Le 11 février 2007, à approximativement 06h00 GMT, le centre de Houston perd le contact radio avec la station. Il ne s'agit en réalité que du premier symptôme d'un plus gros problème : une unité de commutation à courant continu du segment P4 a en effet rencontré une défaillance qui a conduit les coupe-circuits de la station à être actionnés.

Ces unités de commutation permettent de répartir la puissance générée par les panneaux solaires aux différentes batteries. Suite à l'actionnement des disjoncteurs, toute une partie de la station se retrouve sans électricité. Le gyroscope CMG-2 est arrêté, mais l'orientation de la station n'est pas affectée.

Parmi les systèmes touchés, on compte aussi l'un des systèmes de communications, un réfrigérateur scientifique, certains détecteurs de fumée, ou encore des radiateurs qui servent à maintenir à une température convenable le bras Canadarm2 et la Mobile Base.

Les trois cosmonautes à bord, privés de communications avec la Terre, suivent les procédures d'urgence et parviennent à rétablir le contact radio à environ 07h35 GMT le 12 février. La remise en route de tous les systèmes qui avaient été coupés dure toute la journée.

Cet incident étant réglé, les cosmonautes se préparent à la prochaine sortie dans l'Espace qui doit avoir lieu depuis le module Pirs le 22 février. Le but de cette sortie est de régler définitivement le problème de l'antenne mal rétractée de Progress M-58.

Le 16 février, LOPEZ-ALEGRIA et TIOURINE testent les systèmes de communication des scaphandres Orlan-M.

Au sol, un débat a eu lieu quelques semaines plus tôt pour résoudre la question du type de scaphandre à utiliser pour cette sortie. Rappelons qu'elle n'était initialement pas prévue au programme, mais qu'elle a dû y être ajoutée car TIOURINE et LOPEZ-ALEGRIA ont été incapables de rétracter l'antenne défectueuse de Progress M-58 lors de leur sortie du 22 novembre 2006.

Il est très important que cette antenne soit correctement rétractée, car sinon le désamarrage du vaisseau serait très hasardeux. Il se pourrait que Progress entre en collision avec la station, causant ainsi de sérieux dommages.

La NASA a insisté pour que l'opération soit effectuée avec ses scaphandres EMU depuis le module Quest. Plusieurs raisons motivaient cette doléance.

La première est que l'administration américaine est redevable à la Russie d'une sortie dans l'Espace depuis le 30 juin 2004, date à laquelle l'indisponibilité des EMU avaient obligé les cosmonautes PADALKA et FINCKE (MKS-9) à sortir réparer un gyroscope américain équipés de combinaisons russes Orlan-M.

De plus, étant donné que trois sorties viennent d'être effectuées avec des EMU, il est techniquement beaucoup plus simple de conserver les mêmes scaphandres, déjà prêts, plutôt que de préparer les Orlan-M, ce qui occuperait tout de même deux cosmonautes pendant près d'une semaine complète.

Un troisième argument qu'avance la NASA pour l'utilisation de ses scaphandres est qu'ils sont équipés de caméras de casque qui simplifieraient grandement les opérations de dépannage du vaisseau Progress.

Et puis s'ajoute à cela le problème du "couple fantôme" : il est rencontré depuis plusieurs années à chaque fois qu'une sortie est effectuée avec des Orlan. Peu de temps après que les cosmonautes n'ouvrent l'écoutille, la station se met à tourner sur elle-même; les raisons de ce phénomène ne sont toujours pas connues avec précision.

De leur côté, les Russes sont très attachés à l'idée d'utiliser leurs propres combinaisons. Ils avancent en effet que le "couple fantôme" n'est plus un véritable problème, car ils ont mis au point un programme qui permet de gérer la rotation en la contrôlant avec les petits moteurs de direction d'un ravitailleur Progress.

Les réacteurs utilisés sont ceux qui se trouvent à l'arrière des vaisseaux, ce qui assure que les cosmonautes sortant ne seront pas mis en danger par les jets de gaz. De plus, il est clair que Mikhaïl TIOURINE n'est pas prêt à travailler avec un EMU, car il n'a été entraîné que rapidement sur ce matériel.

Un problème supplémentaire viendrait du chemin à parcourir pour rejoindre Progress M-58 à partir de Quest, qui est très dangereux du fait de la présence de très nombreuses antennes. Pour ce qui est du temps passé à préparer les Orlan, Roscosmos assure qu'il sera pris sur l'emploi du temps russe, et que les opérations américaines n'en souffriront donc pas. La question des caméras de casque ne se pose pas, car l'éloignement des antennes relais ne leur permettrait sans doute pas de fonctionner.

