Le succès de l'amarrage de l'ATV-2 « Johannes
Kepler » donne le feu vert au lancement de la navette spatiale américaine
Discovery STS-133, qui décolle de Cap Canaveral pour le vol ULF-5 le 24
février 2011 à 21h53'23" GMT.
Fig.
23 : Dernier décollage de Discovery, 24 février 2011.
Crédit : NASA.
L'équipage est
constitué du commandant Steven LINDSEY, du pilote
Eric BOE et des spécialistes de mission Alvin DREW,
Stephen BOWEN,
Michael BARRATT
et Nicole STOTT. Ces deux derniers avaient récemment
fait partie d'expéditions permanentes. BOWEN
remplace Timothy KOPRA qui s'est blessé à la jambe
quelques semaines avant le lancement.
Les deux charges utiles principales de la
mission STS-133 sont le nouveau module de stockage PMM et la plate-forme externe
ELC4.
Pendant que Discovery approche de la station,
les quatre moteurs OCS de l'ATV-2 sont allumés le 25 février à 10h33 GMT pendant
198s (ΔV = 0,5m/s). Le but est de rehausser l'orbite de la
station de 0,86km et la mettre en phase pour le lancement de Soyouz TMA-21 et
l'atterrissage de Soyouz TMA-M.
Plus tard dans la journée, à 16h06 GMT, les
cosmonautes ouvrent les écoutilles donnant sur l'ATV-2. Toujours le 25 février,
Scott KELLY procède à la pressurisation du
PMA-2,
par où la navette Discovery va accoster. Par ailleurs, KALIERI range le système
de contrôle de l'ATV qui avait été installé dans Zvezda pour l'amarrage. Le
poste PCE Z0000 est stocké derrière les panneaux 225 et 226 du module
Zaria.
Fig.
24 : Discovery approche de la station, 26 février 2011.
Crédit : NASA.
Discovery STS-133 s'amarre au
PMA-2
le 26 février 2011 à 19h14 GMT. Il y a maintenant douze personnes à bord
du complexe orbital. La première priorité est de transférer la plate-forme ELC4
de la soute de la navette vers son emplacement définitif sur le segment S3 de la
poutre centrale ITS.
Les plates-formes ELC1 et ELC2 avaient été amenées par la
navette STS-129
en novembre 2009. La dernière de la série, ELC3, sera apportée par la mission
suivante, STS-134. D'autre part, la station dispose de trois autres plates-formes
de type ESP.
Fig.
25 : Disposition définitive des différentes
plates-formes de stockage sur l'ITS.
Crédit : NASA.
L'ELC4 n'abrite pour l'instant
qu'un seul matériel : un radiateur photovoltaïque
déployable du sous-système d'évacuation de la
chaleur HRS (Heat Rejection Subsystem), qui
fait partie du système de régulation thermique EATCS
(External Active Thermal Control System).
Plusieurs
de ces radiateurs sont actuellement déployés, et
celui qu'amène l'ELC4 servira de pièce de rechange
en cas de problème avec l'un d'eux.
L'installation de l'ELC4 sur le S3 demande une manœuvre
relativement complexe. Tout d'abord, à 23h08 GMT, le bras Canadarm2 de la station, accroché
au module Harmony, saisit la plate-forme dans la soute. Il la transmet ensuite
au bras RMS de Discovery, qui la saisit à 00h08 GMT le 27 février.
Vidéo 1 : Animation montrant l'installation de l'ELC4. Télécharger la
vidéo.
Crédit : NASA.
Le Canadarm2 peut alors lâcher l'ELC4 et à 00h55 GMT il va s'accrocher sur le
point d'ancrage PDGF-1 de la plate-forme mobile MBS, sur la poutre ITS. Son
autre extrémité se détache d'Harmony, saisit l'ELC4 et l'emmène jusque sur le
point d'attache PAS4 du segment S3.
Fig.
26 : Le Canadarm2 (à droite) s'apprête à saisir
l'ELC4,
encore tenue par le RMS, 27 février 2011.
Crédit : NASA TV.
La première sortie dans l'Espace de STS-133 débute le 28 février 2011
à 15h46 GMT, quand les astronautes Stephen BOWEN et Alvin DREW passent leurs
scaphandres EMU sur batteries internes.
Leur première activité consiste à installer une rallonge pour un câble appelé
J612, qui relie le module Unity au sas Quest. Il avait été mis en place durant
la sortie du 15 juillet 2001, lors de l'installation de Quest par la mission
STS-104. Son rôle est d'assurer l'alimentation électrique de certains
réchauffeurs de Quest.
