L'histoire de la composition du quatorzième équipage de la Station Spatiale Internationale (MKS) est assez complexe. Initialement, on sait que comme d'habitude il doit être composé d'un Américain et d'un Russe. Cette fois-ci, le commandement incombe aux Etats-Unis. Les premiers à nommer leur cosmonaute sont les Russes, qui choisissent Aleksandr LAZOUTKINE.

En décembre 2003, la NASA nomme Jeffrey WILLIAMS au poste de commandant. L'équipage de réserve sera, quant à lui, composé de l'Américain Michael LOPEZ-ALEGRIA et du Russe Konstantin KOZEÏEV.

 

Principal

Réserve

Commandant
Ingénieur de bord n°1

J. WILLIAMS
LAZOUTKINE

LOPEZ-ALEGRIA
KOZEÏEV

Tableau 1 : Equipage MKS-14 avant juin 2005

Fig. 1 : L'équipage originel : LAZOUTKINE et WILLIAMS
Photo : Olivier SANGUY.

Mais en juin 2005, la NASA demande expressément à la Russie de renvoyer KOZEÏEV à l'entraînement général, car il a prit beaucoup de poids au cours des mois précédents et n'est plus capable de travailler dans les scaphandres américains EMU. Les autorités russes remplacent donc KOZEÏEV par Mikhaïl TIOURINE.

 

Principal

Réserve

Commandant
Ingénieur de bord n°1

J. WILLIAMS
LAZOUTKINE

LOPEZ-ALEGRIA
TIOURINE

Tableau 2 : Equipage MKS-14 en juin 2005

En août 2005, lors d'un entraînement au Centre Spatial Johnson de Houston au Texas, Aleksandr LAZOUTKINE ressent des troubles cardiaques. Il est alors écarté de l'équipage de réserve de la douzième mission, dont il fait également partie, et de l'équipage principal de la quatorzième. En toute logique, c'est Mikhaïl TIOURINE qui le remplace à ces deux postes. Youri MALENTCHENKO est quant à lui assigné à l'équipage de réserve.

 

Principal

Réserve

Commandant
Ingénieur de bord n°1

J. WILLIAMS
TIOURINE

LOPEZ-ALEGRIA
MALENTCHENKO

Tableau 3 : Equipage MKS-14 en août 2005

Le 20 septembre 2005, le MCOP (Multilateral Crew Operations Panel) décide de remplacer WILLIAMS par son suppléant, LOPEZ-ALEGRIA.

 

Principal

Réserve

Commandant
Ingénieur de bord n°1

LOPEZ-ALEGRIA
TIOURINE

Américain
MALENTCHENKO

Tableau 4 : Equipage MKS-14 en août 2005

Finalement, du 30 novembre au 2 décembre 2005, le MCOP se réunit aux Etats-Unis pour statuer définitivement sur la composition de l'équipage. La NASA place le docteur Peggy WHITSON au poste de commandant de l'équipage de réserve. TIOURINE et MALENTCHENKO sont quant à eux confirmés dans leurs rôles d'ingénieurs de bord.

De plus, l'Agence Spatiale Européenne officialise le vol du colonel Thomas REITER, qui décollera à bord de la navette spatiale américaine Discovery STS-121, intégrera l'équipage MKS-13 en cours de route, puis réintégrera l'équipage MKS-14 quand celui-ci arrivera sur la station.

Ensuite, la navette Discovery STS-116 ramènera REITER sur Terre et le remplacera par Sunita WILLIAMS. Au total, le quatorzième équipage comptera donc quatre membres.

 

Principal

Réserve

Commandant
Ingénieur de bord n°1
Ingénieur de bord n°2

LOPEZ-ALEGRIA
TIOURINE
REITER/S. WILLIAMS

Américain
MALENTCHENKO
EYHARTS/ANDERSON

Tableau 5 : Equipage MKS-14 en décembre 2005

La troisième place du vaisseau Soyouz TMA-9 sera occupée par Daisuke ENOMOTO, qui deviendra à cette occasion le quatrième touriste spatial. Le décollage est prévu pour le 14 septembre 2006.

Fig. 2 : Le Japonais Daisuke ENOMOTO.

Le 18 juillet 2006, le vaisseau Soyouz TMA arrive à Baïkonour par voie ferrée. Dès le lendemain, il est déchargé et installé dans le Bâtiment d'Assemblage et d'Essais (MIK) de la zone n°254. Commencent alors de très nombreux essais destinés à vérifier le bon fonctionnement de tous les systèmes de bord.

Au début du mois d'août, le vaisseau est mis sous tension de manière à confirmer que tout va pour le mieux. Vers le 8 août débutent les tests des systèmes de communication, puis le vaisseau est enfermé dans une chambre isolée des interférences électromagnétiques. Il y subit plusieurs essais, en sort le matin du 10 août, et est ramené sur son banc d'essais.

