Mir EO-1 | Chronologie

1. Lancement de Soyouz T-15

Le 9ème lanceur Soyouz-U2 (11A511U-2 n°Б15000-012) a décollé du pas de tir n°5 (17P32-5) de la zone n°1 du cosmodrome de Baïkonour le 13 mars 1986 à 12h33'08,879" GMT.

La charge utile est constituée du vaisseau spatial Soyouz T-15 (11F732 n°21L), qui est placé avec succès sur une orbite basse (240km x 298km x 51,6°). L'équipage est constitué du commandant Leonid KIZIM et de l'ingénieur de bord Vladimir SOLOVIOV.

Fig. 1.1 : Décollage de Soyouz T-15, 13 mars 1986.
Crédit : TASS.

Le 15 mars 1986, Soyouz T-15 arrive en vue de Mir. Il doit s'amarrer par le PKhO, afin de laisser le port arrière libre pour de futurs vaisseaux de ravitaillement Progress. Mais la manœuvre est complexe car le Soyouz T est  équipé du vieux système de rendez-vous Igla. Le PKhO de Mir, quant à lui, est conçu pour accueillir des vaisseaux Soyouz TM de nouvelle génération équipés du système Kours. KIZIM doit donc aborder la station par l'arrière qui, lui, est équipé de l'Igla. Ensuite, une fois arrivé à 200m, il coupe Igla, manœuvre manuellement vers le PKhO et s'y amarre à 13h38'42" GMT.

Quelques instants plus tard, KIZIM et SOLOVIOV deviennent les premiers cosmonautes à pénétrer à l'intérieur de la station Mir, qui est en orbite depuis moins d'un mois.

2. Arrivée des vaisseaux Progress-25 et Progress-26

Six jours seulement l'arrivée de son premier équipage, Mir reçoit son premier vaisseau automatique. Il s'agit du ravitailleur Progress-25, qui s'amarre à l'arrière de la station le 21 mars 1986 à 11h16 GMT. Il apporte notamment deux scaphandres Orlan-DM (n°7 et n°9).

Le 29 mars, KIZIM et SOLOVIOV réalisent les premiers essais du nouveau système de communication Altaïr. Ce réseau doit utiliser les satellites géostationnaires de type Loutch, construits par la NPO PM (appelée aujourd'hui ISS), et dont un seul exemplaire est pour l'instant en orbite : Cosmos 1700 (positionné à 95°E).

Deux jours plus tard, le 31 mars, les cosmonautes mènent à bien l'expérience Rezonans, qui vise à caractériser la résonance mécanique du complexe Mir-Soyouz-Progress.

Le 20 avril, Progress-25 quitte la station. D'autres mesures Rezonans sont alors prises, afin d'évaluer la résonance en l'absence de ravitailleur. De plus, KIZIM oriente la station de manière à ce que son axe longitudinal soit dirigé vers le centre de la Terre, ce afin de tester la stabilisation par gradient de gravité.

Le 23 avril, le vaisseau de ravitaillement Progress-26 décolle du cosmodrome de Baïkonour. Il doit s'amarrer au port arrière de la station Mir le 25 avril, mais l'opération est repoussée de 24 heures à cause d'un problème avec le système Igla de Mir. L'amarrage intervient finalement le 26 avril 1986 à 21h26 GMT.

3. Départ pour Saliout-7

Une fois les opérations liées à l'amarrage de Progress-26 terminées, KIZIM et SOLOVIOV commencent à se préparer à quitter Mir et à rejoindre Saliout-7. Ils chargent dans le vaisseau Soyouz T-15 leurs effets personnels ainsi que certaines expériences végétales. A ce moment, les deux stations sont distantes d'environ 4100km.

La stratégie du TsUP est efficace : les ingénieurs décident en effet de rapprocher au maximum Mir de Saliout-7, afin d'économiser le carburant de Soyouz. On peut dire, pour caricaturer, que Mir « emmène » Soyouz jusqu'à Saliout-7.

