KOROLIOV présente ses nouveaux projets concernant son Soyouz en février 1965. Maintenant que le vaisseau n'est plus destiné à voler en orbite lunaire, mais terrestre, il pourra servir à mettre au point les techniques de sorties dans l'Espace, et surtout de rendez-vous et d'amarrage.

Le Comité National pour les Technologies de Défense accepte le projet. En effet, il est non seulement très prometteur, mais sa conception est déjà bien avancée, des éléments ont déjà été construits et son lanceur existe.

Le « nouveau » vaisseau est baptisé 7K-OK (OK signifie Орбитальный Корабль, vaisseau orbital). Sa désignation officielle est 11F615. Il est toujours constitué de trois modules : un compartiment des instruments (PAO) cylindrique, un compartiment de descente (SA) en forme de phare et un compartiment orbital (BO) sphérique placé à l'avant. Sa longueur avoisine les 7,5m et sa masse se situe autour de 6,5t. Il pourra emmener trois cosmonautes pour des missions pouvant durer jusqu'à dix jours.

Fig. 15 : Schéma du vaisseau 7K-OK « Soyouz »

Le lanceur utilisé sera un nouveau dérivé du missile R-7. Cette version, baptisée 11A511, ou Soyouz (ce qui prête d'ailleurs à confusion) disposera d'un troisième étage amélioré avec lequel elle pourra placer une charge de 6,9t sur une orbite 200km x 450km. La coiffe sera surmontée d'une tour de sauvetage qui permettra de sauver le vaisseau et l'équipage en cas d'avarie au lancement.

En mars 1965, un second Voskhod est lancé et permet à Alekseï LEONOV de devenir le premier cosmonaute du monde à effectuer une sortie dans l'Espace. Une fois encore, le prestige de l'Union soviétique dans le monde est immense. Le premier vaisseau Gemini décolle de Floride moins d'une semaine après cette mission. Puis, en juin 1965, l'astronaute américain Edward WHITE sort à son tour dans l'Espace.

Fig. 16 : LEONOV et WHITE lors de leurs sorties respectives, en 1965.

Les premiers plans du 7K-OK sont présentés en mai 1965. Un mois plus tard, en juin 1965, l'OKB-1 présente à l'Usine 918 le cahier des charges pour le scaphandre « Yastreb » que porteront les cosmonautes de Soyouz pour sortir dans l'Espace.

Le décret n°180 de la VPK qui ordonne le début des travaux sur le projet Soyouz est signé le 18 août 1965. Le document précise le calendrier qui devra être suivi :

     - production de deux premiers vaisseaux au 4ème trimestre 1965
     - production de deux vaisseaux supplémentaires au 1er trimestre 1966
     - production de trois vaisseaux supplémentaires aux 3ème et 4ème trimestres 1966
     - les largages atmosphériques et les essais en mer devront être terminés fin 1965
     - le premier amarrage de deux vaisseaux inhabités devra avoir lieu au 1er trimestre 1966

un autre document daté du 18 août 1965 commande officiellement le scaphandre Yastreb à l'Usine 918, dirigée par Gaï SEVERINE.

Pendant ce temps, des essais du système d'atterrissage sont menés à bien à Feodosia, en Crimée. Les Forces aériennes sont censées fournir certains matériels à l'OKB-1, comme un hélicoptère Mi-6 ou des fusées-sondes, mais KOROLIOV n'est pas du tout content (il n'a jamais vu la couleur du Mi-6) et en réfère à KAMANINE. Ce dernier contacte à son tour l'homme responsable de l'aide à l'OKB-1, FINOGUENOV, qui lui répond : « si KOROLIOV n'est pas satisfait de nos infrastructures, il n'a qu'à conduire ses essais ailleurs ! »

De gros problèmes sont révélés concernant le développement du système d'amarrage Igla. Fin novembre 1965, c'est TCHERTOK qui annonce à KOROLIOV que le système ne sera pas prêt avant au moins un an. Le constructeur principal s'énerve : « J'ai fait stopper tous les travaux sur Voskhod pour que le personnel soit complètement concentré sur Soyouz ! Je n'accepterai pas que le calendrier soit repoussé d'une seule journée supplémentaire ! »

Le 15 décembre 1965, les Etats-Unis réalisent un exploit : les vaisseaux Gemini VI et Gemini VII se rencontrent dans l'Espace, volent en formation pendant vingt heures et s'approchent jusqu'à moins de trente centimètres.

Fig. 17 : Gemini VI et Gemini VII se rencontrent en orbite.

Début janvier 1966, le Ministère de la Construction Générale des Machines (MOM), créé quelques mois plus tôt pour coordonner les activités spatiales, ambitionne de lancer cinq Soyouz au cours de l'année.

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