Or, une fois que le nouveau module PMM sera arrimé à Unity, le J612 ne sera
plus accessible, ce qui rendra d'éventuelles opérations de maintenance
extrêmement délicates. Le but est donc de le prolonger afin de pourvoir le faire
contourner la pièce d'amarrage du PMM. Cette activité était au programme de la
sortie du 16 août
2010, mais n'avait pu être réalisée faute de temps.
Fig.
27 : Vue du dessous du segment américain.
Quand le PMM sera amarré à Unity, il bloquera
l'accès au J612.
Crédit : NASA TV.
BOWEN commence donc par débrancher le câble côté Unity, et à sa place il
branche la rallonge. DREW connecte ensuite la rallonge au J612, et le tour est
joué. Les astronautes n'ont plus qu'à attacher le câble le long de Unity, et ils
peuvent passer à l'activité suivante.
Celle-ci consiste à rapatrier sur la plate-forme
ESP-2
le module de pompe (PM, Pump Module) qui était tombé en panne le
31 juillet 2010,
puis stocké temporairement sur le point d'ancrage POA lors de la sortie du
11 août 2010.
BOWEN monte sur le bras Canadarm2 au moyen d'un cale-pieds APFR qu'il a
trouvé sur l'ESP-2,
il se dirige vers le POA, saisit le PM défaillant et le ramène sur l'ESP-2.
Là, il le range dans un casier (FSE) et le fixe au moyen de quatre boulons. Il doit
également démonter l'attache AGB qui avait permis d'accrocher le PM au POA (ils
la fixent sur le FHRC qui est présent sur l'ESP-2
depuis son lancement).
Fig.
28 : Alors qu'il est en route vers le POA, BOWEN
passe devant Discovery,
le vaisseau HTV-2 et le module Columbus, 28
février 2011.
Crédit : NASA TV.
Le transfert à l'aide du Canadarm2 prend plus de temps que prévu, car le
poste de pilotage (RWS) de la Cupola tombe en panne, et les astronautes doivent
donc utiliser celui de Destiny.
Pendant que BOWEN réalisait son aller-retour, DREW s'est rendu sur le chariot
CETA situé à bâbord, et il a récupéré une soupape d'évent qu'il ramène à son
tour sur l'ESP-2.
Elle sera utilisé lors de la prochaine sortie. Quand tout cela est terminé,
BOWEN descend du bras.
Fig.
29 : BOWEN sur le Canadarm2, 28 février 2011.
Sur l'ESP-2, on voit le PM, ainsi que l'AGB déjà
fixée sur le FHRC.
Crédit : NASA TV.
L'activité suivante consiste à aller sur
l'élément Z1 pour y récupérer le cale-pieds APFR
n°4. Celui-ci a la particularité d'être le dernier
APFR présent sur la station à être équipé d'une
protection thermique qui l'empêche d'être installé à
certains endroits. Il faut donc le ramener à
l'intérieur de la station pour lui ôter cette
protection.
Seul problème : un support d'outils TS (Tool Stanchion) est fixée sur
l'APFR n°4. DREW emmène donc avec lui un autre APFR, qu'il trouve sur l'ESP-2,
et l'installe sur le flanc bâbord du Z1. Il démonte le TS et le remonte sur cet
APFR, libérant ainsi l'APFR n°4.
Il peut alors démonter l'APFR n°4. Avant d'aller le déposer dans le sas, il
ouvre le couvercle de deux compartiments qui contiennent en tout quatre modules électriques RPCM,
de manière à permettre l'accès au robot SPDM en cas de besoin.
Fig.
30 : Reproduction des RPCM du Z1, avec les
couvercles ouverts.
Crédit : NASA TV.
Sur le segment S1, une caméra (CP3) est
maintenant trop proche de la plate-forme ELC4 qui
vient d'être installée, ce qui posera problème dans
l'avenir. Il faut donc déplacer la caméra (montée
sur un mât) et la tourner un peu pour laisser
suffisamment de place autour de l'ELC4. Pour pouvoir
fixer la caméra, les astronautes doivent d'abord
installer un petit support.
Ils vont ensuite à l'extrémité du S3 pour installer deux butées qui
bloqueront l'accès aux charriots CETA. Avec cette protection, ceux-ci pourront
donc maintenant se rendre jusqu'au bout du S3.
Fig.
31 : Les différentes butées sur lesquelles les
astronautes ont travaillé.
Crédit : NASA.
