Le premier étage est composé de quatre blocs latéraux appelés 11S59 arrangés en barillet autour du corps central (Bloc A), qui constitue le deuxième étage.

Les quatre blocs sont numérotés dans l'ordre de l'alphabet cyrillique : B, V, G et D. En dehors du moteur, leur conception est restée inchangée depuis les années 1950.

Fig. 1 : Décollage d'un lanceur Soyouz-FG.
Lancement du 12 octobre 2008. Crédit : NASA.

Généralités

Chaque bloc se présente sous la forme d'un cylindre fuselé de 19,2m de haut, avec un diamètre à la base de 2,68m. Il est composé principalement d'un réservoir d'oxygène liquide (LOX) et d'un réservoir de kérosène, qui occupent la partie conique, ainsi que du moteur quadri-chambres, situé à la base.

     

Fig. 2 : Schémas d'un bloc latéral.
Crédit : Starsem, TsSKB-Progress

Les deux réservoirs sont séparés par un compartiment vide. Comme on le voit sur les schémas a et b de la figure 2, l'oxygène liquide est transmis au moteur par une canalisation qui traverse le réservoir de kérosène (fig. 3). Une fois que les réservoirs sont remplis, une couche de glace se forme autour du réservoir d'oxygène, donnant l'illusion que le lanceur est peint en blanc.

   

Fig. 3 : Le réservoir de kérosène, avec la canalisation qui relie le moteur au réservoir d'oxygène.
Lanceur de démonstration de l'Institut d'Aviation de Moscou (MAI), photo Vassili PETROVITCH.

On note qu'à l'arrière des blocs 11S59, un petit aileron triangulaire permet d'aider le lanceur à se diriger. Il n'est monté qu'une fois le lanceur sur le pas de tir (les ailerons sont bien visibles sur la figure 1).

   

Fig. 4 : Lanceur dans le MIK.
La flèche désigne l'emplacement de l'aileron.
Photo Didier CAPDEVILA.

Fig. 5 : Erection du lanceur.
La flèche désigne l'emplacement de l'aileron.
Lancement du 12 octobre 2008. Crédit : NASA.

Les blocs 11S59 ont été conçus à l'OKB-1 de Sergueï KOROLIOV, aujourd'hui RKK Energuia, et ils sont produits par le TsSKB-Progress de Samara, sur les bords de la Volga. Depuis le premier lanceur, ce sont près de 7 000 blocs latéraux qui sont sortis des chaînes d'assemblage !

Fig. 6 : Assemblage de quatre 11S59 au TsSKB-Progress.
Crédit : Cosmopark.ru

Fixation au corps central

Au sommet de chaque bloc 11S59 se trouve un cône de soutien, qui constitue le principal point d'attache au Bloc A. La liaison se fait par l'intermédiaire d'une rotule (fig. 5) qui transmet la poussée pendant toute la phase de fonctionnement. C'est également à ce point que les bras métalliques du pas de tir accrochent le lanceur.

   

Fig. 7 : Le point d'attache de l'un des blocs latéraux, sur le corps central.
Photo Didier CAPDEVILA.

Fig. 8 : L'embout d'un bloc latéral. La connectique
est cachée par un capuchon rouge.
Photo Didier CAPDEVILA.

Il est important de comprendre que les blocs latéraux soutiennent le corps central, qui est littéralement posé sur eux. Sur le pas de tir, si le lanceur était tenu par le corps central, les blocs latéraux tomberaient.

Fig. 9 : Les points d'attaches des bras métalliques sur les blocs 11S59.
Lancement du 8 novembre 2004. Crédit : Cosmopark.ru.

D'autre part, ces derniers sont maintenus en position grâce à deux barres métalliques situées à l'arrière, de part et d'autre de la partie cylindrique. Chaque barre s'entrecroise avec celle du bloc latéral voisin (fig. 6), et est reliée au compartiment des moteurs du corps central.

Ces barres ne transmettent aucun effort axial : elles servent uniquement à maintenir les blocs latéraux en place.

Fig. 10 : Les barres situées en bas des blocs latéraux.
Crédit : Sergueï V. ANDREÏEV.

Comme on l'a dit, sur le pas de tir le lanceur repose sur les blocs 11S59, qui ne sont rattachés au corps central que par leur liaison rotule et les deux barres de soutien. Quand le lanceur est à l'horizontale, dans le bâtiment d'assemblage et d'essais (MIK), il faut installer un petit mécanisme pour solidifier la liaison rotule, et ainsi empêcher les blocs de tomber.

Cliquez ici si vous ne voyez pas la vidéo.

Vidéo 1 : Installation d'un bloc latéral sur le Bloc A.
On voit bien la mise en place du mécanisme qui empêche le
bloc de tomber quand le lanceur est horizontal.
Lancement du 24 juillet 2009. Crédit : TVRoscosmos.

Ce mécanisme de soutien est démonté avant le lancement, sans quoi les blocs latéraux ne pourraient se séparer du corps central.

Largage

L'ordre de séparation des blocs latéraux 11S59 est donné à T+118,03s. A ce moment, le lanceur est à environ 40km d'altitude.

Fig. 11 : Séparation des blocs latéraux.
Lancement du 14 septembre 2007. Crédit : ESA/Stéphane CORVAJA.

Au moment de la séparation, une commande actionne des dispositifs pyrotechniques qui séparent les barres de fixation arrière (fig. 12a), libérant ainsi chacun des blocs latéraux. Pour chaque bloc, la poussée du moteur RD-107, qui est légèrement supérieure à celle du corps central, provoque la mise en rotation du bloc autour de la liaison rotule qui le maintient attaché au bloc A.

Cette liaison est conçue d'une façon telle que, quand le bloc latéral atteint un certain angle, il est naturellement libéré. Une valve s'ouvre alors et libère l'oxygène liquide qui reste dans le réservoir (fig. 12b). La poussée ainsi créée éloigne le bloc du corps central (fig. 12c).

Fig. 12 : Séparation des blocs latéraux.
Crédit : RussianSpaceWeb/Anatoli ZAK.

Les blocs 11S59 retombent dans des zones inhabitées prédéfinies. Quand le lanceur Soyouz-ST décollera du Centre Spatial Guyanais, ils plongeront dans l'océan atlantique.

Fig. 13 : Blocs 11S59 retombés au Kazakhstan après leur lancement depuis Baïkonour.

Motorisation

Chaque bloc latéral est équipé d'un moteur quadrichambre RD-107 de la NPO Energomach (anciennement OKB-456). Il utilise de l'oxygène liquide (LOX) comme comburant, et du kérosène comme carburant.

Un article détaillé sur ce moteur sera disponible prochainement.

Bibliographie

SIDDIQI, Asif, Sputnik and the Soviet space challenge, University Press of Florida
MARININE, Igor, Катастрофа в Плесецке, Novosti Kosmonavtiki, vol. 12-2002 (n°239)
TCHERTOK, Boris, Ракеты и люди, vol. 2
HALL, Rex, SHAYLER, David, Soyuz : A Universal Spacecraft, Springer&Praxis, Chichester, 2003
WADE, Mark, Encyclopedia Astronautica (en ligne), http://www.astronautix.com

Dernière mise à jour : 12 octobre 2009