La tragédie du premier vol habité du programme Soyouz met un coup de frein à tout le programme spatial soviétique. Beaucoup de gens rejettent la faute sur Vassili MICHINE, et même GAGARINE et LEONOV insistent pour que sa responsabilité dans l'accident soit explicitement citée dans le rapport de la commission d'enquête.

Pendant ce temps, le patron du TsKBEM ne chôme pas. Il met en place un nouveau calendrier qu'il présente à KAMANINE le 7 mai 1967, deux semaines seulement après l'accident. Deux vaisseaux automatiques seront lancés dans la deuxième quinzaine de juillet 1967 et tenteront de s'amarrer. Toutefois, la mission sera considérée comme un succès à partir du moment où les deux engins auront réussi à s'approcher à 50 ou 70 cm l'un de l'autre, même si par la suite ils ne parviennent pas à effectuer la jonction.

Si tout se passe bien, deux vaisseaux pilotés décolleront en août 1967 et mèneront à bien la mission confiée à l'origine à KOMAROV, c'est à dire amarrage puis transfert de deux cosmonautes d'un vaisseau à l'autre au cours d'une sortie dans l'Espace.

Du côté technique, les modifications apportées au 7K-OK prennent beaucoup de temps. Le 7 mai, la commission d'enquête se réunit et décide de mener à bien d'ici au 14 mai plusieurs essais en vol du système de parachute. Des bombes à fragmentation démilitarisées de type FAB-300 seront utilisées, ainsi qu'une maquette de Soyouz.

Mais les essais ne se passent pas bien du tout ! Des ingénieurs du TsAGI montrent qu'une zone de turbulence est créée par le parachute de stabilisation, et qu'elle empêche le parachute de secours de se déployer correctement. Le LII envisage de supprimer le parachute de secours, et de le remplacer par un deuxième parachute principal, mais cette solution prendrait trop de temps à mettre en place et elle est abandonnée.

Le 29 mai 1967, le conseil des constructeurs principaux, dirigé par MICHINE et KERIMOV, décident de procéder aux deux lancements automatiques au mois d'août. Les deux vols pilotés auront lieu, si tout se passe bien, dès le mois de septembre.

Mais les essais prennent du retard, et début octobre 1967 aucun vaisseau n'a encore décollé. Le 6 octobre, soixante-dix largages de FAB-300 et de maquettes restent à effectuer, ce qui, selon KAMANINE, devrait prendre "de cinq à six mois". Mais MICHINE ordonne de terminer d'ici au 1er novembre, et les techniciens procèdent à jusqu'à trois largages par jour !

La Commission d'Etat se réunit le 16 octobre 1967 et approuve la reprise des vols Soyouz. Les deux vols automatiques auront lieu entre le 25 et le 27 octobre. Un premier vaisseau sera lancé, et ses données seront analysées par les ingénieurs. Si elles sont satisfaisantes, le second vaisseau sera mis en orbite, environ soixante-douze heures après le premier. Les deux engins procèderont alors à une approche grâce au radar Igla, et ils essaieront de s'amarrer (bien que ce ne soit plus un objectif prioritaire).

Le premier vaisseau est lancé avec succès le 27 octobre 1967 depuis la zone n°31 remise à neuf depuis l'accident de décembre 1966. Rebaptisé Cosmos 186, le 7K-OK n°6 se comporte à merveille ! Ainsi, les efforts consentis après la mort de KOMAROV n'auront pas été vains. Il y a bien un petit problème avec le capteur stellaire 45K, met il est rapidement réglé et la Commission d'Etat peut autoriser l'envoi du second vaisseau.

Celui-ci décolle le 30 octobre 1967 et devient Cosmos 188. Encore une fois, tout fonctionne parfaitement bien , et les deux vaisseaux s'amarrent dès la première orbite !

Fig. 27 : Vue d'artiste de l'époque de l'amarrage de Cosmos-186 et Cosmos-188.
En 1967, la véritable allure du 7K-OK est encore un secret d'état !

Ainsi, près de deux ans après les Américains, les Soviétiques réussissent à leur tour à assembler plusieurs vaisseaux en orbite. C'est en revanche la première fois qu'une telle manœuvre est réalisée de manière entièrement automatique : tous les amarrages américains se sont faits avec un vaisseau Gemini piloté. Cette "première" traduit une capacité d'automatisation des vaisseaux soviétiques que la technologie américaine n'égale pas.

Après quelques heures passées ensemble, les deux vaisseaux se séparent et entament leur retour sur Terre. Cosmos-186 descend en mode balistique mais atterrit sans problème et devient le premier Soyouz à être récupéré sans dégâts. En revanche, Cosmos-188 connaît de graves problèmes d'orientation et son système d'autodestruction s'enclenche afin d'éviter qu'il ne tombe en de mauvaises mains.

Cette mission n'en demeure pas moins une avancée importante pour le programme spatial soviétique. Le 2 novembre 1967, dans l'avion qui les ramène d'Eupatorie à Moscou, MICHINE, KERIMOV, KARASS, RIAZANSKI, TCHERTOK, TREGOUB, FEOKTISTOV et KAMANINE dressent le bilan de ce qu'ils viennent d'accomplir. KAMANINE propose d'effectuer un vol piloté dès avril-mai 1968. Mais MICHINE n'est pas d'accord avec lui et préfère attendre le second semestre 1968, le temps de réaliser d'autres vols automatiques.

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