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En 1958-1959, l'OKB-1 de Sergueï KOROLIOV accumule
les succès, donnant à l'Union soviétique un prestige
absolument sans précédent : après le premier
Spoutnik est venu la chienne Laïka, le premier
laboratoire orbital et la première sonde vers la
Lune.
Mais dans le domaine militaire, le missile R-7 n'est
pas du tout à la hauteur des espérances. Sa valeur
opérationnelle est extrêmement limitée, et tous les
regards sont tournés vers l'OKB-586 de YANGUEL, qui
prépare ardemment le premier tir expérimental du
R-16.
A Baïkonour, en 1960, on commence la construction
des infrastructures dédiées au nouveau missile.
Elles sont regroupées dans les zones n°41 et 42. La
première abrite les pas de tir (une version R-16U
lancée d'un silo sera développée ultérieurement), et
la seconde les bâtiments de soutien.
En août 1960, les différents moteurs sont livrés et
commencent leurs essais au NII KhimMach de Zagorsk.
Le Conseil des Ministres nomme les membres de la
Commission d'Etat qui supervisera les essais du
R-16. C'est le Maréchal NEDELINE en personne qui
sera à sa tête. NEDELINE est le chef des Forces de
Fusées Stratégiques (RVSN), l'entité qui a la
responsabilité des missiles stratégiques
soviétiques.
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Poste |
Nom |
Statut |
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Président |
NEDELINE M. I. |
Ministre adjoint de la
Défense, Commandant des RVSN |
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Présidents
adjoints |
GRICHINE L. A. |
Prés. adj. de la Commission
d'Etat des techniques militaires |
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YANGUEL M. K. |
Constructeur principal de
l'OKB-586 |
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GUERTCHIK K. V. |
Commandant du cosmodrome de
Baïkonour |
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Membres |
GLOUCHKO V. P. |
Constructeur principal de
l'OKB-456 |
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KOUZNIETSOV V. I. |
Constructeur principal du
NII-944 |
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KONOPLIEV B. M. |
Constructeur principal de
l'OKB-692 |
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KAPOUSTINSKI V. I. |
Constructeur principal de la
NKMZ |
|
KONTSEVOÏ V. A. |
Constructeur principal
adjoint de l'OKB-586 |
|
ZERNOV P. M. |
Ministre adj. de la
construction des machines intermédiaires |
|
NIEGUINE E. A. |
Constructeur principal du
KB-11 |
|
KOTCHERIANTS C. G. |
Constructeur principal
adjoint du KB-11 |
|
TRETIAKOV V. N. |
Prés. adj. du comité de
construction navale |
|
STASS P. Z. |
Commandant du comité de
radioélectricité |
|
SOKOLOV A. I. |
Commandant du NII-4 |
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PROKOPOV N. A. |
Commandant d'une direction du
GURVO |
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BOYARSKI V. V. |
Officier de l'Etat-major du
Ministère de la Défense |
|
ILLINE G. I. |
Officier de l'Etat-major des
RVSN |
Tableau 1 : Composition de la Commission d'Etat
pour les essais du missile R-16 (8K64)
En italique : les hommes tués lors de la
catastrophe.
En septembre 1960, le premier missile complet est
livré à Baïkonour et les techniciens commencent sa
préparation dans le MIK-42. Le 3 octobre 1960, la
Commission d'Etat prend note des résultats des
essais au sol et fixe la date du premier tir au 23
octobre 1960.

Fig. 7 : Le Maréchal Mitrofann NEDELINE. |
Le 21 octobre, le R-16 est installé sur le pas de
tir de la zone n°41. La préparation commence
aussitôt et se déroule sans incident jusqu'au 23
octobre.
Chaque étage du R-16 possède deux lignes de
canalisation. L'une sert à amener le carburant
jusqu'à la chambre de combustion du moteur, et
l'autre fait de même pour le comburant. Avant le
lancement, carburant et comburant sont retenus dans
leur réservoir respectif par une membrane. Cette
dernière est équipée de petites charges
pyrotechniques qui doivent être actionnées pour
lancer l'alimentation du moteur.
Le 23 octobre 1960, les techniciens réalisent un
test de la membrane de la conduite de comburant du
second étage. Mais la commande est défectueuse et
elle actionne la membrane de la conduite de
comburant du premier étage.
Le problème, en soi, n'est pas dramatique, mais
maintenant que la membrane est ouverte, le missile
ne peut pas rester sur le pas de tir plus de deux
jours. Quelques minutes après cet incident, une
valve pyrotechnique de l'un des moteurs du premier
étage s'actionne spontanément, et une alimentation
électrique (appelée A-120) tombe en panne. A 18h00
(locale), la Commission d'Etat ordonne d'interrompre
la préparation le temps que les techniciens
procèdent à des réparations.
Le général GUERTCHIK, Commandant du cosmodrome et
Président adjoint de la Commission d'Etat, propose
de vidanger le missile et de le ramener au MIK.
NEDELINE refuse, et rappelle qu'en temps de guerre,
on n'aurait pas le temps de procéder à de telles
réparations.
Les réparations auront donc lieu sur le pas de
tir. Les techniciens se voient donc travailler à
quelques centimètres d'un missile de trente mètres
de haut chargé de cent-trente tonnes d'ergols
hautement toxiques et explosifs.
Le lancement est reporté de vingt-quatre heures.
Il aura donc lieu le 24 octobre 1960. Personne ne le
sait encore, mais cette date restera connue comme la
plus sombre de toute l'Histoire de la Conquête
spatiale.
Dans la nuit, les Boris KONOPLIEV, le
constructeur principal de l'OKB-692, supervise en
personne les réparations de la commande des
membranes pyrotechniques, dont il a la charge.
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