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Généralités
La deuxième mission principale vers Mir aura
finalement duré 326 jours. C'est jusque là la seule
mission de toute l'histoire de la Cosmonautique où
l'un des membres d'équipage a été remplacé en vol.
ROMANENKO bat bien entendu tous les records de
durée lors de cette mission. Le précédent record
avait été fixé à 237 jours par l'équipage de la
mission Saliout-7 EO-3.
Après l'atterrissage, les
médecins remarquent que sa taille a augmenté de 10cm (celle de LAVEÏKINE avait augmenté de 1,5cm). Sa
masse musculaire a diminué de 17%, son système
cardio-vasculaire connaît des troubles dus à
l'accumulation de la masse sanguine en haut du
corps, et son squelette est fragilisé à cause de la
déminéralisation.
Suite à ces observations, Viktor BLAGOV (directeur adjoint des vols) déclare que "du
strict point de vue de l'efficacité du travail,
(...) il conviendrait de relever les équipages tous
les six mois, voire moins". Cela dit, sur le plan
psychologique, ROMANENKO a très bien surmonté
l'épreuve de l'isolement. On notera simplement qu'au
cours des dernières semaines, il a eu quelques
disputes avec les ingénieurs au sol.
Lors de la mission, des rumeurs en Occident
avaient laissé entendre que ROMANENKO était
extrêmement fatigué et désireux de rentrer, malgré
la présence d'un coéquipier et de sa guitare.
Alekseï LEONOV, alors directeur de la Cité des
Etoiles, avait nié ces affirmations et avait déclaré
que le cosmonaute était certes fatigué, mais
uniquement à cause de son travail intensif, et que
cela n'affectait en rien la mission. "Youri est un
très bon dormeur", avait-il même plaisanté pour
répondre aux journalistes.
Avec le recul des années, il semble en effet
beaucoup plus probable que cette rumeur soit née de
la jalousie américaine devant l'exploit soviétique.
Le record de durée américain n'était à l'époque que
de 84 jours, et la flotte des navette spatiales
était clouée au sol depuis presque deux ans suite à
la perte de Challenger le 28 janvier 1986.
Bilan scientifique
Au cours de la mission, 1 305 séances de travail
et près d'un millier d'expériences en
biotechnologie, astrophysique, géophysique et en
cristallographie ont été effectuées.
L'équipage a utilisé pour la première fois
l'instrument ukrainien Electrotopograf-7K servant à
analyser grâce à une électro-topographie des
échantillons ayant été exposés au vide spatial
(céramiques, oxydes...).
Son principe de
fonctionnement est le suivant : des échantillons
sont exposés quelques heures dans le vide puis sont
récupérés et mis "en sandwich" entre deux plaques de
métal. Une charge électrique de 2 à 9kV est
déclenchée, et le champ électromagnétique ainsi
formé dessinent les contours d'éventuels défauts
dans l'échantillon. Une photo est prise et les films
sont rapatriés sur Terre pour analyse.
Un des
objectifs est l'étude du comportement du céramique
afin d'augmenter la sécurité des vaisseaux habités,
qui utilisent ce matériau pour leur bouclier
thermique.
L'unité de fabrication de gels synthétiques
Svietoblok-T a aussi été utilisée pour la première
fois lors de ce vol. La serre Fiton, visant a
étudier le développements des plantes dans l'Espace
(notamment d'oignons et de radis) est aussi été
utilisée.
Dans le domaine de la biologie, l'Institut de
Biologie de l'Académie des Sciences a fourni
l'instrument Rost-4M, destiné à faire pousser des
plantes afin d'étudier le développement de leurs
tissus.
De juin à septembre 1987, 300 sessions
d'observations astronomiques (dont 115 de la seule
supernovae SN1987A, qui a explosé peu de temps avant
le lancement de Kvant) ont été réalisées à l'aide de
puissants télescopes. C'est aussi dans le dessein
d'une orientation extrêmement précise qu'a été
installé le Roentgen, dont on parlera plus bas.
Le 29 juin 1987, l'équipage a utilisé pour la
première fois le télescope Glasar. Son diamètre de
40cm lui permet de détecter des étoiles de
magnitudes allant jusqu'à 17 (avec une exposition de
8 minutes). La console de commande est installée
dans Kvant. Un petit sas permet l'accès au
télescope, permettant la récupération des cassettes
de films. Sur une période de 6 mois, l'équipage a
récolté 270 images en ultraviolets. Par la suite,
toutes les opérations sur le télescope ont cessé.
Les causes n'en sont pas réellement déterminées,
mais il semble que ce soit dû à l'obstruction de
l'objectif par les panneaux solaires de vaisseaux
Soyouz ou Progress ou plus simplement à cause de
l'encombrement de Kvant qui rendrait impossible
l'accès à la console (!). |