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Officiellement, l'Union soviétique
n'a jamais eu de programme lunaire, et n'a jamais
envisagé d'envoyer ses cosmonautes au-delà de
l'orbite terrestre. Faute de tentative, il ne
saurait donc y avoir d'échec. Cependant, suite à
l'exploit d'Apollo VIII, l'humiliation est immense
pour la patrie de Spoutnik et de GAGARINE. Au tout
début de l'année 1969, les autorités recensent trois
façons possibles de diriger le programme spatial au
cours des années à venir : tenter une mission
habitée vers la planète Mars, modifier le programme
lunaire N1-L3 pour permettre des séjours prolongés
sur la Lune et, finalement, installer une station
spatiale en orbite terrestre. Si la conquête de Mars
ne semble pas à l'ordre du jour du fait du défi
technologique qu'elle représente, le choix entre la
continuation du programme lunaire et la création
d'une station spatiale n'est pas facile à faire.

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Fig.
2 : Vassili Pavlovitch MICHINE, patron du
TsKBEM. |
Le programme lunaire N1-L3 est sous
la responsabilité du TsKBEM, (anciennement OKB-1, le
bureau d'étude de Sergueï KOROLIOV), dirigé par
Vassili Pavlovitch MICHINE. Comme on l'a dit,
il a déjà englouti des sommes extravagantes et des
infrastructures titanesques ont été créées pour
satisfaire ses besoins. Pour les milliers
d'ingénieurs qui lui ont consacré des années de leur
vie, il n'est pas facile d'admettre qu'il puisse
être abandonné. MICHINE s'oppose donc fermement aux
projets de station spatiale, et plaide en faveur de
la poursuite de la conquête de la Lune. Il tente une
manoeuvre pour poursuivre son programme lunaire tout
en contentant les dirigeants. En 1965, sous la
direction de KOROLIOV, le TsKBEM avait lancé des
études sur un projet de station orbitale extrêmement
ambitieux, baptisé MKBS, reposant sur l'utilisation
du lanceur lourd N1. En proposant le MKBS, MICHINE
arriverait donc à satisfaire le besoin d'une station
tout en assurant la pérennité de son lanceur, et
ainsi de son programme lunaire tout entier.

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Fig.
3 : Vladimir Nikolaïevitch TCHELOMEÏ, patron du
TsKBM. |
Mais tout le monde au TsKBEM n'est
pas de cet avis. Des ingénieurs très influents,
comme Boris TCHERTOK ou Konstantin FEOKTISTOV, ne
pensent pas que le projet de MICHINE soit réaliste.
Le lanceur N1 a en effet peu de chance de
fonctionner un jour, et la station MKBS constitue en
elle-même un défi technique difficilement
surmontable. D'autre part, le TsKBM de Vladimir
TCHELOMEÏ, concurrent du TsKBEM, développe depuis
plusieurs années une station spatiale militaire
nommée Almaz, dont le lancement serait assuré par un
lanceur Proton qui, contrairement à la N1,
fonctionne déjà. Mais TCHELOMEÏ et MICHINE sont des
ennemis viscéraux, et il semble évident qu'aucune
coopération entre leurs deux bureaux d'étude n'est
possible. |