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C'est l'ingénieur Evgueni FROLOV qui
se voit confier la tâche de construire le 3KV. Un
énorme problème se pose alors : comment faire tenir
trois hommes dans une cabine déjà exiguë pour un
seul ? Son collègue Konstantin FEOKTISTOV lui propose
son idée : supprimer le scaphandre et le siège
éjectable. La sécurité des cosmonautes serait ainsi
grandement mise en péril, mais il n'existe pas
d'autre moyen de gagner suffisamment de masse.
L'élimination du siège éjectable
pose un problème supplémentaire, car sur les Vostok,
c'est lui qui permettait aux pilotes de revenir sur
Terre. Ils devaient en effet s'extraire de leurs
capsules avant que celles-ci ne touchent le sol, car
elles étaient dépourvues de système d'atterrissage
en douceur. Or, il se trouve qu'un tel système est
en cours de développement dans le cadre du programme
Soyouz. KOROLIOV décide donc de l'utiliser sur le
Voskhod-3KV. Avec ce système, la séquence
d'atterrissage sera la suivante : à 5km d'altitude,
un baromètre commande l'ouverture du parachute de
freinage. Dix-huit secondes plus tard, à l'altitude
de 3,1km, le même baromètre déclenche l'ouverture
des deux parachutes principaux de 574m². Douze
secondes après une sonde est déployée en dessous de
la capsule. Quand elle touche le sol, elle commande
automatiquement l'allumage d'un petit moteur à
poudre, agissant comme une rétrofusée. La vitesse
passe alors quasi-instantanément de 8-10m/s à 0-2m/s. Des amortisseurs pouvant encaisser de 20 à 30G
se chargent d'absorber l'énergie cinétique causée
par le contact avec le sol.
Un autre problème posé par la
présence à bord de trois hommes au lieu d'un est
bien entendu celui du système de support-vie. Celui
qui équipait les Vostok pouvait fonctionner durant
dix jours, ce qui laissait au vaisseau le temps de
retomber naturellement sur Terre en cas de panne du
moteur de freinage. Sur Voskhod, il est évident
qu'une telle sécurité est inenvisageable, dans la
mesure où le support-vie ne pourrait fonctionner que
pendant 24h. Il est donc décidé d'installer un
second moteur de freinage en redondance.
Quand on le regarde de l'extérieur,
le Voskhod-3KV ressemble beaucoup à son
prédécesseur, le Vostok-3KA. Il est composé d'un
module de service conique (le PO, pour Pribornii
Otsiek) et d'un module de descente sphérique
(SA, Spouskaïemii Apparat). Le SA est
surmonté d'un petit module cylindrique qui abrite le
moteur de freinage de réserve.
Au total, le 3KV mesure 5m de long
pour un diamètre maximum de 2,30m et une masse de
5,3t. Le module de descente a une longueur de 2,3m
et une masse de 2,9t. Il est équipé de trois
couchettes de type Elbrouss qui disposent chacune
d'amortisseurs, afin de réduire encore l'effort sur
les cosmonautes lors du contact avec le sol. Les
trois couchettes ne sont pas exactement alignées. En
effet, celle du centre a dû être avancée à cause des
contraintes d'agencement dans un volume aussi
restreint. L'intérieur de la capsule est aussi
aménagé avec trois trousses de survie (en cas de
problèmes après le retour) et une caméra vidéo (25
images par seconde). D'ailleurs, on notera également
qu'une seconde caméra est placée à l'extérieur du
vaisseau.
Le module de service, quant à lui,
mesure 2,25m de long et pèse 2,3t. Il est équipé
de petits moteurs d'orientation qui fonctionnent à
l'azote liquide. De plus, c'est lui qui héberge le
moteur de rentrée principal (TDU), qui ne devra
rester allumé que pendant deux secondes (poussée de
12t), ce qui sera suffisant pour permettre la
désorbitation. Le système qui oriente le vaisseau
juste avant la rentrée est d'un concept nouveau,
basé sur la détection des ions des couches
supérieures de l'atmosphère. Ce système est capable
de fonctionner pendant la nuit orbitale,
contrairement à celui qui équipait les Vostok-3KA.
Le Voskhod-3KV pèse 630kg de plus
que le Vostok-3KA. En conséquence, l'OKB-1 doit
apporter des modifications au lanceur 8K72, afin
qu'il puisse emporter cette masse supplémentaire. Le
Bloc E est remplacé par le Bloc I, propulsé par un
moteur RD-0108 de l'OKB-154. Le lanceur prend le nom
11A57, ou plus simplement Voskhod, du nom de sa
charge utile. Pendant un moment, KOROLIOV avait
pensé à équiper le 11A57 d'une tour de sauvetage, et
avait demander au KB-2 d'accélérer le développement
de celle qu'il prévoyait d'utiliser pour le futur
Soyouz. Mais il apparaît rapidement que la tour ne
pourra pas être prête à temps, et l'idée est
abandonnée. Par conséquent, l'équipage ne disposera
d'aucune alternative en cas d'échec pendant les
quarante-cinq premières secondes après le décollage.
Une fois ce seuil passé, il pourra toujours tenter
de séparer le vaisseau du Bloc I et d'atterrir. Si
cela se produit après la 501ème seconde de vol, le
retour se fera en dehors des frontières de l'Union
soviétique. |