|
Dès la fin de la première orbite, LEONOV enfile son
sac à dos avec l'aide de son commandant. Quand
cette opération est terminée, BELIAÏEV commande le
déploiement du sas Volga. Après plusieurs contrôles
d'étanchéité, LEONOV pénètre à l'intérieur et
connecte le câble de sécurité qui le relie au
vaisseau. Ensuite, BELIAÏEV se détache de son siège
et va refermer l'écoutille. LEONOV attend quelques
instants que l'azote présente dans son sang soit
complètement purgée.
A 08h34 GMT le 18 mars 1965, il ouvre
l'écoutille extérieure. La première sortie dans
l'Espace commence ! Dehors, le jour commence à se
lever.
La première chose qu'il fait est de fixer une
caméra vidéo à l'extrémité du sas, afin
d'immortaliser son exploit. Il ôte le capuchon de
l'objectif et s'en débarrasse en le jetant dans
l'Espace. Il s'appuie ensuite sur le vaisseau pour
s'en éloigner autant que son câble de sécurité de 7m le lui permet. Les images de la sortie sont
diffusées en direct (en fait avec un léger différé)
dans toute l'Union soviétique. Leonid BREZHNEV
adresse un message de félicitations par radio à
LEONOV.

|
Fig.
4 : Alekseï LEONOV lors de sa sortie dans
l'Espace historique. |
Le cosmonaute avait emmené un appareil photo et
l'avait rangé dans une poche située sur une jambe de
son pantalon. Malheureusement, lors de la sortie, il
est incapable de se pencher suffisamment pour
l'atteindre. Bien qu'il ne lui manque qu'un seul
centimètre de longueur de bras, il devra se passer
de prendre des photographies de la Terre et de son
vaisseau.
LEONOV s'émerveille devant cette vision féerique
qu'il a de la Terre et de l'Espace, mais son
commandant le rappelle à l'ordre et lui demande de
rentrer. En effet, la sortie dure déjà depuis dix
minutes, et il ne vaut mieux pas risquer d'attendre
la nuit orbitale.
LEONOV récupère la caméra qu'il avait installée
en début de sortie et essaie de pénétrer dans le sas
Volga comme le veut la procédure d'entraînement, à
savoir les pieds en premier. Mais les choses se
gâtent quand il s'aperçoit que la rigidité de son
scaphandre l'empêche d'effectuer la manoeuvre. Il
essaie alors de rentrer la tête la première, quitte
à devoir se retourner une fois à l'intérieur. Mais
là encore, il ne dispose pas d'assez de souplesse.
Il prend alors une décision aussi intelligente
que dangereuse : il ouvre une valve pour diminuer la
pression jusqu'à 270hPa. De cette façon il augmente
son agilité, mais s'expose aussi à la maladie des
caissons. Au sol, les diffusions en direct ont cessé
et les haut-parleurs diffusent le Requiem de
MOZART...
La presse - et même la littérature spécialisée -
occidentale commet souvent une grave erreur en
indiquant que le scaphandre de LEONOV a gonflé sous
l'effet de la pression (400hPa). Il n'en est
évidemment rien, les matériaux utilisés pour la
conception du Berkout n'étant pas élastiques.
Alekseï LEONOV rencontre en effet des difficultés
avec sa combinaison, mais il s'agit d'une
augmentation de sa rigidité, et non de son volume.
Les ingénieurs de l'usine 918 expliqueront cet
incident par un manque cruel de procédures de
simulation adéquates. Lors du développement du
scaphandre, la seule infrastructure disponible pour
simuler l'apesanteur était l'avion Tu-104 modifié du
LII Gromov. En effet, les fameuses piscines qu'on
utilise aujourd'hui n'étaient pas encore en service.
Or, les vols paraboliques à bord du Tu-104 ne
permettaient de simuler qu'une dizaine de secondes
d'apesanteur, ce qui n'a pas été suffisant pour
prévoir de manière approfondie les réactions d'une
combinaison pressurisée exposée au vide spatial.
Mais revenons au 18 mars 1965. LEONOV vient donc
d'abaisser la pression de sa combinaison et rentre
dans le sas la tête la première. Il entreprend
ensuite de se retourner à l'intérieur du sas et
ferme l'écoutille extérieure. Le commandant BELIAÏEV
procède alors à la repressurisation du sas et LEONOV
peut ouvrir l'écoutille. Il arrive dans le module de
descente totalement épuisé.
Après un court instant de repos, il consigne par
écrit un rapport détaillé de sa sortie. Le programme
prévoit ensuite qu'il passe la prochaine orbite à
dormir. Mais l'adrénaline accumulée durant les
moments passés à l'extérieur l'en empêche et il
profite de son temps pour réaliser quelques dessins.
Au début de l'orbite suivante, les cosmonautes
envoient la commande de séparation du sas. Les
boulons explosifs sont actionnés et le Volga est
éjecté. Immédiatement après, Voskhod-2 se met à
tourner sur lui-même à la vitesse angulaire de
17°/s. Les cosmonautes signalent le problème par
radio, mais les ingénieurs demeurent silencieux. Une
telle vitesse de rotation est insupportable car les
deux hommes voient la Terre et l'Espace défiler très
rapidement à travers les hublots.
Une fois dans l'ombre de la Terre, tout est
beaucoup plus confortable. Soudainement, alors qu'il
effectuait une simple vérification des instruments
de bord, LEONOV s'aperçoit que la pression du module
de descente est en train d'augmenter dangereusement.
Alors qu'elle devrait être de 160mmHg, elle dépasse
les 460mmHg !
BELIAÏEV et LEONOV sont conscients que dans ces
conditions, le moindre petit court-circuit
provoquera un incendie duquel ils ne pourront
réchapper. Les ingénieurs au sol demandent aux
cosmonautes de diminuer la température, et ainsi
l'humidité. Cette mesure a pour effet de stopper
l'augmentation de la pression, mais celle-ci reste
tout de même au-dessus du seuil de sécurité des 460
mmHg. Les cosmonautes se livrent également à une
expérience médicale visant à déterminer le rôle de
la pesanteur sur la vision des couleurs.
BELIAÏEV note une diminution de 26,1% de sa
capacité à distinguer certaines couleurs. Pour
LEONOV, la diminution est de 25%. Plus tard, alors
qu'ils sont exténués, LEONOV et BELIAÏEV
s'endorment. Quand ils se réveillent, plusieurs
heures après, ils réalisent que la pression a
diminué durant leur sommeil. Bien que plus élevée
qu'à la normale, elle est repassée en dessous des
460 mmHg. Le vaisseau, lui, continue à tourner sur
lui-même.
Suivant
|