Pendant qu'ils sont sur le S3, ils débloquent
deux crans d'arrêt qui servaient à bloquer le MT et
les câbles de sécurité des scaphandres. Leur toute
dernière activité est une opération de communication
de l'agence spatiale japonaise, appelée Message
in a Bottle.
La sortie se termine à 22h20 GMT. Elle aura duré 6h34. Pendant ce temps, dans
le module Unity, Catherine COLEMAN a remplacé le module RPCM N14B_C.
Le 1er mars 2011, à 15h05 GMT, le module PMM est amarré au
nadir de Unity à l'aide du bras Canadarm2, piloté par BARRATT et STOTT. Une fois
la jonction sécurisée, COLEMAN démonte le système CBCS et KELLY pressurise le
vestibule qui mène au PMM.
Fig.
32 : Arrimage du PMM à Unity, 1er
mars 2011.
Crédit : NASA TV.
Toujours le 1er mars, KONDRATIEV et KALIERI se lance dans le grand
chantier du remplacement du panneau de vannes BOA du système Vozdoukh. Utilisé pour l'élimination
du dioxyde de carbone, Vozdoukh est situé dans le module Zvezda.
Les deux cosmonautes doivent d'abord débrancher les câbles d'alimentation et
déconnecter le système de télémesure BITS2-12 et couper son mode VD-SU (Выдачи
Данных - Синхронизирующее Устройство). Le VD-SU est le mode de
fonctionnement du BITS2-12 qui permet d'échanger des données avec le système
informatique BVS, afin de les transmettre au sol (bande S).
Or, comme le système de production d'oxygène Elektron-VM
est lui aussi contrôlé par le mode VD-SU, il faut le mettre hors-service avant de pouvoir
démonter le Vozdoukh. Quand l'Elektron est éteint, les cosmonautes peuvent
démonter le BOA, puis ils reconnectent le BITS2-12, remettent en service le
VD-SU et réactivent Elektron.
Plus tard dans la journée, KALIERI, SKRIPOTCHKA et KELLY enfilent leurs
scaphandres Sokol et vérifient l'ajustement de leurs couchettes Kazbek-UM dans
le vaisseau Soyouz TMA-M, qui doit les ramener sur Terre dans deux semaines.
Plus tard dans la soirée du 1er mars, vers 23h15 GMT, KELLY et
LINDSEY pénètrent dans le PMM pour la première fois.
Les cosmonautes Stephen BOWEN et Alvin DREW débutent la seconde sortie dans
l'Espace de STS-133 le 2 mars 2011 à 15h42 GMT. Leur première activité
consiste à éventer l'ammoniac encore présent dans le vieux module de pompe (PM)
qu'ils ont déposé sur l'ESP-2.
C'est DREW qui s'en charge. Le plus dur a été fait lors de la précédente
sortie : il s'agissait d'installer sur le PM un système d'éventage spécial, qui
assure à l'astronaute de ne pas voir son scaphandre contaminé par l'ammoniac.
Une fois l'éventage terminé, DREW démonte le système et le ramène dans le sas.
Pendant ce temps, BOWEN grimpe sur le Canadarm2 au moyen d'un cale-pieds
APFR, et il se dirige vers l'extrémité du module européen Columbus. Là, il
démonte la petite plate-forme LWAPA qui avait été installée par l'équipage de
STS-123, lors de la sortie du 17 mars 2008.
Fig.
33 : Préparation de la LWAPA avant son
lancement, en 2008.
Crédit : NASA.
Elle n'est plus utilisée, mais comme elle occupe
un précieux emplacement sur le système d'accroche
EPF de Columbus, il est préférable de la ramener.
Cette tâche était d'ailleurs au programme de la
mission STS-131, mais elle n'avait pu être réalisée
faute de temps lors de la sortie du 13 avril 2010. BOWEN va donc fixer
la LWAPA dans la soute de Discovery.
Fig.
34 : BOWEN fixe la LWAPA dans la soute de
Discovery, 2 mars 2011.
Crédit : NASA TV.
Ensuite, DREW part retirer des couvertures thermiques sur le boîtier
électronique (ExPCA) de l'ELC4, et il récupère des sacs d'outils qui avaient été
laissés sur le CETA tribord lors des sorties d'août
2010.
Fig.
35 : Emplacement du boîtier ExPCA.
Crédit : NASA.
BOWEN, de son côté, se rend sur le robot Dextre
au moyen du bras Canadarm2 pour lui installer une
nouvelle caméra, appelée CLPA1. Une caméra
identique, la CLPA2, avait été mise en place lors de
STS-123, le 17 mars 2008. BOWEN profite de
l'occasion pour ôter une couverture thermique
présent sur le boîtier électronique EP1.
