L'histoire des lanceurs Tsiklone commence dans les années 1950, alors même que le premier Spoutnik n'a pas encore été mis en orbite.

A cette époque, missiles et lanceurs sont intimement liés. Ils ne représentent même qu'un seul grand secteur d'activité placé sous le contrôle absolu des militaires. Deux bureaux d'études se livrent concurrence : l'OKB-1 de Sergueï KOROLIOV et l'OKB-586 de Mikhaïl YANGUEL.

 

   

Fig. 1 : Sergueï KOROLIOV

Fig. 2 : Mikhaïl YANGUEL

De son côté, KOROLIOV ne s'intéresse pas aux questions de Défense : son but est de conquérir l'Espace. YANGUEL, en revanche, veut construire des fusées, peu importe si elles sont utilisées comme des missiles ou comme des lanceurs spatiaux.

Fig. 3 : Schéma du futur missile R-7.
Crédit : RKK Energuia.



En 1956, KOROLIOV propose au Parti communiste de construire la R-7. Ce sera un véhicule révolutionnaire capable de frapper les Etats-Unis du feu nucléaire, mais aussi de mettre des satellites en orbite. En d'autres termes, ce sera à la fois le premier missile balistique intercontinental (ICBM) et le premier lanceur spatial.

Mais la R-7 fonctionne avec des ergols cryotechniques. Cela lui confère de très bonnes performances énergétiques, faisant d'elle un parfait outil pour lancer des satellites. Mais ce types d'ergols est extrêmement difficile à stocker, du fait de ses très basses températures, ce qui pose problème pour une utilisation militaire.

En effet, quelle est la valeur stratégique d'un missile intercontinental qui demande des jours de préparation et des infrastructures détectables par n'importe quel avion espion ?



Fig. 4 : Schéma du missile R-16.
Crédit : Ракетный щит отечества.

Or, il existe une autre solution : les ergols stockables. Ils sont moins performants et extrêmement toxiques, mais ils sont conservés à température ambiante. Un missile fonctionnant avec cela pourrait donc être placé en alerte dans un silo, et lancé quand le besoin s'en fait sentir.

KOROLIOV est farouchement opposé à ces projets. Selon lui, seuls les ergols cryotechniques doivent être utilisés. Mikhaïl YANGUEL sent alors qu'il y a une opportunité à saisir, et il propose aux autorités un projet d'ICBM appelé R-16, ou 8K64, utilisant des ergols stockables.

La R-7 de KOROLIOV sera réalisée, mais Nikita KHROUCHTCHEV est séduit par l'idée de YANGUEL. Le 17 décembre 1956, le Conseil des Ministres autorise l'OKB-586 à commencer des études sur un missile à ergols stockables.

En mai 1957 KOROLIOV réalise le vol inaugural de sa R-7. Cinq mois plus tard, celle-ci fait entrer l'humanité dans l'ère spatiale en plaçant Spoutnik sur orbite.

En novembre 1957, c'est à dire environ un mois après cet exploit, l'OKB-586 rend son rapport d'avant-projet sur le R-16. Il est examiné par une commission d'experts qui l'approuve en janvier 1958.

Au mois de mai 1958, KHROUCHTCHEV rencontre KOROLIOV pour lui demander son avis sur les questions de missiles intercontinentaux. Le patron de l'OKB-1 réaffirme son opposition quant à l'utilisation d'ergols stockables.

Fig. 5 : La fusée R-7 est préparée pour le lancement de Spoutnik.

Le lendemain, le Premier Secrétaire du Parti communiste appelle Valentin GLOUCHKO, le principal motoriste d'Union soviétique, qui prêche en faveur des ergols stockables. Il recommande également d'approuver les projets de YANGUEL.

Toujours indécis, KHROUCHTCHEV rencontre alors ce dernier, qui visiblement parvient à le convaincre. Avant de prendre sa décision finale, il convoque une nouvelle fois KOROLIOV. Voyant que la partie semble perdue, celui-ci propose à KHROUCHTCHEV de construire deux missiles simultanément : l'un à ergols stockables, l'autre à ergols cryotechniques mais quand même capable d'être déployé très rapidement.

Fig. 6 : Nikita Sergueïevitch KHROUCHTCHEV.

Le Premier Secrétaire n'est pas convaincu par cette idée. KOROLIOV s'énerve, mais il est très vite rappelé à l'ordre. Ce sera le début d'un rafraîchissement des relations entre lui et KHROUCHTCHEV.

Finalement, le 28 août 1958, un décret approuve le projet R-16. C'est la première fois qu'une si haute responsabilité est fixée à un autre bureau qu'à l'OKB-1.

Le nouveau missile sera constitué de deux étages, propulsés par des moteurs construits par l'OKB-456 de Valentin GLOUCHKO. Sergueï KOROLIOV ne pardonnera jamais à son vieil ami du Goulag de l'avoir taillis à ce point.

Suivant