En avril 1978 et janvier 1979, la NPO Energuia avait déjà procédé à deux vols d'essais autonomes de la toute nouvelle variante du Soyouz, la version 11F732. Saliout-6 est inoccupée depuis août 1979 et le moment semble venu de réaliser un test grandeur nature : une de mission de liaison entre la Terre est la station orbitale.

Par rapport au 7K-T, le 11F732 est capable d'emporter trois cosmonautes en scaphandres au lieu de deux. Il est également équipé de panneaux solaires, et non de batteries, ce qui augmente sa longévité en orbite.



Fig. 72 : Schéma du 11F732, mieux connu sous le nom de « Soyouz T ».

C'est ainsi qu'en décembre 1979, l'Union soviétique annonce officiellement le lancement du nouveau vaisseau Soyouz T. Il met deux jours pour rejoindre Saliout-6 et tente de s'y amarrer, mais sans succès. La manœuvre est retentée le lendemain, et cette fois la liaison se passe sans problème. Soyouz T reste sur Saliout pendant plus de trois mois, puis revient sur Terre en mars 1980 sans incident notable.

Quelques semaines seulement après ce succès, une nouvelle expédition de longue durée est envoyée vers Saliout-6. C'est dans l'« ancienne » version du Soyouz, un 7K-T, que les cosmonautes POPOV et RIOUMINE prennent place. Durant leur séjour spatial de cent-quatre-vingt-quatre jours, ils reçoivent la visite de trois équipages internationaux (Soyouz-36, Soyouz-37 et Soyouz-38) ainsi que du premier vol piloté du 11F732 (Soyouz T-2).



Fig. 73 : Le vaisseau Soyouz T-2 vu de Saliout-6, en juin 1980.

Cette première mission se déroule sans incident. Durant près de quatre jours, les cosmonautes MALICHEV et AKSIONOV testent tous les systèmes du vaisseau et effectuent plusieurs manœuvres.

Saliout-6 est à nouveau inoccupée à la fin 1980, et un équipage de courte durée y est envoyé pour déterminer si une nouvelle expédition est possible. Fin novembre 1980, ce ne sont pas deux, mais trois cosmonautes qui prennent place à bord du Soyouz T-3 pour rejoindre la station. KIZIM, MAKAROV et STREKALOV réalisent ainsi la première mission à trois depuis la catastrophe de Soyouz-11, neuf ans plus tôt.



Fig. 74 : L'équipage de Soyouz T-3 après l'atterrissage, 10 décembre 1980.

La carrière de la station Saliout-6 s'achève avec une dernière occupation. Lancée à bord de Soyouz T-4, elle reçoit la visite de deux équipages internationaux arrivés avec Soyouz-39 et Soyouz-40, les deux derniers 7K-T.

S'en suit alors une période d'une année complète où l'Union soviétique n'effectue aucun vol habité. En avril 1982, elle lance sa toute nouvelle station DOS, baptisée Saliout-7. Une première expédition de longue durée décolle un mois plus tard à bord du Soyouz T-5.

Au cours de cette mission, les cosmonautes BEREZOVOÏ et LEBEDEV reçoivent la visite de Soyouz T-6 (avec le premier spationaute français, Jean-Loup CHRETIEN) et Soyouz T-7 (avec la deuxième femme-cosmonaute de l'Histoire, Svetlana SAVITSKAÏA). L'atterrissage a lieu dans des conditions difficiles, mais le vol se passe bien.



Fig. 75 : Le vaisseau Soyouz T-5 amarré à la station Saliout-7,
vu depuis Soyouz T-6 en juin 1982.

Le vol suivant, en revanche, constitue un sérieux revers. A bord de Soyouz T-8, TITOV, STREKALOV et SEREBROV s'apprêtent à mener à bien la deuxième occupation de Saliout-7, d'une durée programmée de trois mois. Mais le système d'approche Igla ne fonctionne pas, et l'amarrage est impossible. Les cosmonautes rentrent sur Terre sans avoir accompli leur mission.

