KA, baptisé Vostok 1. Youri GAGARINE et Hermann TITOV se tiennent tous les deux prêts pour le départ, prévu le lendemain matin. Leur repas est composé de la même nourriture que celle disponible dans le Vostok. Ils passent la journée à revoir leur plan de vol, à passer des examens médicaux (avec les médecins KARPOV et NIKITINE) et à se reposer. Ils sont rejoints plus tard dans la matinée par Sergueï KOROLIOV avec qui ils discutent de la mission, de leurs enfances, de leurs études ou encore de leurs services militaires. Ensuite, GAGARINE et TITOV se font projeter le film Bieloïe Solntse Poustini (Le fils blanc du désert). Ils vont ensuite dormir.

Le 12 avril, à 05h30, le Dr Evgueni KARPOV (directeur du centre d'entraînement des cosmonautes) réveille GAGARINE. A la question : "Comment avez-vous dormi?" celui-ci répond : "Comme vous me l'avez appris!". C'est ensuite au tour de TITOV d'être réveillé par KARPOV. Dès leur lever ils subissent un court examen médical et sont déclarés aptes à voler. Après quelques exercices physiques ils mangent leur petit-déjeuner composé encore une fois de nourriture en tubes. KOROLIOV vient leur rendre visite, et demande des nouvelles de GAGARINE. Ensuite, celui-ci signe ses premires autographes.

Vient alors le moment de l'habillage. Les ingénieurs de Zvezda SVIERCHTCHIEK et PETROUCHINE aident les cosmonautes à revêtir leur scaphandre S.K.-1. C'est TITOV qui commence, de façon à réduire le temps que GAGARINE passera sans air conditionné. Celui-ci n'est en effet distribué aux combinaisons qu'à partir du moment où les cosmonautes sont dans l'autobus en route pour le pas de tir. Une fois l'habillage terminé, des responsables prennent la décision de faire peindre l'inscription "S.S.S.R." sur le casque, de façon à éviter toute confusion à l'atterrissage. C'est l'ingénieur de Zvezda Viktor DAVIDIANTZ qui s'en charge. On notera qu'il ne s'agit pas de la première modification de dernière minute. En effet, quelques jours plus tôt les ingénieurs de Zvezda testaient le S.K.-1 en mer, à Feodosia, et réalisèrent que la valve située juste en dessous du casque risquait de ne pas être étanche. Il a alors été procédé à son changement.

Les problèmes de scaphandres étant réglés, les ingénieurs vérifient une dernière fois la pression dans les S.K.-1 et immédiatement après GAGARINE et TITOV s'en vont vers l'autobus, accompagnés par NELIOUBOV, NIKOLAÏEV, ALEKSEÏEV, KILOSSANIDZIE, VOSTOKOV, SVIERCHTCHIEK et PETROUCHINE. Il est alors 06h30. Cet autobus a été construit dans une usine à Lvov et a été ensuite modifié par Zvezda pour la mission particulière de transporter des cosmonautes en scaphandres du M.I.K. vers le pas de tir. Il dispose de deux stations (une pour chaque cosmonaute) servant à contrôler les combinaisons ainsi qu'à leur fournir de l'air conditionné. Les bouteilles d'air sont placées à l'arrière du bus.

A 06h50 le bus arrive au pied du Vostok. Il est intéressant de noter que contrairement à la légende il ne s'est pas arrêté en chemin pour permettre à GAGARINE de satisfaire ses besoins. Sur le pas de tir, Youri GAGARINE informe le Président de la Commission d'Etat  Konstantin ROUDNEV qu'il est prêt à accomplir la mission qui lui a été confiée. Il monte alors des escaliers et arrive à la porte de l'ascenseur qui l'emmènera au sommet du lanceur. Il se retourne pour saluer la foule une dernière fois et lui crie "A bientôt!". Il entame alors sa montée en ascenseur en compagnie d'IVANOSKI et VOSTOKOV. Arrivés à hauteur du vaisseau, ils retrouvent les ingénieurs  FIRKINE, SMIRNOV et SVIERCHTCHIEK. Ceux-ci l'aident à s'installer à bord du Vostok, et à 07h10 il est en position, prêt à débuter la procédure qui le conduira jusqu'au lancement.