Ainsi, le 4 mai 1986, l'orbite de Mir est abaissée de 13km grâce aux moteurs de Progress-26. Les deux stations ne sont alors séparées que de 2000km. Le lendemain, KIZIM et SOLOVIOV enfilent leurs combinaisons Sokol-KV-2 et embarquent à bord de Soyouz T-15. Ils se séparent de Mir le 5 mai 1986 à 12h12'09" GMT.

Pendant ce temps, Mir continue à se rapprocher de Saliout-7, et Soyouz n'a finalement que 125km à parcourir pour arriver à destination. L'amarrage au port arrière de Saliout-7 a lieu le 6 mai 1986 à 16h57'52" GMT, en mode manuel. Le voyage aura duré 28 heures et 46 minutes, et il n'aura nécessité que 12kg d'ergols. Environ cinq heures après l'amarrage, Mir passe à environ 25km de Saliout-7.

KIZIM et SOLOVIOV pénètrent dans  la station Saliout-7, qui est inhabitée depuis le 21 novembre 1985, après l'évacuation due à la maladie de VASSIOUTINE. Selon certaines sources, les deux nouveaux occupants ont poursuivi les observations militaires depuis le module Cosmos 1686 que l'équipage précédent avait entamées. Cependant, les documents soviétiques restent très flous sur ce sujet et l'on ne sait pas exactement si ces observations ont eu lieu.

4. La première sortie dans l'Espace

La première sortie dans l'Espace de cette mission débute le 28 mai 1986 à 06h43 GMT, quand les cosmonautes Leonid KIZIM (Orlan-DM n°10) et Vladimir SOLOVIOV (Orlan-DM n°8) sortent par l'écoutille de Saliout-7.

L'objectif est d'effectuer les tâches que l'équipage précédent n'a pas eu le temps d'accomplir. En premier lieu, les cosmonautes récupèrent un collecteur de micrométéorites franco-soviétique (installé en août 1985), ainsi que des cassettes qui contiennent les expériences suivantes :

- Spiral : étude des effets de l'environnement spatial sur les câbles,
- Istok : étude des effets de l'environnement spatial sur les connecteurs de fils électriques
- Ressource : étude des effets de l'environnement spatial sur certains métaux,
- Medouza : étude des effets de l'environnement spatial sur les biopolymères.

KIZIM et SOLOVIOV installent ces instruments dans le sas et se lancent dans la réalisation de leur deuxième objectif : la réalisation de l'expérience Mayak. Le but est d'installer sur le Compartiment de Transfert (PKhO) de Saliout-7 une plate-forme et un un système de pliage/dépliage appelé URS (Устройство для ее Разворачивания и Сворачивания).

L'URS est un dispositif cylindrique de 150kg capable de déployer un mât de 20kg et de 12 à 15m de long. Il a été développé par l'Institut de Soudure électrique Paton de Kiev et les cosmonautes l'installent près de la sortie du sas.

C'est KIZIM qui se charge de commander le déploiement du mât, qui ne prend que quelques minutes. Il se déplace ensuite le long de celui-ci, s'arrête à mi-chemin et revient sur ses pas. Il transmet au TsUP qu'il trouve le mât « robuste », et qu'il n'a pas oscillé de plus de quelques centimètres.

Pour terminer leur sortie, les cosmonautes installent le système de communication par lumière visible BOSS, puis ils rétractent l'URS. La sortie aura duré 3 heures et 40 minutes. Certains passages ont été retransmis en direct à la télévision soviétique.

5. La seconde sortie dans l'Espace

Après cette opération réussie, les deux cosmonautes passent deux jours à nettoyer leurs scaphandres et à les préparer pour la seconde sortie, qui a lieu dès le 31 mai 1986, soit trois jours seulement après la première.