Immédiatement, les ingénieurs lancent les tests de bon fonctionnement des moteurs. Ensuite, le soir du 16 août, Soyouz TMA-9 est installé dans la chambre à vide. Les tests d'étanchéité débutent dès le 17 août, et se terminent le 20 août. Le vaisseau est ramené au banc le 21 août.

Ce même jour, la Commission Médicale Principale (GMK) annonce que Daisuke ENOMOTO est disqualifié. Il sera remplacé par Anousheh ANSARI, sa suppléante.

Les 23 et 24 août se tiennent les examens finaux des équipages de Soyouz TMA-9. Le premier jour, MALENTCHENKO et WHITSON montent en scaphandre Sokol-KV-2 dans le simulateur Soyouz pendant que TIOURINE, LOPEZ-ALEGRIA et ANSARI sont interrogés dans le simulateur Zvezda. Le deuxième jour, les rôles sont inversés.

Pendant ce temps, la préparation du lanceur Soyouz-FG commence dans le MIK de la zone 112. Le 28 août, c'est le pas de tir n°5 qui entre en phase de préparation.

Le 30 août, à la lumière des résultats des examens de la semaine précédente, la Commission Interministérielle entérine la composition des équipages. Les cosmonautes donnent une conférence de presse à la Cité des Etoiles, rencontrent le général PERMINOV au siège de Roscosmos et se rendent sur la Place Rouge, où ils déposent une gerbe sur la tombe de Youri GAGARINE.

Fig. 3 : L'équipage définitif : LOPEZ-ALEGRIA, ANSARI et TIOURINE.

De mauvaises nouvelles arrivent alors de Cap Canaveral. La navette spatiale américaine Atlantis devait initialement décoller le 27 août pour le vol STS-115. Mais plusieurs incidents liés à la météorologie ont poussé les responsables de la NASA à repousser le tir au 6 ou 8 septembre. Or, si Atlantis décolle durant cette période, compte tenu de la durée de sa mission, elle sera encore amarrée à la Station Spatiale Internationale quand Soyouz TMA-9 arrivera, ce qui est strictement interdit par les chartes d'utilisation de la station.

Le 30 août, SEVASTIANOV annonce donc que si la navette américaine devait effectivement décoller entre le 6 et le 8 septembre, Soyouz TMA-9 ne décollerait pas le 14 septembre, mais le 18. Il avertit toutefois ses collègues américains : le Soyouz ne pourra souffrir d'un report supplémentaire, car cela conduirait à un atterrissage nocturne pour Soyouz TMA-8, ce dont personne ne veut.

En effet, si un atterrissage de jour est toujours préféré, il est cette fois-ci absolument nécessaire car les unités de récupération (FPSU) ont récemment subit de grandes réorganisations, ce qui a beaucoup perturbé leur entraînement. SEVASTIANOV précise donc bien que si Atlantis ne pouvait pas décoller avant le 8 septembre, Soyouz serait lancé comme prévu le 14 septembre, et la navette n'aurait qu'à attendre.

Le lendemain, 31 août, la NASA annonce officiellement le report du décollage d'Atlantis à la période du 6 au 8 septembre. Quelques heures plus tard, Roscosmos annonce que le lancement de Soyouz TMA-9 est en conséquence reporté au 18 septembre.

Le 2 septembre, TIOURINE, LOPEZ-ALEGRIA, ANSARI, MALENTCHENKO et WHITSON arrivent en avion à Baïkonour. Après un jour de repos, ils commencent leur préparation finale le 4 septembre. Ce jour-ci, ils enfilent leurs scaphandres de vol, vérifient leur étanchéité et se rendent au MIK de la zone 254 où est préparé Soyouz TMA-9.

Ils inspectent le vaisseau et s'installent dans le module de descente afin, notamment, de vérifier la qualité de leurs couchettes Kazbek personnalisées. Plus tard, ils s'exercent à manipuler certaines expériences scientifiques qu'ils auront à mener à bien une fois en orbite.

Le 5 septembre, sous la direction du major-général Valeri KORZOUN, premier adjoint au commandant de la Cité des Etoiles et commandant du groupe opérationnel , les cosmonautes se livrent à la traditionnelle cérémonie de lever des drapeaux. TIOURINE hisse les couleurs russes, MALENTCHENKO l'étendard kazakh, tandis que WHITSON, ANSARI et LOPEZ-ALEGRIA se chargent de la bannière étoilée.