En gros, c'est un problème russo-russe, et Roscosmos ne veut pas que les Américains s'en mêlent... TIOURINE portera la combinaison Orlan-M n°27, et LOPEZ-ALEGRIA la Orlan-M n°25.

Le 22 février 2007, à 10h05 GMT, les deux cosmonautes dépressurisent le module Pirs. Ils ouvrent l'écoutille à 10h27 GMT et sortent à 10h45 GMT. La première tâche à laquelle ils s'attèlent avant de rejoindre Progress M-58 est de photographier l'antenne GTS qui se trouve sur la section de petit diamètre du module Zvezda. LOPEZ-ALEGRIA et TIOURINE se dirigent ensuite vers l'arrière du module Zvezda, où est amarré le Progress dont l'antenne est récalcitrante.

Fig. 19 : Ces deux clichés montrent l'antenne 2AO-VKA avant (gauche) et après l'intervention du 22 février 2007. La première image laisse clairement apparaître les quatre bras supports de l'antenne. La rotation se fait autour de l'axe colorié en jaune dans le sens qui fait sortir l'antenne du plan de l'image. La photo de droite montre l'un des quatre bras sectionné.

Comme le montre la figure 19, cette fameuse antenne, appelée 2AO-VKA, est montée sur quatre bras qui pivotent et permettent à l'ensemble de se rétracter avant l'amarrage. Mais cette fois-ci, la rétractation n'a pas eu lieu et l'antenne est restée déployée. Les bras qui supportent l'antenne sont des tubes métalliques d'environ 3cm de diamètre pour une épaisseur d'environ 2,5mm.

Les cosmonautes essayent de sectionner l'un de ces bras de manière à pouvoir rétracter l'antenne de force. Les opérations se déroulent dans une certaine confusion, car, rappelons-le, les ingénieurs du TsUP n'ont aucun contrôle de visuel de ce qui se passe et doivent se baser uniquement sur les descriptions orales de LOPEZ-ALEGRIA et TIOURINE. Finalement, l'antenne peut être rétractée de 5cm, ce qui est largement suffisant pour permettre une séparation du vaisseau sans aucun risque.

Ce problème étant réglé, les cosmonautes terminent la fixation de l'antenne WAL-2, qu'ils avaient déplacé lors de leur sortie du 22 novembre 2006. Ils inspectent ensuite l'antenne   ASN-M ainsi que les cibles lasers qui serviront à l'amarrage de l'ATV. Après cela, ils s'affairent à terminer l'installation de l'expérience russe BTN-Neutron, qu'ils avaient également entamé lors de la sortie du 22 novembre. Ils prennent ensuite des photos de l'expérience allemande ROKVISS, et se dirigent vers le module Pirs. Avant de rentrer, ils inspectent le mât de charge GStM-2 et installent sur l'extérieur du module deux marchepieds.

Ils rentrent dans le module Pirs à 16h22 GMT, ferment l'écoutille à 16h45 GMT et repressurisent le sas à 16h49 GMT. La sortie aura duré 6h18. Il s'agissait de la vingtième effectuée depuis le module Pirs.

Il est toutefois important de signaler un incident qui a eu lieu au cours de la sortie. Peu de temps après s'être extrait du sas, Mikhaïl TIOURINE a signalé une surchauffe de son scaphandre. Cette nouvelle a beaucoup inquiété les ingénieurs du TsUP, car déjà lors de la sortie du 22 novembre 2006 la combinaison de TIOURINE avait connu un problème similaire.

Mais, heureusement, cette défaillance n'a rien à voir avec la précédente. Elle vient en effet du fait que le cosmonaute a mis en marche le système de refroidissement alors qu'il se trouvait dans le sas de Pirs qui n'avait pas encore été dépressurisé. En temps normal, l'eau de la boucle de refroidissement est évacuée dans le vide (ce qui, d'ailleurs, est probablement à l'origine du fameux "couple fantôme") et se sublime immédiatement.

Mais si le système est mis en route dans un environnement à pression non nulle, l'eau ne peut pas se sublimer et forme un bloc de glace qui bloque le circuit. TIOURINE a donc dû éteindre le système de refroidissement et le rallumer, et l'incident a été réglé.

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