|
Les satellites scientifiques lourds
N-4 ont été développé par l'OKB-52 de Vladimir
TCHELOMEÏ au début des années 1960. Baptisés
« Proton », ils donneront ce nom au lanceur
UR-500 qui
les mettra en orbite.
Ils sont conçus pour étudier les
particules à très haute énergie (1013eV)
présentes en orbite basse, d'évaluer le danger
qu'elles représentent et de déterminer l'intensité
et le spectre énergétique des électrons et des
rayons gammas (jusqu'à des énergies de 50MeV). Ces
études ne sont pas possibles sur Terre, car les
particules chargées sont majoritairement absorbées
par l'atmosphère.
Ils évoluent sur des orbites basses
avec un périgée de 190km et un apogée de 600km,
inclinées à environ 63,5°. Ils sont dimensionnés
pour fonctionner en orbite pendant quarante-cinq
jours, et sont munis de quatre panneaux solaires, de
plusieurs batteries et d'un système de
thermorégulation. Les batteries sont situées dans
des petites capsules placées entre le corps central
et l'enveloppe externe du satellite (visibles sur la
figure 2c).

|
Fig.
1 : Vue d'artiste d'un satellite N-4 en orbite. |
L'orientation dans l'Espace est possible
au moyen de stabilisateurs électropneumatiques, qui
fonctionne avec du gaz sous pression. Les appareils de mesure,
qui pèsent au total près de 3,5 tonnes, sont
embarqués dans un compartiment pressurisé.
Les N-4 sont des satellites très lourds
(plus de 8 tonnes) conçus spécifiquement pour le
nouveau lanceur
UR-500
dans sa version de base à deux étages. Ainsi, leur
structure a été développée sur la base du futur
troisième étage
qui équipera l'UR-500
dans un avenir proche.
L'instrument principal du N-4 est le
calorimètre de ionisation, qui permet de
différencier les particules en fonction de leur
charge. En effet, en orbite le satellite rencontre
une multitude de particules, et le calorimètre
permet de mesurer l'énergie de chacune d'entre
elles. Il est constitué de plaques d'acier séparées
par un scintillateur, c'est à dire un matériau qui
émet de la lumière suite à l'absorption d'une
particule chargée.
|
Fig.
2 : Maquette du N-4 au Musée National d'Histoire
de la Cosmonautique de Kalouga.
Crédit :
Vassili
PETROVITCH, Youri LAPITSKI. |
Quand les particules chargées
heurtent un atome de fer contenu dans l'acier, elles
génèrent un certain nombre de nouvelles particules
qui, en traversant le scintillateur, vont produire
une lumière dont l'intensité est proportionnelle à
l'énergie contenue dans la première particule. Des
capteurs permettent de mesurer cette lumière, et
donc de déterminer l'énergie de la particule
chargée.
Deux compteurs sont placés de chaque
côté du calorimètre, l'un étant constitué de
graphite, l'autre de polyéthylène. Le graphite n'est
composé que d'atomes de carbone, et le polyéthylène
d'atomes de carbone et d'hydrogène. En comparant les
résultats des deux compteurs, on peut donc
quantifier avec une grande précision les réactions
des particules chargées avec les atomes d'hydrogène.
Le N-4 n°1 a été lancé le
16 juillet 1965
par le premier UR-500.
Trois autres exemplaires ont suivi, mais
l'avant-dernier n'a pas pu être mis en orbite à
cause d'une défaillance du lanceur. Les
satellites Proton sont présentés au public comme des
laboratoires orbitaux révolutionnaires, et la presse
officielle exagèrent leur masse en annonçant qu'elle
est de 12,2t.
Plus tard, l'OKB-52 développe une version améliorée du
N-4 : le N-6. Considérablement plus
lourd (16 tonnes), il est capable de détecter des
particules à des niveaux d'énergie encore supérieurs
(1015eV).

|
Fig.
3 : Schéma du satellite N-6.
Crédit :
Encyclopedia Astronautica. |
Le N-6 est lancé par la version à
trois étages de l'UR-500 : l'UR-500K, appelée
également Proton-K. Deux exemplaires sont
construits, mais un seul est mis en orbite, le 16
novembre 1968, sous le nom de Proton-4.
|
Fig.
4 : Différentes maquettes du N-6.
Crédit :
RIA Novosti,
Spacephotos.ru, Космонавтика СССР. |
Il s'agit à l'époque du plus gros
satellite mis en orbite par l'Union soviétique. Il
emporte plus de 12 tonnes d'instruments
scientifiques, et peut fonctionner en orbite pendant
une centaine de jours. Contrairement au N-4, il ne
dispose que de deux cartouches de gaz comprimé
(figure 4).

|
Fig.
5 : La une du journal lyonnais « Le Progrès » du
17 novembre 1968.
Crédit :
Collection personnelle de Nicolas PILLET;
remerciements à Gérard PILLET et Jeanne
TROUILLOT. |
Comme on peut s'en rendre compte
dans l'article de la figure 5, la propagande
soviétique a encore une fois largement exagéré les
capacités de Proton-4.
|
|
N-4 |
N-6 |
|
Masse |
8 300kg |
16 000kg |
|
Masse de la charge
utile scientifique |
3 500kg |
12 500kg |
|
Durée de
fonctionnement |
45 jours |
100 jours |
|
Orbite |
190kmx x600km x 63,5° |
250km x 500km x 65,0° |
Tableau 1 :
Comparatif des principales caractéristiques des satellites N-4 et N-6.

|
Fig.
6 : Dessin des charges utiles scientifiques des
N-4 (à droite) et des N-6 (à gauche).
Crédit : Развитие ракетостроения и космонавтики в СССР. |
|
 |
1. Panneaux solaires
2. Capteur magnétique
3. Systèmes de contrôle
4. Container des instruments
5. Antennes
6. Batteries
7. Appareils scientifiques
8. Carter
9. Radiateur |
|
Fig.
7 : Schéma du satellite Proton-1.
Crédit : Космонавтика.
Энциклопедия. |
|
 |
1. Panneaux solaires
2. Capteur magnétique
3.
4. Batteries
5. Systèmes de contrôle
6. Radiateur
7. Capteur solaire
8. Container des instruments
9. Appareils scientifiques |
|
Fig.
8 : Schéma du satellite Proton-4.
Crédit : Космонавтика.
Энциклопедия. |
Bibliographie :
Novosti Kosmonavtiki n°168
SIDDIQI, Asif, Sputnik and the Soviet Space
Challenge, University Press of Florida, p.
439-440
Le site
Gunter KREBS
Le site de
Mark WADE
PETRAKOV, V., AFANASSIEV, I.,
Страсти по «Протону» AJOUX, Germain, Proton-3, Spatial
Super-lab, octobre 1966
GLOUCHKO, Valentin,
Космонавтика. Энциклопедия, p.306
Dernière mise
à jour : 27 juin 2011 |