Au cours des années 1980, les Etats-Unis envisageaient de construire en orbite une grande station spatiale appelée Freedom. Dans l'éventualité d'un grave accident à bord, la NASA a été chargée de développer un vaisseau capable de rapatrier rapidement tout l'équipage : c'était le concept ACRV (Assured Crew Return Vehicle).

En octobre 1991, La NPO Energuia propose à la compagnie Boeing d'utiliser le Soyouz TM comme ACRV, et cette idée est étudiée en détail.



Fig. 85 : Ce schéma, tiré d'une étude de la NASA datant de février 1993,
montre la possibilité d'amarrer deux Soyouz TM à la station Freedom.

Mais à la fin 1993, un accord russo-américain bouleverse complètement la donne en scellant la coopération des deux pays pour construire une grande station orbitale internationale.

Les Etats-Unis se lancent dans la conception d'un ACRV capable d'évacuer d'un coup tout l'équipage, qui sera constitué de six cosmonautes, mais en attendant c'est une paire de Soyouz TM qui devra être utilisée.

Un problème pratique se pose alors à la RKK Energuia (qui a changé de nom en 1994). Les Russes ont toujours été plus sévères que les Américains dans leurs critères de sélection de cosmonautes, et une étude montre que 45% des astronautes de la NASA ne peuvent pas embarquer à bord d'un Soyouz pour des raisons de mensurations.



Fig. 86 : Les astronautes Scott PARAZYNSKI et Wendy LAWRENCE.
Ils ne peuvent pas voler à bord de Soyouz TM du fait de leurs tailles.

En janvier 1996, la NASA signe un contrat avec la RKK Energuia pour développer une nouvelle version dénommée 11F732A17, ou Soyouz TMA (A pour « anthropométrique »). Elle devra permettre à des cosmonautes plus grands, plus petits ou plus gros de monter à bord.

Le planning se divise donc en deux étapes. La desserte de la station sera d'abord assurée par les Soyouz TM puis, dès qu'ils seront prêts, ce seront les Soyouz TMA qui prendront la relève.

Mais les Soyouz TM doivent être eux aussi modifiés pour pouvoir rejoindre la Station Internationale, car certains ports d'amarrages seront de type APAS-89. Les vaisseaux devront donc disposer de ports hybrides pour pouvoir s'amarrer aussi bien aux APAS-89 qu'aux ports classiques.

En 1996, la RKK Energuia lance la production de cinq vaisseaux (numérotés à partir de 201, pour les différencier de ceux utiliser dans le cadre du programme Mir). Les trois premiers auront des ports d'amarrage hybrides, et les deux autres n'auront que des ports classiques.

Mais l'année suivante, le segment russe de la station est modifié, et le besoin pour des ports d'amarrage hybrides disparaît. N'étant pas encore construits, les vaisseaux 202 et 203 sont abandonnés. Le 201, en revanche, existe déjà et se voit installer un port classique (il est alors renuméroté 206).

En 1999, le Soyouz TM n°204 est réaffecté au programme Mir, qui dure plus longtemps que prévu. Il vole en tant que Soyouz TM-30 avec les cosmonautes ZALIOTINE et KALIERI. Pour compenser, la RKK Energuia lance la construction d'un nouveau vaisseau, le n°207, qui sera destiné à la station internationale.



Fig. 87 : ZALIOTINE et KALIERI, le dernier équipage de la station Mir.

En octobre 2000, le vaisseau n°205 est envoyé vers la station internationale avec son premier équipage, constitué de l'Américain SHEPHERD et des Russes KRIKALIOV et GUIDZENKO.

Début 2001, la station Mir s'apprête à être détruite. Au cas où les opérations ne se dérouleraient pas comme prévu, le vaisseau n°206 (ex 201) est préparé pour pouvoir être lancé dans l'urgence avec un équipage de secours. Simultanément, Energuia lance la construction d'un nouveau vaisseau (le 208) pour la station internationale, au cas où le 206 devrait être utilisé pour Mir.

Finalement, la vieille station est désorbité sans incident, et le vaisseau 206 est réaffecté à la station internationale.



Fig. 88 : Soyouz TM-32, le 11F732A51 n°206, s'apprête à revenir sur Terre, en octobre 2001.

Ce sont donc trois vaisseaux Soyouz TM qui rejoignent la nouvelle station (206, 207 et 208), avant de céder la place aux Soyouz TMA. Le premier de cette nouvelle série, numéroté 211, décolle en octobre 2002.



Fig. 89 : Le vaisseau Soyouz TMA-1 s'approche de la Station Spatiale Internationale.

Le vol est un succès, mais le retour sur Terre se fait selon une trajectoire balistique. A ce moment, les vaisseaux Soyouz TMA deviennent le seul et unique moyen d'accès à la station internationale, car la navette américaine Columbia est détruite en plein vol et toutes les autres sont clouées au sol jusqu'à nouvel ordre.

Ironie de l'Histoire, tous les astronautes de la NASA devront maintenant passer par la Russie pour aller dans l'Espace.

Par la suite, les vols vers la station se déroulent sans incidents notables. Les vaisseaux 11F732A17 se succèdent pour assurer les rotations d'équipages. Toutefois, en 2007 et 2008, Soyouz TMA-10 et Soyouz TMA-11 connaissent tous deux des problèmes assez sérieux de séparation des différents modules et rentrent selon des trajectoires balistiques.

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