Comme on l'a vu, le missile intercontinental R-16 entre en service en 1961, conférant ainsi à l'Union soviétique sa première vraie force de frappe stratégique. Mais la nouvelle arme a ses limites, et le Kremlin désire aller encore plus loin.

En février 1962, ce qui restera comme la plus importante conférence de toute l'Histoire du programme spatial soviétique se tient dans la ville de Pitsounda, en Géorgie.

Fig. 14 : Pitsounda, dans le Caucase géorgien.

De nombreux aspects du secteur spatial sont abordés, et notamment celui des lanceurs. Devant un parterre d'officiels civils et militaires, Mikhaïl YANGUEL dévoile ses projets. Il propose de construire un missile beaucoup plus puissant et performant que les précédents, qu'il a appelé R-36, ou 8K67.

De plus, ce nouvel engin pourrait être décliné en une version R-36orb destinée à placer des charges nucléaires (OGTch) directement en orbite terrestre, ce qui permettrait de frapper n'importe où n'importe quand.



Fig. 15 : Le R-36 (à gauche) et le R-36orb.
Crédit : Ракетный щит отечества.

L'OKB-586 de YANGUEL a déjà réussi la conversion des missiles R-12 et R-14 en lanceurs spatiaux, les Cosmos-1 et Cosmos-2, et les dirigeants soviétiques lui font confiance.

Le projet R-36, et sa variante R-36orb, sont validés par le décret du 16 avril 1962. L'OKB-586 passe un peu plus d'un an à étudier les différents concepts et il est décidé de se baser sur le missile R-16. L'avant-projet est rendu en juin 1963.

Le premier vol du R-36 a lieu le 28 septembre 1963.

Mais un autre missile est sur les rangs pour devenir la prochaine arme stratégique de l'Union soviétique. Appelé UR-200, il est développé par l'OKB-52 de Vladimir TCHELOMEÏ et dispose de capacités à peu près équivalentes.

Fig. 16 : Le projet concurrent UR-200.
Crédit : Encyclopedia Astronautica.



En fait, un troisième projet, proposé par l'OKB-1 et baptisé 8K713, ou GR-1, existe aussi, mais il n'est pas considéré comme très sérieux.

De nombreux responsables militaires penchent cependant en faveur du R-36 de YANGUEL, et un événement important fait définitivement pencher la balance le 24 septembre 1964.

Ce jour là, à Baïkonour, alors que tous les regards sont tournés vers les préparatifs du premier vol en équipage à bord du vaisseau Voskhod, le Premier Secrétaire Nikita KHROUCHTCHEV arrive de Moscou pour assister à une grande manœuvre militaire, baptisée Opération Kedr, qui va se dérouler sur deux jours.

L'OKB-586 procède avec succès aux lancements d'un R-36 et de trois R-16 ! En revanche, l'OKB-52 tombe soudainement dans l'embarras quand son UR-200 explose en plein vol.

Fig. 17 : KHROUCHTCHEV, BREZHNEV et OUSTINOV
sont accueillis à Baïkonour par N. I. KRILOV, le 24 septembre 1964.

Quelques semaines plus tard, en octobre 1964, KHROUCHTCHEV est écarté du pouvoir et remplacé par Leonid BREZHNEV. Ce changement a un impact direct sur les programmes de missiles et de lanceurs, car le Premier Secrétaire sortant était un supporter inconditionnel de TCHELOMEÏ et de l'OKB-52. Maintenant qu'il n'est plus là, l'UR-200 perd un soutien précieux.

Et finalement, en 1965, c'est effectivement le R-36 qui obtient les faveurs du Parti communiste. L'UR-200, quant à lui, et purement et simplement abandonné.

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