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En 1976, le programme Spirale est
abandonné en faveur du programme Bourane. Les
véhicules BOR ne sont pas pour autant envoyés à la
casse. En effet, le problème crucial de la
protection thermique se pose toujours, et les
données déjà recueillies avec les BOR-1 à -3 ne sont
pas suffisantes. La construction d'un nouvel engin
est donc décidée; il s'appellera BOR-4 et gardera la
forme de l'OS de Spirale (à l'échelle 1:2). Chez la
NPO Molnia, ce programme est dirigé directement par
S.A. MIKOYAN et l'ingénieur en chef est V.U. GRESS.
C'est l'Institut Gromov qui est chargé de la
construction. Sept exemplaires (n°401 à 407) sont
créés. Les responsables du projet au LII Gromov
sont les Dr V.V. OUTKINE, U.N. CHOGUINE et F.F.
FIODOROVITCH. La pose de la protection thermique est
effectuée à l'usine de Touchinski sous la direction
de I.K. ZVIEREV et M.N. VOSTRIKOV.
Les BOR-4 sont longs de 3,859 m pour
une largeur de 2,8 m. Ils ont une masse de 1 450 kg
au lancement, qui n'est plus que de 1 074 kg une
fois en orbite pour finir à 795 kg au moment de
l'atterrissage. Ils disposent d'un système de
télémétrie qui permet de transmettre les données
fournies par de nombreux capteurs. Ceux-ci
enregistrent leurs mesures et les transmettent en
"paquets" lorsqu'ils passent au-dessus de navires
spécialement affrétés (les bâtiments affectés au
programme sont le Kosmonavt Patsaïev, le Kosmonavt
Dobrovolski et le Tchoumikann). Lors de la descente,
les transmissions avec une station terrestre sont
également possibles.
La protection thermique est faite de
118 tuiles en fibre de quartz. Le nez et les bords
d'attaque des ailes bénéficient d'une protection
plus importante en carbone-carbone (C-C). Chaque
véhicule est équipé d'un moteur de freinage qui lui
permet de quitter son orbite pour rentrer dans
l'atmosphère. Huit petits moteurs de contrôle
d'attitude sont également intégrés. Ils tirent leurs
consignes du système de guidage inertiel.
Les ailes des BOR-4 sont mobiles.
Pour le lancement, elles sont repliées et une fois
en orbite elles se positionnent de manière à assurer
une portée suffisante au vaisseau quand il rentrera
et se trouvera à une altitude comprise entre 60 et
70 km avec un angle d'attaque compris entre 52 et
54° (sauf pour le premier vol où il était de 57°).
Lors du vol atmosphérique, la variation de l'angle
de déflection des ailes permet de contrôler le
roulis.
Les BOR-4 sont mis en orbite par des
lanceurs K65M-RB5 lancés depuis Kapoustine Yar.
Après être rentrés dans l'atmosphère, ils décrivent
une spirale verticale afin de perdre de leur
vitesse. Lorsque qu'ils arrivent à environ 7 500 m
d'altitude, ils ouvrent un parachute et amerrissent.
La vitesse lors du contact avec l'eau et de 7 à 8
m/s. Ils sont ensuite récupérés par la Marine
soviétique.
Le premier vol d'un BOR-4, en
décembre 1980, est suborbital. Le véhicule n'est
donc pas équipé d'une protection thermique identique
à celle qui sera sur les BOR-4 orbitaux, et cette
"version" reçoit l'appellation BOR-4S ("S" pour
suborbital). A première expérience succèdent quatre
vols orbitaux et deux vols suborbitaux entre 1982 et
1987. Un cinquième vol orbital était prévu, mais il
est devenu superflu car les ingénieurs disposaient
de toutes les données dont ils avaient besoin. Les
exemplaires qui n'ont pas volé ont été utilisés pour
des essais au sol. Cette campagne d'essais est un
formidable succès et elle permet à l'Union
soviétique d'acquérir un immense savoir-faire dans
le domaine des phénomènes liés à la rentrée
atmosphérique. L'un des progrès majeurs permis par
le programme BOR-4 fut de constater que la vitesse
de diminution de la température à la surface des
boucliers avait été sous-estimée, et que la
protection pouvait en conséquence être réduite. Le
gain de masse pour l'orbiteur Bourane est très
intéressant.
Tableau 1 : Liste des vols
des véhicules BOR-4
|
N° |
Date |
Désignation |
Véhicule n° |
|
1 |
5 décembre 1980 |
- |
401 |
|
2 |
3 juin 1982 |
Cosmos 1374 |
404 |
|
3 |
15 mars 1983 |
Cosmos 1445 |
403 |
|
4 |
27 décembre 1983 |
Cosmos 1517 |
406 |
|
5 |
4 juillet 1984 |
- |
? |
|
6 |
19 décembre 1984 |
Cosmos 1614 |
407 |
|
7 |
20 décembre 1987 |
- |
? |
Au début du programme BOR-4, il
avait été décidé de procéder à une récupération dans
l'océan indien. La taille des espaces qu'il offre
semblait en effet être un atout non négligeable,
compte tenu de la possibilité d'un retour imprécis.
Cependant, une telle décision donna rapidement
naissance à quelques problèmes diplomatiques. Il est
important de rappeler que toutes les activités liées
au programme BOR étaient classées secret défense;
mais quand le premier BOR-4 orbital (Cosmos 1374)
est lancé, les Occidentaux remarquent rapidement que
sa trajectoire est inhabituelle. Les spécialistes en
déduisent que ce que l'URSS vient d'envoyer dans
l'Espace est destiné à rentrer dans l'atmosphère.
Ils parviennent même à calculer la zone
d'atterrissage : l'océan indien. L'Australie, pays
allié le plus proche, est alertée et envoie sa
Marine sur les lieux afin d'éclaircir la question.
Et c'est ainsi que la récupération du très secret
Cosmos 1374 se déroule sous les yeux des militaires
australiens! La situation sera réitérée pour Cosmos
1445, et à partir du troisième vol orbital, la
décision est prise de faire atterrir les BOR-4 dans
la Mer Noire. Ce choix permet par ailleurs de
faciliter la tâche aux bâtiments de la Marine
soviétique, car la zone à quadriller est nettement
moins importante. |