Tout au long du vol, les communications radios se feront à l'aide d'identifiants dont voici la liste :

GAGARINE

Kedr

-

Centre de Baïkonour

Zaria 1

VHF

Kolpachevo

Zaria 2

VHF

Elizovo

Zaria 3

VHF

Ts.U.P. (Moscou)

Vesna 1

Ondes courtes + VHF

Khabarovsk

Vesna 2

Ondes courtes

Novossibirsk

Vesna 3

Ondes courtes

Dans le bunker de Baïkonour se trouvent uniquement KOROLIOV, KAMANINE, VOSKRESSENKI, KIRILLOV, POPOVITCH et GALLAÏ. Seuls KOROLIOV et KAMANINE sont autorisés à déclencher l'éjection du cosmonaute en cas d'urgence.

Engonssé dans sa capsule, GAGARINE commence par contrôler la radio, la pression de sa combinaison et les autres systèmes du vaisseau. Une heure passe avant que les techniciens du pas de tir ne ferment l'écoutille. A la surprise de GAGARINE, elle est réouverte peu de temps après ; KOROLIOV l'informe par radio qu'elle n'avait pas été fermée de manière tout à fait hermétique la première fois. A T-15 minutes GAGARINE revêt ses gants et abaisse le heaume de son casque.

A 09h07 (06h07 GMT) le lanceur Vostok décolle.

A 09h09 les quatre fusées d'appoint sont larguées puis, à 09h10, c'est au tour de la coiffe. A 09h12 le deuxième étage se sépare à son tour. A 09h21 le troisième étage s'éteint et est largué 10 s plus tard. Vostok 1 est en orbite.

Le vol se déroule alors sans incident notable. Les manoeuvres sont toutes automatisées et GAGARINE n'a rien d'autre à faire que surveiller leur bon déroulement. En cas de problème, il pourrait toujours utiliser les commandes manuelles, mais il a besoin pour cela d'un code à trois chiffres qu'il ne connait pas, et qui ne doit lui être communiqué qu'en cas d'avarie. Cette mesure était censée prévenir tout risque d'action non-réfléchie de la part du cosmonaute, car on n'était pas sûr à l'époque que le milieu spatial n'altère la santé mentale. Mais les responsables craignant la possibilité d'une coupure des communications lors du vol, il avait été donné à GAGARINE une enveloppe scellée contenant le code. L'Histoire nous apprendra que le fameux code était 1-2-5.

Tout au long du vol, GAGARINE enregistre ses commentaires sur une bande magnétique. Aux alentours de 10h00, la nouvelle de l'événement est rendue publique.

A 10h25 le T.D.U. est mis à feu. Un incident survient alors : le module de service ne se sépare pas correctement, et en conséquence, le vaisseau n'atterrira pas à l'endroit prévu. Jugeant le risque de sa situation tout à fait acceptable, GAGARINE transmet au sol que tout est normal. Alors qu'il commence à rentrer dans l'atmosphère, le vaisseau se met à tourner sur lui-même de plus en plus rapidement. GAGARINE entend un bruit au dehors, et ne sait pas s'il s'agit d'un problème avec le bouclier thermique. La rotation de Vostok est de plus en plus rapide car son centre de gravité est fortement déplacé. La situation devient de plus en plus grave.

Après 10 minutes, les câbles qui retenaient le module de service sont consumés et le module de descente retrouve un comportement nominal. A 7 000 m d'altitude l'écoutille située derrière la tête du cosmonaute est éjectée. Quelques secondes plus tard c'est au tour de GAGARINE. Il reconnait la zone, et observe sa capsule se poser sans encombre à quelques kilomètres. Puis il touche lui même terre, près d'une ferme du village de Smelovka, dans la région de Saratov. Il est 10h55 (07h55 GMT). Le vol aura duré 1h48min.

La kholkozienne Anna A. TAKHTAROVA a été témoin de l'atterrissage et se dirige vers GAGARINE. Elle ne sait pas alors s'il s'agit d'un Américain éjecté d'un avion en détresse ou l'un des leurs. L'inscription "S.S.S.R." sur son casque et le sourire sur son visage dissipent ces peurs, et le premier cosmonaute de l'Histoire est accueilli avec vigueur.