Dans la nuit du 6 au 7 septembre, le Soyouz TMA est emmené par voie ferrée dans le bâtiment de remplissage. Les opérations de remplissage des réservoirs sont effectuées le 7 septembre et le vaisseau est ramené au banc le 8 septembre. Le lendemain, les cosmonautes sont invités à visiter le musée du cosmodrome, dédié aussi bien à l'histoire de la Cosmonautique qu'à la culture kazakhe.

Le dimanche 10 septembre, dans le MIK, les ingénieurs procèdent à l'arrimage du vaisseau avec la pièce de jonction qui fera l'interface avec le lanceur Soyouz-FG. Le 11 septembre, les ingénieurs en chef inspectent une dernière fois le vaisseau, puis celui-ci est placé à l'horizontale et la coiffe du lanceur lui est apposée. Il est ensuite ramené en position verticale. Le lendemain, 12 septembre, des essais électriques sont menés à bien sur l'ensemble vaisseau-coiffe-pièce de jonction. Ce même jour, Mme ANSARI fête son quarantième anniversaire et se voit offrir un bouquet de roses blanches par le général KORZOUN en personne !

Fig. 4 : La coiffe est installée sur le vaisseau Soyouz TMA-9.

Le 13 septembre, les cosmonautes se rendent une seconde fois au MIK de la zone n°254 pour y effectuer une nouvelle séance d'entraînement dans leur vaisseau Soyouz TMA, cette fois sans les scaphandres Sokol. Ils visitent ensuite le MIK de la zone 112 où ils peuvent voir le lanceur Soyouz-FG qui les emmènera dans l'Espace.

Ils rencontrent également MM. TIOULEVINE et AKHMIETOV, respectivement directeur de la filiale de Baïkonour du TsSKB-Progress et constructeur général du TsSKB-Progress. Les cosmonautes se dirigent ensuite vers le pas de tir n°5 d'où ils décolleront, puis visitent diverses attractions du cosmodrome.

Le jeudi 14 septembre, alors que le vaisseau Soyouz TMA-9, recouvert de la coiffe, est emmené par voie ferrée au MIK-112, les cosmonautes titulaires et suppléants répondent aux questions de plusieurs journalistes. Le lendemain, 15 septembre, les différentes parties du lanceur sont assemblées, et la Commission d'Etat se réunit pour autoriser le transfert de l'engin vers le pas de tir.

Ceci a lieu le 16 septembre au matin. Le 17 septembre, la Commission d'Etat confirme officiellement la composition des équipages. Suite à cette petite cérémonie, les cosmonautes donnent une nouvelle conférence de presse et ont droit à quelques instants avec leurs proches, bien qu'ils en soient séparés par une vitre.

Fig. 5 : Le lanceur Soyouz-FG est érigé sur le pas de tir n°5.

Puis arrive le jour fatidique du 18 septembre. Les cosmonautes sont réveillés à 01h00 (heure de Baïkonour) et commencent par prendre un petit-déjeuner. Ils quittent ensuite leurs chambres en n'oubliant pas de signer la porte, comme le veut la tradition instaurée par Youri GAGARINE. Un prêtre orthodoxe bénit les membres de l'équipage, qui font une rapide prière puis quittent l'Hôtel Cosmonaute et montent dans le bus qui les emmène jusqu'au bâtiment de préparation.

Là, TIOURINE, LOPEZ-ALEGRIA et ANSARI enfilent leurs scaphandres Sokol-KV-2, réalisent un dernier test d'étanchéité puis, au travers de la vitre, échangent quelques mots avec les membres de la Commission d'Etat ainsi qu'avec leurs proches.

Les trois cosmonautes reprennent alors le bus et se dirigent vers le pas de tir n°5. Ils s'arrêtent en route pour sacrifier à une autre tradition : celle d'uriner sur la roue arrière du véhicule (Anousheh ANSARI est dispensée). Cette tradition est héritée de Youri GAGARINE, bien que l'on sache maintenant que le premier cosmonaute de l'Histoire n'en a jamais fait autant. Le bus redémarre et s'arrête au pied du lanceur Soyouz.

Les cosmonautes montent les escaliers du pas de tir, Anousheh ANSARI en tête. Ils saluent une dernière fois la foule venue les applaudir, puis entrent dans l'ascenseur. Arrivés au sommet du pas de tir, ils commencent à embarquer dans le vaisseau. Mme ANSARI monte en premier. Elle est suivie du capitaine LOPEZ-ALEGRIA, puis de TIOURINE.

Une fois l'installation terminée, les techniciens ferment hermétiquement l'écoutille et quittent le pas de tir. Sur le tableau de bord du vaisseau est installé un petit ours en peluche. Il appartient à Mikhaïl TIOURINE et est appelé "Micha"... C'est lui qui indiquera à l'équipage quand il sera en apesanteur.

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