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Le texte qui suit est extrait de l'ouvrage 700 000
kilomètres dans le cosmos d'Hermann TITOV, publié en 1962.
Nous voici sur le cosmodrome, minuscule îlot habité dans l'océan
sans borne des steppes. Le matin du mercredi 12 avril est arrivé. (...) Youri
GAGARINE fait ses adieux chaleureux aux membres de la commission
gouvernementale, au Constructeur Principal, au Théoricien de la Cosmonautique,
aux autres savants, à ses camarades cosmonautes.
-Chers amis proches et inconnus, mes compatriotes, gens de tous
les pays et de tous les continents ! Dans quelques minutes, un puissant navire
cosmique va m'emporter dans les espaces lointains de l'Univers ! Que vous dire
en cet instant ? Toute ma vie me semble n'avoir été qu'un moment magnifique
(...). Tout ce que j'ai vécu et fait auparavant ne l'a été que pour cette
minute.
GAGARINE parlait de ses responsabilités devant le peuple
soviétique, devant toute l'humanité, devant le présent et l'avenir.
-Et si néanmoins je me décide à ce vol, c'est seulement parce
que je suis communiste et que j'ai derrière moi les modèles d'héroïsme sans
pareil que m'ont donné mes compatriotes.
Des étincelles brillaient dans ses yeux. Il passa sa paume sur
son front. L'ascenseur l'emporta jusqu'à la plate-forme pratiquée auprès de
l'entrée de l'habitacle de Vostok. Il leva sa main gantée de rouge et prononça
une fois encore :
-A bientôt !
La trappe se referma automatiquement sur lui. (...)
La fusée s'arracha lentement à la terre, prit de la vitesse,
s'élança. (...) Après avoir usé leur carburant, les étages de la fusée se
détachaient l'un après l'autre. Nous entendîmes la voix venue du Vostok annoncer
:
-La séparation avec la fusée porteuse a eu lieu.
Cela signifiait que le cosmonef était sur son orbite et que
l'état d'impondérabilité s'était installé dans la cabine. Comment le cosmonaute
le supportait-il ? (...) Quand j'entendis à nouveau la voix alerte de GAGARINE :
"le vol se passe normalement, je me sens bien. Les appareils de bord
fonctionnent parfaitement", je compris : l'état d'impondérabilité ne l'incommode
pas.
Mais la dernière étape, la plus importante peut-être, la
descente et l'atterrissage, restaient à venir. (...) Dans ma tête, passèrent des
images de l'entraînement commun, où GAGARINE avait acquis un véritable
automatisme et tous mes doutes disparurent : "Tout ira bien." Et, en effet, nous
n'avions pas eu le temps de discuter des dernières communications du cosmonaute
que Vostok avait atterri. La radio transmettait le rapport de Youri : "Je prie
de rendre compte au Parti, au gouvernement et à Nikita KHROUCHTCHEV que
l'atterrissage s'est déroulé normalement; je me sens bien, je n'ai ni blessure
ni contusion."
Le soir, après que Youri GAGARINE se fut un peu reposé, nous
avons flâné ensemble sur les bords de la Volga, admirant le paysage du grand
fleuve russe, plaisantant, parlant de l'avenir. Youri, levant les yeux vers le
ciel sans nuage, réfléchissait.
-A quoi penses-tu, lui ai-je demandé, et j'ai moi-même répondu :
Tu rêves sans doute que nos amis vont bientôt se promener, comme nous ce soir,
sur les bords de quelque canal martien et admirer le coucher du soleil.
-Ce moment n'est pas si éloigné, a-t-il ajouté sérieusement.
Aussitôt après la réception solennelle faite par le peuple de
Moscou à Youri GAGARINE, la radio apporta une bonne nouvelle. Le présidium du
Soviet suprême de l'URSS avait décerné des décorations aux artisans du succès
des fusées et de la cosmonautique soviétiques. Sept savants et constructeurs
recevaient la médaille d'or "Faucille et Marteau"; 95 constructeurs, dirigeants,
savants et ouvriers étaient faits héros du Travail Socialiste, 6 910 ouvriers,
constructeurs, savants, ingénieurs et techniciens recevaient des décorations et
des médailles. (...) Nikita KHROUCHTCHEV recevait l'ordre de LENINE et sa
troisième médaille d'or "Faucille et Marteau".
Source : L'appel du cosmos, Alain DUPAS
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