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Une autre mauvaise nouvelle vient endeuiller la
Cosmonautique le 27 janvier 1967. Elle arrive cette
fois des Etats-Unis, où les trois astronautes
GRISSOM, WHITE et CHAFFEE ont trouvé la mort lors
d'un exercice de simulation de la première mission
du programme lunaire Apollo.

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Fig.
22 : Les astronautes américains GRISSOM, WHITE
et CHAFFEE. |
Quelques jours plus tôt, en Union soviétique, la
Commission d'Etat s'était réunie pour autoriser le
lancement du troisième 7K-OK. Celui-ci intervient le
7 février 1967, et le vaisseau est
pudiquement baptisé
Cosmos 140.
Sa mise en orbite se déroule
relativement bien, mais au bout de seulement
quelques orbites il connaît de graves problèmes
d'orientation. Les ingénieurs décident de le faire
revenir sur Terre, mais pour une raison inconnue la
rentrée se déroule selon une trajectoire balistique.
Une brèche se forme dans le
bouclier thermique, et la capsule coule dans la mer
d'Aral. Si un cosmonaute avait été à bord, avec ou
sans scaphandre, il aurait été tué.
Malgré cette nouvelle alarmante,
certains
restent optimistes. Le bouclier sera modifié pour qu'un
tel événement ne se reproduise pas, et si un
cosmonaute avait été à bord il aurait été capable de
prendre les commandes d'orientation manuelle, ce qui
aurait évité les problèmes d'orientation et la
rentrée balistique.
Une grande question se pose alors : faut-il
effectuer tout de suite un vol piloté, ou est-il
préférable d'attendre qu'un vol automatique
qualifie
complètement le vaisseau ?
Le TsKBEM subit alors une immense pression de
la part du régime de Leonid BREZHNEV. L'URSS n'a
envoyé aucun cosmonaute dans l'Espace depuis la
mission historique de mars 1965, alors que dans cet
intervalle les Américains ont réalisé pas moins de
dix missions Gemini ! De plus, le cinquantenaire de
la Révolution d'Octobre approche à grands pas, et un
vol à l'occasion de la fête du 1er mai serait
également le bienvenu...

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Fig.
23 : Leonid BREZHNEV, Premier secrétaire du
Parti communiste |
Du côté des ingénieurs, une majorité de gens sont
confiants dans le vaisseau et conseillent de passer
directement au vol habité. Ivan PROUDNIKOV, chef
d'un département du TsKBEM, n'est pas de cet avis et
fait part de son inquiétude vis-à-vis du bouclier
thermique. Dans son ouvrage 100 Stories about
Docking, Vladimir SIROMIATNIKOV, responsable du
système d'amarrage, écrira :
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Les concepteurs du Soyouz,
parmi lesquels Pavel V. TSIBINE et Konstantin P.
FEOKTISTOV, essayaient de forcer les événements.
Oui, il y avait eu plusieurs disfonctionnements,
mais leurs causes étaient claires, évidentes et
faciles à éliminer.
Il semblait qu'il était
possible d'aller dans l'Espace avec le nouveau
vaisseau. Les vols d'essais étaient globalement
des succès, et même le système d'éjection a
montré qu'il fonctionnait. Vassili MICHINE a
hésité, mais a finalement été d'accord avec ces
arguments, qui semblaient convaincants. |
En effet, le 15 mars 1967, le général KAMANINE
rapporte dans son journal une déclaration de MICHINE
datant du jour même :
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»Selon moi, nous
n'avons pas besoin de lancer des vaisseaux
d'essais supplémentaires, nous allons préparer
des vols de Soyouz avec des cosmonautes à bord.
Avant les missions il est nécessaire de terminer
tous les essais et d'effectuer toutes les
modifications. En gros, ce serait très bien si
le premier vol habité avait lieu le 12 avril. »
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C'est donc bien une mission habitée qui est
décidée. Deux vaisseaux seront mis en orbite et s'y
amarreront. Le premier n'aura qu'un pilote, alors
que le second abritera un équipage de trois
cosmonautes, dont deux qui changeront de vaisseau au
cours d'une sortie dans l'Espace. Le 6 mars 1967,
la Commission d'Etat décide de livrer les vaisseaux
7K-OK n°4 et n°5 à Baïkonour le 15 mars, pour un
lancement le 12 avril, date anniversaire du vol
historique de Youri GAGARINE. Le premier vaisseau
sera piloté par Vladimir KOMAROV, et l'équipage du
second sera constitué de Valeri BIKOVSKI, Evgueni
KHROUNOV et Alekseï ELISSEÏEV.

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Fig.
24 : Le cosmonaute Vladimir KOMAROV, vu ici avec
le général Charles DE GAULLE. |
Le 30 mars, les cosmonautes passent leur examen
et le réussissent avec brio ! Du retard est pris et
le départ finit par être reporté : le premier
vaisseau décollera le 22 avril, et le second
vingt-quatre heures plus tard. Mais une certaine
anxiété règne sur le cosmodrome. Le 15 avril, soit
une semaine avant le départ, le général KAMANINE
consigne son inquiétude dans son journal :
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»Personnellement, je n'ai pas
entièrement confiance en ce que le plan de vol
soit entièrement accompli avec succès, mais il
n'y a pas de motif suffisamment solide pour
s'opposer au vol.
Pour tous les vols précédents
nous avions tous confiance en leur succès, mais
maintenant ce n'est pas le cas.
Les cosmonautes sont bien
entraînés, les vaisseaux et leurs instruments
ont subit des centaines d'essais et de
vérifications, tout semble avoir été fait pour
assurer le succès du vol, mais la confiance
n'est pas là. »
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De petits ennuis conduisent à décaler les
lancements d'une journée, et c'est donc finalement
le 23 avril 1967 que
Vladimir KOMAROV
embarque à bord du vaisseau 7K-OK n°4, baptisé
officiellement Soyouz-1. Le lancement se déroule
sans incident, mais de sérieux problèmes
apparaissent après la mise en orbite.

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Fig.
25 : Vladimir KOMAROV avant le lancement de
Soyouz-1. |
L'un des deux panneaux solaires du vaisseau refuse
de se déployer, privant le vaisseau de sa principale
source d'énergie. De plus, le capteur stellaire 45K,
qui permet au véhicule de s'orienter dans l'Espace,
ne fonctionne pas. La Commission d'Etat préfère
attendre avant de prendre une décision, mais quand
elle voit qu'à la treizième orbite, rien ne s'est
arrangé, elle annule le lancement du second vaisseau
et ordonne de rapatrier Soyouz-1 dès que ce sera
possible. La rentrée dans l'atmosphère s'avère
extrêmement complexe étant donné les problèmes
d'orientation que connaît le vaisseau, mais
KOMAROV
réussit finalement à maîtriser son attitude et
allume le moteur de freinage. La rentrée se déroule
en mode balistique, mais tout se passe bien. Après
le silence radio dû à la ionisation de l'air, le
cosmonaute informe le sol que tout va bien à bord.
Mais le système de parachutes ne fonctionne pas. Le
module de descente e Soyouz-1 touche le sol à
environ 40m/s et est complètement détruit. Le
colonel
KOMAROV ne survit pas. Des funérailles
nationales ont lieu sur la Place Rouge quelques
jours plus tard.

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Fig.
26 : Les restes de Soyouz-1. |
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