Fig.
36 : Emplacement des CLPA sur le robot Dextre.
Crédit : NASA.
DREW est quant à lui sur le segment P3 pour
installer une nouvelle lampe sur le chariot CETA
bâbord. Ensuite, il va sur le segment P1 pour
réparer la couverture thermique de l'un des
ensembles de vannes (RBVM) des radiateurs
photovoltaïques.
Fig.
37 : Emplacement du RBVM sur lequel BOWEN doit
intervenir.
Crédit : NASA.
Toujours sur le P1, il resserre les boulons d'une
petite cale (RGFSB, Radiator Grapple Fixture
Stowage Beam) destinée à stocker temporairement
le matériel qui serait nécessaire en cas de
réparation d'un des radiateurs.
Elle avait été installée le 11 avril 2010 lors de STS-131, mais
les astronautes l'avaient alors trouvée un peu trop desserrée. Une première
réparation par STS-132 lors de la sortie du 21 mai 2010 n'avait pas aboutie.
Fig.
38 : Des cales RGFSB.
Crédit : NASA.
Fig.
39 : Emplacement des RGFSB.
Crédit : NASA.
Fig.
40 : Vue de la RGFSB de la caméra de casque de
DREW, 2 mars 2011.
Crédit :
NASA TV.
DREW part ensuite sur le module Tranquility pour ôter une couverture
thermique sur un câble d'alimentation. BOWEN installe de capuchons sur les
caméras CLPA de Dextre, ainsi que sur celle du POA et du Canadarm2.
Fig.
41 : Emplacement de la couverture thermique à
enlever sur Tranquility.
Crédit : NASA.
Et pour finir, BOWEN récupère l'adaptateur du mât
de charge russe GStM-2,
qui avait été déposé sur le
PMA-3 lors
de la sortie du
3 février 2006.
Il emmène l'adaptateur sur le point d'attache EFGF
du module Zaria. La
sortie se termine à 21h56 GMT. Elle a duré 6h14.
Fig.
42 : BOWEN récupère l'adaptateur sur le FRGF du
PMA-3, 2 mars 2011.
(vue de sa caméra de casque)
Crédit : NASA TV.
Fig.
43 : BOWEN installe l'adaptateur sur l'EFGF de
Zaria, 2 mars 2011.
Crédit : NASA TV.
Toujours le 2 mars, après
la sortie, KONDRATIEV et KALIERI poursuivent les
travaux sur le système Vozdoukh. Ils installent une
nouvelle unité BOA et vérifient son étanchéité. En
attendant, c'est le système américain CDRA qui
assure l'élimination du gaz carbonique.
Les derniers branchements sont réalisés le 3 mars. Mais
pour rebrancher la télémétrie, le système BITS2-12 et son mode VD-SU doivent à
nouveau être arrêtés, ce qui nécessite une fois encore de mettre hors-service le
système Elektron.
Quand cette grande opération de maintenance est
terminée, KELLY et COLEMAN travaillent à leur tour sur le système américain
CDRA, équivalent du Vozdoukh situé dans le module Harmony.
Les moteurs RCS de Discovery sont allumés le 3 mars 2011 à 14h03 GMT pendant
26 minutes afin d'apporter un ΔV de 1,0m/s, ce qui conduit à une augmentation de
l'altitude moyenne de 1,7km.
Le Vozdoukh est réactivé le 4 mars, et il fonctionne maintenant sur ses trois
lits cationiques, alors qu'il ne pouvait en utiliser que deux avant l'opération
de maintenance. Mais dans la nuit du 3 au 4 mars, le
système Elektron tombe en panne. Il fonctionnait sur sa pompe de secours, car sa
pompe principale était tombée en panne il y a plusieurs mois. Une autre unité
BZh est disponible à bord, mais elle contient des pièces qui ont été récupérées
sur des unités défaillantes, et son bon fonctionnement n'est donc pas assuré.
Toujours le 4 mars, les astronautes transfèrent l'armoire ExPrESS Rack-8
(ER-8) du PMM vers le module Destiny. Le système Vozdoukh,
qui vient d'être modifié, tombe en panne dans la nuit du 4 au 5 mars à cause
d'une surchauffe de la pompe. Les cosmonautes le redémarrent dans la foulée.
La navette Discovery se sépare du
PMA-2
le 7 mars 2011 à 12h00 GMT. Elle effectue une rotation de 360° autour de
la station afin de la prendre en photos.