La première semaine à bord se passe sans incident. Aleksandr VOLKOV et Jean-Loup CHRETIEN se préparent quotidiennement à leur sortie dans l'Espace en faisant beaucoup de sport. Ce sera la toute première fois qu'un cosmonaute issu d'une autre nation que l'Union soviétique ou les Etats-Unis sortira dans l'Espace.

L'un des objectifs principaux est le déploiement de la structure en carbone ERA. L'opération est prévue pour le 12 décembre, mais le TsUP décide finalement de l'avancer de trois jours afin de laisser le temps pour une seconde sortie en cas de problème avec ERA.

La première sortie dans l'Espace de EO-04 a donc lieu le 9 décembre 1988 depuis le noeud de jonction de Mir. Après une rapide visite médicale effectuée par POLIAKOV, VOLKOV enfile le scaphandre Orlan-DMA n°6, et CHRETIEN le Orlan-DMA n°10.

Fig. 3 : Jean-Loup CHRETIEN lors de la sortie du 9 décembre 1988.

Le cosmonaute français sort en premier. Sa première tâche est d'installer l'expérience française Echantillons. Il s'agit de cinq instruments (COMES, MAPOL, DIC, DMC et MCAL) qui doivent être fixés à l'extérieur de Mir pour être exposés pendant plusieurs mois au milieu spatial. Jean-Loup CHRETIEN doit tout d'abord installer des mains courantes qui serviront de supports, puis ils fixe dessus les cinq instruments, qu'il doit aller chercher un par un dans le sas. Il procède ensuite à leur connexion au réseau électrique de Mir, puis il jette le container dans le vide.

Les deux cosmonautes vont ensuite s'atteler à installer ERA. Il s'agit d'une structure treillis déployable en carbone de forme hexagonale. Ce type de dispositif pourrait dans l'avenir servir de support pour de grandes antennes ou divers instruments de grandes dimensions. Une fois déployée, ERA a la forme d'un prisme à section hexagonale d'une hauteur de 1 m pour un diamètre de 4 m. Elle comprend 24 cellules qui sont chacune composées de 3 barres parallèles et de 12 barres articulées pliables. Chaque barre est faite en carbone et a un diamètre de 3 cm pour une épaisseur de 0,4 mm. Une fois déployée, ERA sera soumise à des excitations mécaniques qui permettront d'étudier ses modes vibratoires, et notamment de déterminer ses fréquences de résonance.

Fig. 4 : Schéma de la structure ERA une fois déployée.

VOLKOV et CHRETIEN commencent par installer le support d'ERA entre le noeud de jonction de Mir et le compartiment de faible diamètre du module de base (cf. Fig. 4). Ils fixent ensuite la structure ERA, et Sergueï KRIKALIOV commande son déploiement depuis l'intérieur de la station. Mais rien ne se passe. D'autres essais sont réalisés, mais toujours sans succès. Les cosmonautes ont déjà prit une heure et demie de retard, et plutôt que d'attendre les instructions du TsUP lors du prochain passage, Aleksandr VOLKOV décide d'utiliser la manière forte. Il donne deux séries de dix coups de pied dans la structure, qui finit par se déployer exactement comme prévu !

Pendant que VOLKOV continue de travailler sur ERA, CHRETIEN se dirige vers une autre zone de la station pour mener à bien une nouvelle expérience technologique. Au bout de quelques instants, VOLKOV procède au largage d'ERA.

Le moment est alors venu de rentrer. Le Français demande la permission de rester un peu plus longtemps dehors, le temps de faire quelques photos, mais VOLKOV refuse. A ce moment, une sirène retentit dans le casque de Jean-Loup CHRETIEN, signalant un problème avec la ventilation. Le cosmonaute ne s'alarme pas outre mesure et se dirige calmement vers le sas. VOLKOV est déjà rentré, et CHRETIEN lui passe tout le matériel qu'ils doivent ramener à bord.

Quand tout est bien attaché, il rentre à son tour dans le sas, mais doit tâtonner car le heaume de son casque est couvert de buée. Un cadre de protection empêche la porte de se refermer, et il n'arrive pas à l'enlever. Il lui faudra plusieurs tentatives pour y parvenir, mais ces efforts supplémentaires ont totalement embué son casque. Alors qu'il ne voit plus rien, il tente de tourner la manivelle à l'aveuglette, mais elle se bloque au bout de deux tours, indiquant que ce n'était pas la bonne manoeuvre à effectuer. Une deuxième tentative ne donne pas plus de résultat, et le cosmonaute français imagine qu'il est possible qu'un cordon se soit enroulé autour de la manivelle. Il se trouve que c'est effectivement le cas, et il n'a qu'à le casser pour pouvoir fermer complètement l'écoutille ! La situation commençait à devenir critique, car les scaphandres étaient presque au bout de leur autonomie.

Alors que la sortie ne devait durer que 3h30, les deux cosmonautes ont finalement passé 5h57 dans le vide, battant involontairement le record de durée.