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Puis, quelques orbites plus tard, vient le moment de
rentrer sur Terre. Cinq minutes avant l'allumage
programmé du moteur de rentrée TDU, LEONOV remarque
avec stupeur que le système de guidage automatique,
qui est censé orienter le vaisseau convenablement
pour la rentrée, ne fonctionne pas correctement. Il
procède donc à son débranchement, conscient que cela
signifie que l'orientation devra se faire
manuellement.
LEONOV décide de faire atterrir Voskhod-2 dans
les environs de la ville de Perm. De cette façon, il
pense que même s'il fait une erreur de calcul,
l'atterrissage se fera quand même en territoire
soviétique. C'est le commandant BELIAÏEV qui se
charge de la difficile manœuvre
d'orientation manuelle.
Pour cela, il doit se déplacer dans le vaisseau
de façon à avoir accès aux différents hublots. Une
fois ses mesures effectuées, il met 46 s à regagner
sa place (condition nécessaire pour pouvoir allumer
le moteur de rentrée, pour ne pas modifier le centre
de gravité). Or, durant ces 46s, les coordonnées
qu'il a mesurées ont eu le temps de changer
légèrement. Par conséquent, Voskhod-2 atterrira 2
000km plus loin que prévu.
BELIAÏEV procède à l'allumage du moteur TDU, qui
se déroule normalement. La combustion dure quelques
secondes puis s'arrête, comme prévu. Mais dix
secondes plus tard, alors que le module de descente
devait se séparer du module de service, rien ne se
passe. Cependant, le vaisseau entame sa rentrée et
commence à se frotter aux premières couches de
l'atmosphère.
C'est alors que LEONOV s'aperçoit en regardant
par le hublot qu'un câble de communication reliant
le module de service au module de descente ne s'est
pas détaché. Les deux modules sont donc toujours
solidaires et l'ensemble, soumis à une décélération
d'environ 10 G, tourne autour de son centre de
gravité.
Arrivé à une altitude d'environ 100 km, le câble
finit par se consumer et la rotation du vaisseau
s'arrête. Ensuite, le reste de la descente se
déroule normalement et le parachute s'ouvre. A
quelques mètres du sol, c'est au tour de la
rétrofusée du système d'atterrissage en douceur de
se mettre en marche.
Tout se passe conformément aux prévisions et
Voskhod-2 touche le sol sans incident à
09h02 GMT le 19 mars 1965, à 180 km au
nord-est de Perm (59,34°N, 55,28°E).
Quelques instants plus tard, l'équipage réalise
qu'il s'est posé sur une couche de neige d'environ 2
m d'épaisseur. De plus, les cosmonautes n'ont pas la
moindre idée de l'endroit où ils se trouvent. Au
départ, ils veulent s'extraire de leur vaisseau,
mais la porte refuse de s'ouvrir car une branche
d'arbre la bloque. Finalement, à force
d'acharnement, BELIAÏEV parvient à l'ouvrir. Mais le
froid glacial pénètre à l'intérieur du vaisseau et
les deux hommes essaient de se réchauffer comme ils
le peuvent.
Avec un sextant, LEONOV essaie de déterminer où
le vaisseau s'est posé, mais il en est incapable car
le Soleil est sans cesse caché par les nuages. Il se
charge ensuite de télégraphier en morse que tout va
bien ("Vsio normalna, V.N."), mais ne peut
même pas savoir si quelqu'un en Russie reçoit son
message...
LEONOV et BELIAÏEV ont tous deux une grande
expérience de la vie en forêt dans des conditions
extrêmes. Mais ils savent tous les deux que la taïga
russe est le royaume des loups et des ours, et que
le printemps est la saison où ces animaux sont
particulièrement agressifs. La trousse de survie du
vaisseau comprend un pistolet, destiné précisément à
ce genre de situations. Juste avant le décollage,
LEONOV avait préféré emmener davantage de cartouches
et moins de nourriture... Il eut vraisemblablement
un bon pressentiment !
Le message que LEONOV avait envoyé ne parvient
pas jusqu'à Moscou à cause des perturbations, mais
est en revanche entendu par un avion cargo qui passe
au-dessus de la zone d'atterrissage. L'équipage de
celui-ci prévient immédiatement les autorités et une
énorme campagne de recherche est lancée sur toute la
région.
Quelques heures plus tard, les cosmonautes sont
repérés par un hélicoptère civil. Un des hommes à
bord déploie une échelle de corde et fait signe aux
cosmonautes de monter à bord. Mais BELIAÏEV et
LEONOV refusent; la manoeuvre serait bien trop
dangereuse, surtout avec les combinaisons Berkout
sur le dos! Plus tard, de très nombreux avions et
hélicoptères rejoignent la zone d'atterrissage.
Certains larguent des équipements de survie aux
cosmonautes, comme des bottes chaudes ou des habits
secs.
Mais le Soleil ne va pas tarder à se coucher et
les opérations de sauvetage sont suspendues.
BELIAÏEV et LEONOV entreprennent donc de dormir.
Mais leurs combinaisons sont envahies par l'humidité
et il serait très dangereux pour eux de passer la
nuit dans cet état (la température est de -30°C).
Ils ôtent donc leurs Berkout, détachent certaines
couches humides, vident toute l'eau contenue à
l'intérieur, et se rhabillent.
Le lendemain matin, les cosmonautes sont
réveillés par le bruit des moteurs d'un
Iliouchine-14 survolant la zone. LEONOV lance une
fusée éclairante pour signaler précisément sa
position. Quelques instants après, un groupe
d'hommes à skis (deux médecins, un cosmonaute et un
cameraman) arrivent près du vaisseau.
Mais tout n'est pas pour autant fini.
L'évacuation ne pourra se faire que le lendemain,
après qu'une deuxième équipe de secours sera venue
avec de quoi couper des arbres, de façon à permettre
aux hélicoptères de se poser. Le soir venu, un
énorme feu est allumé et les cosmonautes se voient
offrir de la nourriture chaude.
Le jour suivant, LEONOV et BELIAÏEV, accompagnés
par l'équipe de récupération, chaussent des skis et
parcourent 9km dans la taïga. Ils rejoignent ainsi
une petite aire d'atterrissage de fortune où un
hélicoptère les attend. Les cosmonautes s'envolent
alors pour Perm, et là-bas prennent l'avion pour
Baïkonour. Sur le cosmodrome, ils sont accueillis en
triomphe, notamment par KOROLIOV et GAGARINE.
Les cosmonautes gagneront Moscou le 23 mars 1965,
où ils recevront un accueil triomphal. |