Depuis la fin des années 1960, le TsKBM De Vladimir TCHELOMEÏ développe les stations orbitales à vocation militaire Almaz. En 1971, il avait été décidé dans un souci de rationalisation d'utiliser le 7K-T du TsKBEM pour les desservir, au moins lors de la première phase d'exploitation. Le département n°37 du TsKBEM avait alors commencé les études d'une version légèrement modifiée du 7K-T, appelée 11F615A9.

Le première station Almaz est mise en orbite le 3 avril 1973 et est baptisée Saliout-2. Un premier équipage doit aller la rejoindre dès le 13 avril, mais son départ est repoussé au 8 mai à cause de quelques ennuis techniques avec le système de parachutes. Malheureusement, la nouvelle station orbitale rencontre de graves disfonctionnements et cesse de fonctionner quelques jours seulement après son lancement. Toutes les missions qui devaient s'y dérouler sont donc annulées.

Fig. 51 : La station militaire Almaz, alias Saliout-2, lors de sa préparation à Baïkonour.

Et ce n'est pas le seul revers que connaît le programme spatial soviétique en 1973. Au mois de mai, la mise en service d'une troisième station de classe DOS est à nouveau un échec. Il n'y a toujours eu aucun vol habité en URSS depuis la catastrophe de Soyouz-11 deux ans plus tôt, et Vassili MICHINE pense sérieusement à effectuer une mission pour valider les modifications apportées à son 7K-T. De plus, de nombreuses expériences planifiées n'ont pas pu être réalisées à cause des échecs successifs des stations DOS et Almaz, et un second vol en solitaire de Soyouz serait le bienvenu pour rattraper un peu de retard...

Avant de réaliser sa mission de validation, MICHINE préfère envoyer un 7K-T automatique afin de s'assurer que tout se passera bien. C'est ainsi que le véhicule n°36 décolle de Baïkonour le 15 juin 1973. Il est rebaptisé Cosmos 573 et présente une grande nouveauté : il n'est pas équipé de panneaux solaires mais de batteries.

Fig. 52 : La version sans panneaux solaires du 7K-T fait son premier vol en juin 1973.

Ce changement permet de réduire la masse, compte tenu du fait que les vaisseaux servant à desservir les stations orbitales ne resteront pas plus de deux jours en vol autonome. Cosmos 573 effectue un vol de deux jours et revient sur Terre sans incident, ouvrant ainsi la voie à la mission habitée.

Celle-ci est lancée le 27 septembre 1973. Les cosmonautes LAZAREV et MAKAROV embarquent à bord du vaisseau n°37, rebaptisé Soyouz-12, passent deux jours en orbite à tester des techniques de rendez-vous, puis ils reviennent sur Terre.

Fig. 53 : LAZAREV et MAKAROV saluent le général KERIMOV
avant d'embarquer sur Soyouz-12.

Cette mission est la première depuis l'accident de Soyouz-11, et elle redonne confiance dans la technologie du vaisseau 7K-T. Mais maintenant que le 7K-T apparaît comme un vaisseau fiable de nouveaux vols automatiques doivent avoir lieu pour démontrer qu'il est capable de rester amarrer à une station orbitale pendant une très longue durée.

C'est précisément dans cet objectif qu'est lancé le véhicule n°34L, baptisé Cosmos 613, le 30 novembre 1973, deux mois après le retour de Soyouz-12. Il met six jours pour s'installer sur une orbite semblable à celles des stations DOS, puis ses principaux systèmes sont éteints, comme s'il était amarré à l'une de ces stations. Il restera comme cela durant deux mois.

Pendant ce temps, en décembre 1973, les cosmonautes KLIMOUK et LEBEDEV effectuent un vol de huit jours à bord de Soyouz-13, le vaisseau 7K-T n°33. L'objectif de la mission est de réaliser de nombreuses expériences scientifiques qui étaient inscrites au programme des stations DOS.

Fig. 54 : KLIMOUK et LEBEDEV embarquent à bord de Soyouz-13.

Un mois après le retour des cosmonautes, fin janvier 1974, c'est au tour de Cosmos 613 de se poser avec succès au Kazakhstan. Ce vaisseau aura donc réussi à prouver que les 7K-T sont capables de rester deux mois en orbite en mode passif, ce qui ouvre la voie à l'exploitation des stations orbitales.

Peu après cette mission réussie, le secteur spatial soviétique est massivement réorganisé. Une nouvelle entité est créée : la NPO Energuia. Elle rassemble le TsKBEM, ex OKB-1, ainsi que de nombreux autres bureaux d'études. C'est l'ancien rival de KOROLIOV, Valentin GLOUCHKO, qui en prend la tête.

Au début des années 1970, l'Union soviétique s'était engagé dans un vaste programme de coopération visant à réaliser un amarrage en orbite entre un Soyouz et un vaisseau américain Apollo. La course à la Lune est terminée et l'heure est maintenant à la Détente.

Fig. 55 : L'insigne du programme Apollo-Soyouz.

Dans son habituelle folie des grandeurs, l'URSS ne prépare pas un vaisseau spatial pour cette mission, mais six ! Pour le « Programme Expérimental Apollo-Soyouz » (EPAS), la NPO Energuia choisit d'utiliser une nouvelle variante du Soyouz, conçue spécialement pour l'occasion et appelée 11F615A12, ou 7K-TM.

Les six vaisseaux sont numérotés 71 à 76. Le premier servira à effectuer un vol d'essai automatique, les deux suivants seront des vols habités, et c'est le quatrième qui sera utilisé pour la mission réelle avec Apollo. Les deux autres sont des réserves en cas de problème avec un autre exemplaire.

Le premier vaisseau, le 7K-TM n°71, est mis en orbite le 3 avril 1974. Baptisé officiellement Cosmos 638, il réalise un vol de près de dix jours au cours desquels les différents systèmes propres à la mission avec Apollo sont testés.

Suivant