Le TsKBM de Vladimir TCHELOMEÏ développe depuis plusieurs années une station spatiale à vocation militaire dénommée Almaz. Afin d'atteindre rapidement le but fixé par BREZHNEV, l'idée commence à germer de transférer le projet au TsKBEM de MICHINE et d'utiliser ses vaisseaux Soyouz pour faire la navette entre la Terre et la station.

Après de rudes négociations, le projet finit par être entériné : les stations DOS viennent de naître. Afin de préparer les missions à leur bord, un vaisseau 7K-OK sera envoyé pour une mission en solitaire de dix-sept à vingt jours destinée à amasser des données médicales. Cela permettra au passage de battre le record américain de longévité en orbite. Le lancement est prévu pour le centenaire de LENINE, qui interviendra le 22 avril 1970.

Le plan initial était de réaliser deux essais d'amarrage en utilisant le nouveau système Kontakt destiné au vaisseau lunaire, mais ce dernier n'étant pas prêt du tout, les vols sont reportés à la fin 1970.

A Baïkonour, les techniciens rencontrent des ennuis techniques, et le lancement du dix-septième vaisseau 7K-OK n'intervient que le 1er juin 1970. Rebaptisé Soyouz-9, il emmène les cosmonautes NIKOLAÏEV et SEVASTIANOV pour un vol record de près de dix-huit jours.

Fig. 45 : NIKOLAÏEV et SEVASTIANOV à l'entraînement.

Malgré quelques problèmes médicaux; le vol se passe bien dans l'ensemble, et il ouvre la voie aux stations DOS.

Fin 1969, au TsKBEM, le Département n°231 est chargé de mettre au point une nouvelle version du Soyouz. Baptisée 7K-T, ou 11F615A8, elle sera destinée spécifiquement à desservir une station de classe DOS.

Par rapport au 7K-OK, le 7K-T dispose d'un système d'amarrage équipé d'un tunnel, ce qui évite aux cosmonautes d'avoir à effectuer une périlleuse sortie dans l'Espace pour passer à l'intérieur de la station. De plus, comme deux jours sont suffisants pour atteindre la destination, les équipements de survie sont très simplifiés. Le vaisseau pourra en effet puiser dans les réserves de la station une fois qu'il y sera connecté.

Fig. 46 : Schéma du 7K-T, la nouvelle version de Soyouz.

Comme les changements apportés au vaisseau ne concernent pas des systèmes sensibles, tels que les parachutes ou les moteurs, il est décidé de ne pas effectuer d'essai automatique. Les deux premiers 7K-T, numérotés 31 et 32, sont affectés à des missions vers la première station orbitale DOS.

Celle-ci est mise en orbite avec succès par un lanceur Proton le 19 avril 1971. Rebaptisée Saliout, elle fonctionne correctement et est prête à recevoir son premier équipage. Composé des vétérans CHATALOV et ELISSEÏEV, ainsi que de ROUKAVICHNIKOV, il décolle dès le 23 avril 1971 à bord du premier Soyouz de type 7K-T, le n°31, renommé officiellement Soyouz-10.

Fig. 47 : Soyouz-10 sur le pas de tir.

Dès l'arrivée sur orbite, un certain nombre de problèmes apparaissent. Six des huit ventilateurs de la cabine ne fonctionnent pas, et le système d'orientation semble endommagé, forçant le commandant CHATALOV à effectuer manuellement les corrections d'orbite nécessaires pour arriver au niveau de Saliout.

Quand celle-ci est en vue, le système Igla ne connaît aucune anomalie et amène Soyouz-10 à quelques mètres de la pièce d'amarrage. CHATALOV prend alors les commandes manuelles et réalise la jonction avec la station. A première vue, tout s'est bien déroulé, mais le voyant confirmant la capture ne s'allume pas.

En réalité, tout n'a pas bien fonctionné et l'équipage ne parviendra jamais à terminer l'amarrage. La séparation s'avérera même extrêmement délicate, et les ingénieurs donnent l'ordre de revenir sur Terre. La première mission vers une station orbitale est un échec.

Une Commission d'enquête est mise sur pieds, et elle rend ses conclusions le 10 mai 1971. Vraisemblablement, le système d'amarrage est trop fragile et il a été endommagé durant la jonction, l'empêchant ainsi de se terminer correctement. Comme il est important d'effectuer deux missions à bord de Saliout, un nouveau vaisseau (le n°33) est affecté au programme.

Des améliorations sont apportées, et un nouveau 7K-T, le n°32, décolle de Baïkonour le 6 juin 1971. Baptisé Soyouz-11, il est piloté par les cosmonautes DOBROVOLSKI, VOLKOV et PATSAÏEV et rejoint Saliout après deux jours de vol. Cette fois encore, le système Igla permet au vaisseau de s'approcher de la station, puis DOBROVOLSKI prend les commandes manuelles.

Fig. 48 : VOLKOV, DOBROVOLSKI et PATSAÏEV, le malheureux équipage de Soyouz-11.

Les ingénieurs avaient raison : l'échec de l'amarrage de Soyouz-10 était dû à une trop grande fragilité de la structure. Maintenant qu'elle a été renforcée, tout se passe comme prévu, et Soyouz-11 s'amarre avec succès à la station Saliout !

Les cosmonautes peuvent alors pénétrer à l'intérieur, et entamer leur mission de trois semaines.

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