Le 24 octobre au matin, la Commission d'Etat autorise la reprise des activités de préparation, et cette fois-ci, tout se passe conformément aux prévisions.

Les membres de la Commission se réunissent sur une petite estrade spécialement aménagée à proximité de la station de contrôle IP-1B, à 800m du pas de tir.

Mais quelques instants avant le tir, un nouvel incident se produit, amenant un report d'une demi heure. Le Maréchal NEDELINE se rend alors sur le pas de tir pour voir ce qui se passe. "Qu'y a-t-il là-bas qui devrait me faire peur ? Je suis un officier, non ?" répond-il quand on lui demande s'il est bien sûr de vouloir y aller.

NEDELINE, à ce moment, est soumis à de fortes pressions de la part de KHROUCHTCHEV. Au cours des préparatifs, il a reçu au moins deux appels du Kremlin qui s'impatientait de voir le nouveau missile décoller. Le Maréchal s'assoit à une vingtaine de mètres du R-16. De là, il observe les préparatifs.

Le problème vient d'un dispositif appelé PTR, un contrôleur électrique qui active les différents systèmes du missile dans l'ordre définit par la séquence de tir. Il se trouve qu'après un essai quelqu'un ne l'a pas remis dans la bonne configuration.

Un technicien ne sait que faire face à cette situation et demande s'il doit remettre le PTR à zéro. On lui répond par l'affirmative, et il s'exécute. Mais la remise à zéro du dispositif a une autre conséquence. Elle actionne une valve, appelée EPK VO-8, qui contrôle l'allumage des moteurs du second étage.

Il est 18h45 à Baïkonour. En un éclair, le pas de tir de la zone 41 s'embrase. Deux cents à deux cents cinquante personnes sont sur place.

Fig. 8 : Des hommes tentent de s'échapper du pas de tir.

De nombreux hommes sont littéralement consumés sur place. D'autres ont le temps de courir, mais finissent quand même par brûler vifs. Il y a aussi ceux qui sont asphyxiés par les gaz toxiques dégagés par l'explosion, et ceux qui meurent à cause du goudron qui brûle sous leurs pieds.

La boule de feu atteint 120 m de diamètre et ravage tout le pas de tir. Le brasier est visible à cinquante kilomètres à la ronde. Le Maréchal NEDELINE est tué instantanément. Son adjoint, Lev GRICHINE, parvient à s'enfuir mais il succombera à ses brûlures quelques jours plus tard.

Dans le poste de commandement, le général MATRENINE a le réflexe de donner l'ordre de ne pas toucher aux pupitres afin de les laisser en l'état pour l'enquête. Un homme en flamme pénètre alors dans le bunker. Les personnes présentes essayent de l'aider, mais maintenant que la porte est ouverte les gaz toxiques vont pourvoir rentrer. MATRENINE ordonne au personnel de mettre les masques à gaz et d'évacuer au plus vite.

Au poste de commande IP-1B, les lieutenants KLIMOV et MASLOV rassemblent une trentaine de soldats pour porter secours aux survivants, qui sont évacués dans des bus et conduits à l'hôpital en soins intensifs. Parmi eux le général GUERTCHIK, un autre adjoint de NEDELINE.

Le premier décompte des victimes fait état de 74 morts, mais d'autres succomberont à leurs blessures. On déplore au total 92 personnes décédées.

Capitaine V. M AGUIEÏ Major B. I. MAGNITSKI
E. I. ALIA-BROUDZINSKI (OKB-586) Soldat V. I. MAKAROV
Lieutenant-colonel A. G. AZORKINE Major V. V. MAKHNO
A. S. BABOUCHKINE Soldat A. A. MALOUCHEV
Lev Abramovitch BERLINN (OKB-586) Lieutenant-chef V. A. MANOULIENKO
Soldat V. N. BOROVKOV Soldat A. L. MARKOV
Lieutenant I. G. BRITSIOUNN Lieutenant V. K. MILOGLIADOV
Soldat G. V. CHMAKOV Lieutenant E. F. MIRONIENKO
Lieutenant-colonel  S. I. CHMELEV Sergent N. N. MIRONOV
Lieutenant-chef L. F. DIDIENKO Lieutenant P. V. MOTCHALINE
Soldat A. A. DORZHEÏEV Lieutenant V. S. NEMIENKOV
G. F. FIRSOV Maréchal Mitrofann Ivanovitch NEDELINE
Lieutenant-chef N. V. GARASKO Colonel A. I. NOSSOV
Lieutenant-chef E. T. GLOUCHENKO Lieutenant-chef N. K. NOVIKOV
Lieutenant-colonel R. M. GRIGORIANTS V. V. ORLINSKI (OKB-586)
Soldat V. F. GUERACHKINE Lieutenant-colonel E. I. OSTACHEV
Capitaine G. A. INKOV Sergent A. V. OUÏDINE
Capitaine N. K. KALABOUCHKINE Sergent A. P. OUVAROV
V. G. KARAÏTCHENTSEV (OKB-586) E. I. PAVLIENKO (Arsenal)
Lieutenant E. A. KARAKOULOV Sergent A. I. POLECHKO
Soldat V. D. KHOUDIAKOV Soldat V. I. POUGAREVITCH
Lieutenant-chef A. I. KNIAZEV Colonel V. A. PROKOPOV
Soldat V. I. KOBZAR Capitaine P. E. RODIONOV
V. A. KOCHKINE I. A. ROUBANOV (OKB-692)
B. M. KONOPLIEV (OKB-692) Lieutenant-colonel A. V. SAKOUNOV
V. A. KONTSEVOÏ (OKB-586) B. N. SERGUEÏEV
Lieutenant-sergent E. P. KOROLIOV Lieutenant V. M. SINIAVSKI
Lieutenant M. T. KOUPREÏEV Soldat V. I. SIZOUÏKH
Lieutenant-chef I. P. KOUTCHINE Lieutenant-chef A. I. STEKOLNIKOV
Capitaine I. N. KOVTOUNIENKO Soldat G. A. STOUKOV
Sergent E. P. KOZLOV Lieutenant M. A. SVIRINE
Sergent E. G. KRAÏEVSKI V. S. VAKHROUCHINE
Lieutenant A. D. KRETCHIK P. Ya. VEIBERMANN (Arsenal)
Capitaine V. M. KRIVOSHEÏN L. P. YERTCHENKO (OKB-586)
G. A. LEONIENKO Soldat L. M. ZAMSKI
Lieutenant-colonel V. D. LEONOV Lieutenant-chef I. I. ZARAÏSKI
Lieutenant M. P. LISSIENKO M. I. ZHIGUATCHEV (OKB-692)
Tableau 1 : Liste des soixante-quatorze victimes recensées au 28 octobre 1960.
D'autres suivront...

Mikhaïl YANGUEL, qui a miraculeusement échappé à la catastrophe, écrit au Kremlin pour informer Nikita KHROUCHTCHEV. Le Premier Secrétaire envoie immédiatement une équipe sur place, dirigée par Leonid BREZHNEV.

Fig. 9 : Le monument dédié aux victimes de la tragédie du 24 octobre 1960.
Photo Didier CAPDEVILA.

Les experts arrivent au cosmodrome le 25 octobre 1960 vers 09h00. Ils peuvent voir les restes du missile sur le pas de tir de la zone 41, ainsi que les corps calcinés à peine identifiables gisant tout autour.

BREZHNEV annonce qu'il n'y aura pas de sanctions, et il déclare que "tous les coupables ont déjà été punis".

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