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Pendant ce temps, les travaux sur le
Vostok ont considérablement avancé. L'une des phases
les plus complexes d'un vol orbital, à savoir la
rentrée dans l'atmosphère, a été élucidée. Vostok
sera en effet équipé d'un moteur de freinage, qui
sera allumé dans le sens opposé au déplacement du
vaisseau, avec une poussée bien précise de façon à
entamer la descente.
Il apparaît rapidement que les
contraintes de masse seront très difficiles à
respecter, d'autant plus que les performances du
Bloc E ne sont pas aussi bonnes que prévu : il ne
permettra de placer que 4,5 t en orbite basse. La
taille du vaisseau ne cesse pourtant
d'augmenter. Or, plus le vaisseau est gros, plus le
système de récupération (parachutes) doit l'être
aussi...
La réponse à cette
question est apportée : le vaisseau sera construit
sur un principe de modularité. Il sera ainsi composé
d'un compartiment de descente (SA,
Спускаемый аппарат),
qui abritera le cosmonaute et le ramènera sur Terre,
et d'un compartiment des instruments (PO,
Приборный отсек). Le moteur de
freinage (TDU) sera placé à la base du PO. De
cette manière, la masse à supporter pour le
parachute est grandement réduite.
Il est aussi décidé que le
cosmonaute sera installé sur un siège éjectable,
dérivé de ceux utilisés dans l'aviation. De cette
façon, il aurait un moyen de se sortir sain et sauf
d'un accident au décollage. Mais surtout, il pourra
s'éjecter du Vostok avant que celui-ci ne touche le
sol. Le vaisseau ne nécessitera donc pas de système
d'atterrissage en douceur, qui aurait pesé très
lourd.
A la fin de l'année 1959, deux
maquettes du Vostok sont construites. Elles
comprennent tous les systèmes électriques qui seront
présents sur le vaisseau réel, à l'exception du
bouclier thermique et du système de support-vie.
Elles sont dénommées «
1KP
». Elles sont utilisées
pour de très nombreux tests. D'autres maquettes sont
utilisées pour tester l'aérodynamique. Certaines
sont larguées d'avions An-12 volant à une dizaine de
kilomètres d'altitude.
Le ballon stratosphérique Volga est
aussi utilisé par les Soviétiques pour tester le
siège éjectable. On notera que le futur cosmonaute
Vassili LAZAREV fait partie d'un équipage de réserve
de ces essais. De plus, le 1er novembre 1962, le
colonel Piotr DOLGOV (Héros de l'Union soviétique)
trouve la mort alors qu'il teste le SK-1 depuis le
Volga.
En février 1960, l'OKB-1 a modifié
son cahier des charges concernant le scaphandre qui
équipera le cosmonaute. Il ne devra plus permettre
la respiration en cas de dépressurisation, mais
simplement assurer la survie du cosmonaute après
l'atterrissage, quelles que soient les conditions
rencontrées.
A l'origine de ce revirement se
trouvent les fortes contraintes de masse, ainsi que
le scepticisme des ingénieurs de FEOKTISTOV quant à
la probabilité d'une dépressurisation. Cet avis
n'est cependant pas partagé par tous. Le
développement du S-10, bien qu'il ne soit pas
arrêté, n'est plus prioritaire. C'est le scaphandre
V-3, beaucoup plus léger, qui prend le relais. Il
utilise un certain nombre d'éléments issus des
combinaisons des aviateurs.
Le 1er mars 1960, le
groupe de cosmonautes
devant voler sur le Vostok est présenté. Il comprend
vingt candidats :
ANIKEÏEV,
BELIAÏEV,
BONDARENKO,
BIKOVSKI,
CHONINE,
FILATIEV,
GAGARINE,
GORBATKO,
KARTACHOV,
KHROUNOV,
KOMAROV,
LEONOV,
NELIOUBOV,
NIKOLAÏEV,
POPOVITCH,
RAFIKOV,
TITOV,
VARLAMOV,
VOLINOV et
ZAÏKINE.
Ils commencent l'entraînement le 14 mars 1960.
Le
15 mai 1960,
un vaisseau 1KP est lancé de Baïkonour. Il est
désigné
Korabl-Spoutnik. C'est la première fois au
monde qu'un engin habitable est envoyé dans
l'Espace. Malheureusement, un problème technique ne
permet pas la rentrée atmosphérique et KS1 reste
coincé en orbite.
Le 30 mai, six cosmonautes sont
désignés pour subir un entraînement accéléré en vue
des premiers vols. Il s'agit de
GAGARINE,
KARTACHOV,
NIKOLAÏEV,
POPOVITCH,
TITOV et
VARLAMOV.
Le 4 juin, un décret est signé. Il
donne les étapes que le programme de vol habité
devra suivre:
- août 1960 : fin de la construction
de trois 1K pour tester le matériel destiné à la
version militaire,
- de septembre à décembre 1960 : fin
de la construction de trois 3K pour des vols
habités,
- du 11 octobre à décembre 1960 :
premières tentatives de vols habités orbitaux.
Le 18 juin, les six cosmonautes du
groupe d'entraînement accéléré sont conviés à
l'OKB-1 afin d'y rencontrer KOROLIOV, ainsi que le
matériel réel avec lequel ils voleront. L'un des
cosmonautes,
GAGARINE,
fait très bonne impression auprès de KOROLIOV;
celui-ci s'en souviendra quand il devra assigner le
commandant du premier Vostok habité.
Le 24 juillet,
VARLAMOV
se blesse lors d'un entraînement et il est retiré du
groupe d'entraînement accéléré.
Le
28 juillet 1960,
un vaisseau 1K est lancé avec deux chiennes à bord.
Malheureusement, une défaillance du lanceur met fin
prématurément à la mission.
Dès le
19 août
suivant, un autre 1K est lancé et est appelé
Korabl-Spoutnik 2. Le vol se déroule à la perfection
et les deux chiennes qu'il transporte sont
récupérées après avoir passé un peu plus de 24 h en
orbite. En revanche, l'une des deux chiennes a
ressenti un certain nombre de troubles
physiologiques lors du vol. La durée du premier vol
habité, qui devait initialement être de 24 h, est en
conséquence réduite. Le premier cosmonaute se
contentera d'une seule orbite, soit un peu moins de
deux heures.
Au cours du mois d'août,
KARTACHOV
réagit mal à un entraînement en centrifugeuse et est
contraint de quitter le groupe d'entraînement
accéléré. Ce groupe ne compte plus que quatre
cosmonautes. Le 11 octobre,
BIKOVSKI
et
NELIOUBOV
sont désignés en remplacement (décret n°00176).
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