La première tâche au programme consiste à déployer une nouvelle fois le mât de l'URS, mais cette fois-ci en l'ayant équipé d'instruments de mesures destinés à évaluer sa rigidité et sa stabilité, ainsi que de l'instrument Fon (3kg). Il est construit par l'Institut Polytechnique de Leningrad et il sert à analyser l'environnement autour de Saliout-7.

Les données de ces instruments sont transmises dans le spectre visible et sont reçues par l'équipement BOSS qui avait été installé trois jours plus tôt.

Fig. 5 : KIZIM pendant l'une des deux sorties, mars 1986.
Crédit : TASS.

Ensuite, KIZIM et SOLOVIOV rigidifient le mât de l'URS en soudant certaines de ses jointures. Le but de la manœuvre est de tester la méthode de soudure au canon à électrons. Ceci étant terminé, ils rétractent l'URS et le démontent. Ils installent ensuite l'expérience Mikrodeformator de l'Institut Polytechnique de Kharkov, destinée à étudier le comportement de l'alliage aluminium-magnésium dans le vide spatial alors qu'il est soumis à des contraintes répétées.

Leur dernière tâche est de récupérer des cassettes d'échantillons installées en août 1985. Après l'avoir accompli, les cosmonautes rentrent dans le sas. Leur sortie est à nouveau un grand succès et a duré 4 heures et 40 minutes.

6. Retour sur Mir

A la fin du mois de juin, les cosmonautes commencent à se préparer au retour sur Mir. Ils emballent près de 400kg d'équipements scientifiques qu'ils vont ramener sur la nouvelle station et sauver ainsi de la destruction. Parmi tout ce matériel, on note :

- L'échographe français utilisé en 1982 par Jean-Loup CHRETIEN (« Echographie »),
- L'expérience KATE-140, une caméra de cartographie topographique,
- Le robot EFU, pour l'électrophorèse,
- La caméra française pour faibles luminosités PCN,
- L'expérience Pion, pour l'étude de la cristallisation et le développement de semi-conducteurs.

Le 22 juin, le vaisseau Progress-26 quitte Mir. Les 24 et 25 juin, la station effectue deux manœuvres pour se rapprocher de Saliout-7 et ainsi éviter au vaisseau Soyouz T-15 de consommer trop d'ergols pour le transfert.

Soyouz T-15 se sépare de Saliout-7 le 25 juin 1986 à 14h58'00" GMT et rejoint Mir le 26 juin 1986 à 19h46'07" GMT. Le voyage aura duré 28 heures 48 minutes. Pour s'amarrer à l'avant de Mir, KIZIM a dû effectuer la même manœuvre que lors de sa première arrivée.

Après leur retour de Saliout-7, KIZIM et SOLOVIOV passent une vingtaine de jours à effectuer principalement des observations de la Terre. Le 3 juillet 1986, Leonid KIZIM bat le record de durée de vie cumulée dans l'Espace.

7. Retour sur Terre

La première mission d'occupation de Mir devait durer jusqu'en octobre 1986, mais elle doit être écourtée car le module Kvant ne peut être lancé dans les temps et les cosmonautes n'ont pas grand chose à faire en orbite sans le précieux matériel que doit amener le nouveau module. Ainsi, il est décidé que l'équipage rentrera à la mi-juillet.

Et effectivement, Soyouz T-15  se sépare de Mir le 16 juillet 1986 à 09h09'50" GMT et atterrit à 55km au nord-est d'Arkalyk, au Kazakhstan, à 12h34'05" GMT.

Fig. 6 : SOLOVIOV et KIZIM peu après leur récupération, 16 juillet 1986.
Crédit : TASS.

Le vol de KIZIM et SOLOVIOV a duré 125 jours 56 secondes (52 jours sur Mir, 51 jours sur Saliout-7, puis à nouveau 20 jours sur Mir, auxquels il faut ajouter deux jours de vol autonome).

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