Soyouz T-9, le 11F732 n°14L, est lancé deux mois plus tard et parvient à s'amarrer à
Saliout-7 : la deuxième occupation de la station peut commencer.



Fig. 76 : Décollage de Soyouz T-9, 27 juin 1983.

On notera toutefois que, pour la première fois depuis la tragique mission Soyouz-1, l'un des panneaux solaires ne s'est pas déployé. A Baïkonour, les ingénieurs s'aperçoivent que le vaisseau suivant, le Saliout-7 n°15L, a le même défaut, et qu'il doit être ramené à la NPO Energuia, près de Moscou, pour y être réparé.

C'est donc le vaisseau n°16L qui sera utilisé pour la première mission de visite au nouvel équipage de Saliout-7. Le lancement est programmé pour le 26 septembre 1983, et ce jour là, les cosmonautes TITOV et STREKALOV sont prêts à partir, installés au sommet du lanceur Soyouz.

Mais il se produit un événement absolument unique dans l'Histoire de la Conquête de l'Espace. Suite à une fuite d'ergols causée par une valve défectueuse, le lanceur prend feu ! En quelques secondes, le pas de tir n°5 se transforme en brasier, et la tour d'éjection est actionnée par les techniciens de Baïkonour.



Fig. 77 : Le lanceur Soyouz au milieu des flammes,
quelques secondes avant que le 7K-ST n°16L ne soit éjecté, 26 septembre 1983.

Le vaisseau est emmené à près d'un kilomètre d'altitude avec une accélération atteignant
17G ! Les cosmonautes sont récupérés sains et saufs peu de temps après, mais le pas de tir a subit de très graves dommages et ne sera plus utilisable avant longtemps.

L'équipage de Saliout revient sur Terre à bord de Soyouz T-9 quelques mois plus tard sans avoir reçu aucun visiteur. Une nouvelle occupation est lancée en février 1984 avec le
11F732 n°15L, maintenant réparé et baptisé Soyouz T-10. Le départ a lieu depuis le pas de tir de la zone 31.

Deux équipages de courtes durées viennent rendre visite à cette expédition (Soyouz T-11 et Soyouz T-12), puis elle revient sur Terre sans incident. Ensuite, Saliout-7 connaît de graves difficultés. Le 11 février 1985, le TsUP perd le contact avec la station. Un équipage est envoyé à bord de Soyouz T-13 pour reprendre le contrôle.

Cette mission, très spectaculaire, est suivie d'une autre innovation : la première relève d'équipage (partielle) en orbite. Quand Soyouz T-14 arrive sur Saliout-7, Soyouz T-13 est encore là, et les deux équipages vivent ensemble pendant une période de transition d'une semaine. Cela ouvre la voie à une occupation permanente de l'Espace.



Fig. 78 : Soyouz-14 amarré à Saliout-7.

Fin 1985, il ne reste plus qu'un seul 11F732 à lancer, le n°21L. Les Soviétiques envisagent de l'utiliser pour envoyer un équipage entièrement féminin rendre visite à Saliout-7, mais l'un des cosmonautes de la station tombe malade, et la mission permanente doit être rapatriée.

En février 1986, une nouvelle station DOS, de génération entièrement nouvelle, est mise sur orbite avec succès : c'est la fameuse station Mir. Il est décidé que le dernier 11F732 sera utilisé pour lui apporter son premier équipage permanent.

C'est ainsi que les cosmonautes KIZIM et SOLOVIOV décollent en mars 1986 à bord du 11F732 n°21L, baptisé Soyouz T-15 et vont s'amarrer à l'un des ports de Mir. Deux mois plus tard, ils réalisent une grande première en allant rejoindre Saliout-7. Ils y passent près de deux mois, puis reviennent sur Mir, avant de rentrer sur Terre sans incident.



Fig. 79 : Retour du dernier 11F732, Soyouz T-15, en juillet 1986.

Cette mission démontre la souplesse d'utilisation des vaisseaux Soyouz, qui permettent de faire littéralement la navette entre deux stations orbitales. Les échecs des premiers vols sont maintenant loin derrière.

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