Très peu de temps après, un véhicule militaire arrive sur les lieux. A son bord se trouve le major d'artillerie GALIMOV. Un soldat est posté près du vaisseau tandis que GALIMOV emmène GAGARINE à la caserne toute proche. Ils y arrivent à 11h15, et c'est le major GASSIEV qui accueille le cosmonaute et le met en communication téléphonique avec le major-général d'aviation Youri VOVK. A 11h20, GAGARINE rencontre le personnel de la caserne. Ensuite, il est reconduit en voiture jusqu'au site d'atterrissage; mais sur le chemin il aperçoit un hélicoptère militaire, qui provient justement du site d'atterrissage qu'il avait atteint quelques minutes plus tôt. GAGARINE descend du véhicule et fait signe. L'hélicoptère Mi-4 se pose près de la voiture. A son bord se trouvent : le pilote S. KHITRINE, le lieutenant-général I. K. BROVKO (commandant de la garnison d'Engels), le colonel S. OSSIPOV et le technicien GALKINE. Ils ramènent le cosmonaute sur les lieux de son atterrissage, car c'est ici qu'il est censé attendre. Mais il reçoit l'ordre de gagner la base d'Engels, et le Mi-4 redécolle donc immédiatement.

Il arrive à Engels à 11h50 et GAGARINE est accueilli par le major-général EVGRAFOV. Il y reçoit les félicitations de Nikita KHROUCHTCHEV, avec qui il s'entretient par téléphone. A 12h20, deux avions (un Il-18 et un An-10) en provenance de Baïkonour atterrissent sur la piste de la base d'Engels. Parmi les personnes présentes à leur bord, on note le général d'aviation F. AGALTSOV et le commissaire de la Fédération Aéronautique Internationale Ivan BORISSENKO. Celui-ci est chargé d'homologuer le record que vient de fixer GAGARINE.

A 15h25, le cosmonaute monte dans un Il-14 qui décolle pour KOUIBITCHEV.

Le lendemain du vol (le 13 avril), GAGARINE se repose beaucoup, et parle avec Hermann TITOV de ses impressions. Il en profite aussi pour lui donner quelques conseils, car TITOV est le prochain à partir. Il fait ensuite son rapport à la Commission d'Etat. Oleg IVANOSVSKI est présent et se souviendra plus tard que "l'assemblée l'a écouté en retenant son souffle". Ses dires sont immédiatement dactylographiés et la copie est estampillée "Très secret". Elle ne sera rendue publique qu'en 1991, à l'occasion du trentième anniversaire du vol (voir annexe 2). Le 09 mai 2001, elle est vendue aux enchères à New York pour 171 000 US$. Au mois de juin 2001, le conservateur du Musée GAGARINE a demandé au Président POUTINE de la faire racheter. "C'est une question d'honneur pour la Russie", a-t-il déclaré.

Revenons en 1961. Plus tard dans la journée du 13 avril, trois journalistes sont autorisés à s'entretenir avec GAGARINE. Il s'agit de Nikolaï DENISSOV (La Pravda), Gueorgui OSTROUMOV (Les Izvestia) et Vassili PESKOV (La Komsomolskaïa Pravda). Le cosmonaute a reçu l'ordre de ne donner aucun détail sur le vaisseau ou sur le programme spatial soviétique. Il se contente donc de réponses floues et très générales.

Le 14 avril il est conduit en Iliouchine-18 à Moscou où l'attend un cortège d'officiels du Parti communiste. La ville lui a réservé la plus grande liesse depuis la victoire de 1945. Il atterrit à l'aéroport Vnoukovo et à sa descente d'avion doit franchir un immense tapis rouge sous les yeux de milliers de personnes (il est d'ailleurs amusant de savoir qu'à ce moment là, le premier cosmonaute de l'Histoire avait son lacet défait!). Il est ensuite accueilli par sa famille et par Nikita KHROUCHTCHEV, et rejoint la Place Rouge debout dans une limousine décapotable. Là, il monte les marches du mausolée Lénine d'où il lit un discours écrit par sa hiérarchie et faisant l'apologie du régime socialiste.

Au cours de l'année qui suivra, il parcourera le monde entier et sera accueilli par une multitude de chefs d'Etats, de Rois, Reines ou Premiers ministres...


Annexes :

Extrait des communications radios
Le rapport de Youri GAGARINE
Le point de vue de Hermann TITOV


Bibliographie :

GAGARINE, ou le rêve russe de l'espace, Yves GAUTHIER
Le journal de bord de Gagarine vendu 171.000 dollars à New York, dépêche AFP du 09 mai 2001
Paris Match du 5 juillet 2001.
The Rocket Men, Rex HALL, David SHAYLER, Ed. Springer&Praxis
Russian Spacesuits, Isaak ABRAMOV, Ingemar SKOOG, Ed. Springer&Praxis
L'astronautique soviétique, Christian LARDIER, Ed. Armand Colin


Dernière mise à jour : 24 août 2006


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